Lorsque j'ai commencé à évoquer cette idée de Muslim Pride, je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup d'ambiguïté. Donc je crois qu'il est bon de dire, avant de dire ce que c'est, de dire ce que ce n'est pas. Alors d'abord, la Muslim Pride, ce n'est pas une parade comme la Gay Pride. C'est seulement dans Muslim Pride, ce qu'il faut retenir c'est le mot c'est le mot fierté. C'est-à-dire les musulmans ont besoin de retrouver la fierté, une sorte de fierté par rapport aux politiques humiliantes qui ont été menées en particulier depuis les années 2000. Donc c'est ça qu'il faut retenir. Mais cette fierté, elle peut s'exprimer d'une multitude de manières qui n'ont rien à voir avec ce qu'on a vu dans la la Gay Pride en particulier. Deuxièmement, la Muslim Pride n'est pas un mouvement communautariste, surtout pas un mouvement communautariste. C'est destiné à être un mouvement social. Ça veut dire que ça peut partir des musulmans, mais avant tout ce sont des musulmans qui s'engagent pour la défense de la citoyenneté, pour la défense des des citoyennetés européennes, des constitutions européennes qui sont aujourd'hui malmenées en raison de ce de cette espèce de délire de l'islamisation que l'on voit parcourir l'ensemble l'ensemble de l'Europe aujourd'hui. Troisièmement, la Muslim Pride n'est pas exclusivement destinée aux musulmans. Elle est destinée, moi, à ce que j'appelle les musulmans symboliques, comme moi, qui ne suis pas musulman pratiquant, qui ne suis pas croyant dans dans l'islam en particulier, mais qui estime qu'il y a une minorité aujourd'hui qui est attaquée, attaquée non seulement dans l'imaginaire, attaquée non seulement dans l'attitude aujourd'hui de de que l'on a face à des jeunes femmes qui sont d'ailleurs simplement voilées lorsqu'elles veulent aller chercher leurs enfants à l'école et qu'on leur refuse l'entrée au lycée, mais c'est attaqué aussi par la loi, par la force, par la violence par la violence de la loi, par toute une série par toute une série de mesures qui sont apparues aussi comme par hasard dans les années 2000. Donc c'est un mouvement qui concerne les musulmans effectivement, mais qui concerne tous les citoyens, qu'ils soient musulmans, qu'ils ne soient pas musulmans, qu'ils soient croyants ou qu'ils soient non croyants. Donc ce n'est pas communautariste, c'est un mouvement de citoyens. Enfin, dernièrement, ce n'est pas, même d'une manière encore plus générale, ce n'est pas un mouvement confessionnel, ce n'est pas un mouvement religieux. C'est un mouvement politique, encore une fois, un mouvement social. Qu'est-ce qu'un mouvement social ? Un mouvement social n'est pas catégoriel. C'est lorsqu'une une il y a un dysfonctionnement dans la société qui peut toucher effectivement une partie de la population. Là, il se trouve que ce sont les musulmans, mais ça pourrait être une autre catégorie. Or, tout le monde doit se battre pour surmonter, pour essayer de faire changer les choses par rapport à ce dysfonctionnement et pas par rapport à leur intérêt particulier. Donc, en gros, à travers ce qui a l'air d'être un intérêt particulier, bien c'est on la Muslim Pride s'attaque à un véritable dysfonctionnement de la société, dysfonctionnement des libertés publiques qui peut toucher tout le monde.
