Seconde partie de l'entretien sur OummaTV avec Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières et professeur à l'université de Manchester. Il évoque dans cette vidéo la situation en Syrie.
Oumma TVIdées & DébatsIslamophobie & Discriminations4:48
15 novembre 2016 à 12 h 00
Seconde partie de l'entretien sur OummaTV avec Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières et professeur à l'université de Manchester. Il évoque dans cette vidéo la situation en Syrie.
C'est difficile d'y répondre de manière globale parce qu'il y a des islamophobies, comme il y a des racismes. Il y a un racisme de gauche, historiquement c'est attesté, il y a un racisme de droite, traditionnellement c'est évident. Il y a une islamophobie de gauche, il y a une islamophobie de droite. Pour ce qui est de la gauche, enfin de fractions de la gauche, la question de la laïcité a toujours été une question importante, de la laïcité et de l'anticléricalisme, et d'une conception de l'espace public comme devant être un espace neutre, où la neutralité s'applique aux personnes, alors que dans le fond, la neutralité s'applique aux représentants de l'État, à l'État lui-même. Dans l'espace public, chacun devrait pouvoir être comme il veut, avec ses signes d'appartenance visibles. C'est vrai pour les chrétiens, c'est vrai pour les juifs, c'est vrai pour les musulmans, c'est vrai pour d'autres.
Mais cette laïcité agressive, cette laïcité d'exclusion s'alimente d'une volonté d'uniformisation. Pour moi, le mot d'intégration, dans bien des bouches et en particulier de ces personnes-là, l'intégration n'est qu'un mot pudique pour désigner l'assimilation. On ne supporte pas toute présence visible d'une origine, d'une confession, d'un parcours personnel autre, et on aimerait que tout ça soit rejeté dans l'espace privé, de façon à ce que l'espace public soit uniformisé et finalement aseptisé. C'est une première raison, je crois, mais c'est pas la seule.
Une autre raison, c'est le recul des classes sociales. C'est-à-dire que maintenant, la grille de lecture de la société, c'est avant tout celle des identités, d'accord, et que la grille de lecture en terme d'appartenance sociale, d'origine enfin de position économique, et bien, on l'a un peu perdue.
Elle s'est effondrée avec l'effondrement de l'idéologie socialisante, social-démocrate, marxiste, etc., qui donnait un cadre à ces questions-là. Du coup, en faisant le lit de cette nouvelle appréhension de la réalité à travers la lentille identitaire, et bien, l'adversaire de gauche a trouvé un substitut au capitaliste d'autrefois. Le capitaliste d'autrefois, c'était le bourgeois, le patron qui exploitait, qui s'enrichissait sur le dos de ceux qui travaillaient, c'était le rentier. Le patron et le rentier ayant disparu de la de la panoplie des cibles faciles, et bien, il y a un ennemi de substitution qui s'est trouvé être le musulman, parce que précisément, entre les origines, entre l'Afrique subsaharienne et le monde arabo-musulman, c'est de là que viennent les flux migratoires visibles aujourd'hui. D'accord ? C'est-à-dire qu'on ne voit pas de flux migratoires venant d'Allemagne, de Suède ou des pays d'Europe du Nord. On ne voit pas non plus tellement d'immigrants venant de Belgique, mais on en voit venant d'Afrique et du Moyen-Orient.
Donc, ces immigrés-là deviennent les cibles désignées d'une sorte de frustration politique et d'inadaptation intellectuelle, de paresse intellectuelle pour s'affronter à des questions nouvelles. Parce qu'exprimer un discours économique, c'est complexe. C'est complexe, sans garantie d'efficacité. On ne sait pas très bien comment réguler les choses aujourd'hui. Alors que s'en prendre à des gens en leur disant : « Vous êtes pas dans le moule, vous êtes en train d'imposer votre vos vues, votre mode d'être », ça, c'est simple, c'est commode, et c'est très largement partagé. Le climat culturel y prédispose.
On est passé, je crois, en quelques décennies, d'un sentiment antiraciste majoritaire, à une conception, comment dire... On est passé d'un antiracisme qui contestait la notion de race pour dire : « Il n'y a pas de race, il n'y a que le genre humain, et les différences culturelles, de couleur de peau, etc., sont secondaires par rapport à cette commune appartenance à l'humanité », à une conception identitaire de la société qui fait que la tolérance est beaucoup plus faible, parce que l'intolérance a été banalisée par les leaders politiques. Je parle pas de l'extrême droite. Je parle des dirigeants successifs, à commencer d'ailleurs par Nicolas Sarkozy, mais ses successeurs n'ont pas n'ont pas arrangé les choses, et la gauche a sa très large part de responsabilité dans ce dans ce retournement de situation. On assiste aujourd'hui à une sorte d'identification entre délinquance et islam, entre régression et statut de la femme et islam, comme si tout cela était porté par l'islam.
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