Alors évidemment le le choix de Muslim Pride c'est un c'est un c'est une expression enfin c'est une expression qui a déjà enfin qui fait penser à un autre mouvement social qui a été un vrai mouvement social, c'est le mouvement de la Gay Pride. Alors, on va pas se le cacher, effectivement il y a des points communs. Le point le premier point commun, c'est le fait que c'est la Gay Pride a été mise en place pour réagir à une discrimination en direction d'une minorité sociale. Et qu'est-ce qu'une minorité sociale ? Une minorité sociale, ce sont des individus qui sont minoritaires, mais surtout qui sont vus comme tels dans la société, parce que les joueurs de boules sont minoritaires, les individus âgés entre 20 et 30 ans sont minoritaires. Tout le monde est d'une certaine manière minoritaire. Mais là, c'est une minorité, c'est-à-dire des gens qui sont vus comme une minorité, non seulement qui sont vus comme tels, mais qui subissent une discrimination, discrimination du regard, mais encore une fois pas seulement du regard, aussi une discrimination juridique, politique, discrimination à l'embauche. Et donc la Gay Pride était là pour réagir à cela. Et effectivement, les musulmans aujourd'hui subissent une discrimination. Une discrimination qui est visuelle aussi, une discrimination qui est émotionnelle et une discrimination qui, aujourd'hui, va encore plus loin que dans le cadre de ce qui touchait les homosexuels, puisqu'elle est appuyée sur la loi, sur la force, sur la puissance de la loi. Autre point commun. Alors c'est une petite différence, la petite différence c'est que dans le cadre de la discrimination des musulmans, cela va jusqu'à la puissance, la force de la loi. Autre autre point commun, cette les plutôt les préjugés qui sont formulés enfin qui sont qui se forment en direction des musulmans, tout comme les préjugés qui se forment qui se forment encore mais qui se formaient surtout jadis mais qui se forment encore en direction des homosexuels, ne sont pas rationnels. C'est-à-dire qu'ils sont directement épidermiques, émotionnels. Donc ce n'est pas dans un débat rationnel que l'on arrivera à résoudre le problème. C'est ce que j'appelle, moi, le niveau du « mais quand même ». Vous pouvez discuter de l'islam comme vous voulez à la télévision. Il peut y avoir il y a une multitude de débats avec des intellectuels dans toutes les manières possibles et imaginables. La plupart du temps, les interlocuteurs finiront par dire : « Oui, bien sûr, c'est vrai, l'islam est quand même une religion comme les autres », etc. Mais on va on passera tout de suite au « mais quand même » : « mais quand même, avec l'islam, c'est pas pareil ». C'est pas pareil parce que c'est le domaine de l'émotion, c'est le domaine d'un d'un préjugé qui est beaucoup plus profond, beaucoup plus enraciné, beaucoup plus épidermique. Donc la Muslim Pride, c'est se proposer, puisque le problème est au niveau émotionnel, il est intériorisé, il est épidermique, d'agir sur ce niveau-là. Donc d'agir par la culture, par des expositions. On essaie de préparer une exposition sur ces préjugés pour faire réagir réagir les gens, mais les faire réagir dans leur chair, pas les faire réagir seulement rationnellement. Aujourd'hui, la plupart des débats qui sont tenus sur l'islam sont des débats qui portent non pas sur l'islam réel, l'islam des gens qui vivent leur religion au quotidien, mais sur un islam virtuel qui nous fait peur, qui est directement lié à une angoisse, à un rejet émotionnel. Ça correspond assez au sentiment raciste. Mais le sentiment du racisme, c'est un sentiment qui peut s'expliquer, être rationalisé, mais qui part d'une émotion extrêmement forte. Parce qu'on trouve, comme dirait une maman à sa petite fille : « C'est pas beau de faire ça, c'est pas beau d'être comme ça ». À l'époque, elle pouvait dire : « C'est pas beau d'être homosexuel, c'est pas beau ça ». Et bien de la même manière, aujourd'hui, on a le sentiment que ce même type de maman pourrait dire : « C'est pas beau d'être musulman, c'est pas beau d'être comme ces gens-là ». Et donc c'est il faut leur montrer, il faut montrer à la population générale que et bien c'est beau d'être musulman, qu'il y a des choses belles, qu'il y a des productions artistiques, qu'il y a une culture. En gros, que ces gens sont anormalement normaux, qu'ils vivent leur religion et qu'ils la vivent aussi bellement.