Je suis présidente de la CAPJPO, qui est la Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient, qui milite pour le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés en 67, pour un État palestinien viable et surtout pour le respect du droit international, c'est-à-dire des conventions de Genève et des résolutions de l'ONU.
Notre association comprend des adhérents de toutes origines, maghrébine, africaine, française de souche, juive, et elle a été créée il y a environ deux ans, un peu plus de deux ans, et nous avons mené de nombreuses actions pour faire entendre notre voix et pour demander au gouvernement français d'intervenir de manière responsable, ce qu'il ne fait pas aujourd'hui, pour régler ce conflit au Proche-Orient où on pense que Bush et Sharon ne peuvent pas être laissés en tête-à-tête.
Et donc nous recevons très, très régulièrement des menaces, menaces en tout genre, téléphoniques, sur nos mails, et donc c'est toujours un peu un choc parce que quand vous avez vous décrochez votre téléphone et qu'on vous dit : « La balle, tu la veux dans le cœur ou dans la tête ? » ou « On aura ta peau » etc. etc., ou que des gens essaient de se procurer votre adresse en se faisant passer pour France Télécom, l'EDF ou etc., c'est jamais très plaisant.
Mais là, j'ai reçu dernièrement, très exactement le lundi 26 avril à 14h07, des menaces encore plus inquiétantes que d'habitude, et d'ailleurs je suis allée aussitôt après à la police judiciaire rencontrer le groupe menaces qui existe pour déposer plainte, et ils ont d'ailleurs pu enregistrer les menaces. J'ai décroché le téléphone et une femme, ce qui est d'ailleurs pas très commun, d'habitude ce sont des hommes qui font qui profèrent des menaces, une femme m'a dit textuellement : « Madame Zémor, si vous continuez à empêcher les galas de l'ABSI », l'ABSI c'est l'Association pour le bien-être du soldat israélien, « eh bien ça va se terminer mal pour vous. » Alors là, je l'ai arrêtée et je lui ai dit : « Écoutez madame, je ne parle pas aux gens qui ne se présentent pas. L'anonymat c'était bon sous Pétain, donc merci de vous présenter, de décliner votre identité. » Ce que bien sûr elle a refusé de faire, j'ai donc raccroché.
À ce moment-là, le téléphone a sonné à nouveau, je n'ai pas répondu, j'ai laissé sonner, et ensuite j'ai écouté, il y avait un message sur mon portable
qui disait :
Madame Zémor, vous m'avez raccroché au nez, d'accord ? Et comme vous auriez vous n'avez pas laissé parler, je vous dis la suite : nous savons où votre fille va au lycée, d'accord ? Ceci est un avertissement. Nous avons les moyens de vous faire passer de vous faire très, très mal. Réfléchissez bien.
Olivia ZémorDonc, comme vous avez entendu, c'est quand même assez impressionnant, c'est-à-dire qu'il y a des gens qui ont pris la peine de rechercher le nom de ma fille que là qui est bipé bien entendu, mais de savoir qu'elle allait au lycée, ce qui n'est pas évident, dans quel lycée, etc. Donc, comme vous voyez, je veux dire les méthodes de les des partisans de Sharon, des partisans de la politique israélienne, sont pas vraiment des partisans du débat idéologique. Leur méthode, c'est la menace ou le passage à l'acte, parce que des agressions physiques, il y en a eu. Donc on est obligé de prendre ces menaces très au sérieux, parce que il y a pas simplement les appels téléphoniques ou les e-mails, ils ont même aussi envoyé à un certain nombre d'entre nous des enveloppes avec une balle à l'intérieur, marqué : « La prochaine fois, la balle, tu ne la recevras par un autre moyen. » Bon : « Tu ne la recevras pas par la poste », exactement il y a marqué.
Donc, il y a eu des passages à l'acte nombreux. Vous savez que le 7 avril 2002, il y a un commissaire de police qui s'est fait poignarder lors d'une manifestation en marge d'une manifestation pro-Sharon alors qu'il essayait d'empêcher une ratonnade déclenchée par des nervis de la Ligue de défense juive et du Betar. Et des jeunes ont été arrêtés puis relâchés à la demande du Consistoire israélite de France, et on n'a plus entendu parler de cette affaire. Le commissaire de police, il est quand même resté trois semaines entre la vie et la mort en soins intensifs à l'hôpital Saint-Louis, c'est pas n'importe quoi.
Ils ont agressé des étudiants de Nanterre à l'intérieur du tribunal administratif de Paris et enlevé quasiment un œil à l'un d'entre eux, un jeune qui aujourd'hui est en rééducation, on ne sait même pas s'il va retrouver l'usage de son œil. Les agresseurs ont été identifiés, la police a entendu les victimes et au jour d'aujourd'hui, personne n'est arrêté.
Moi-même j'ai été agressée verbalement et bousculée devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris où j'avais témoigné contre un site d'extrême droite juif qui appelait à casser la gueule à tous ceux qui étaient pour la paix au Proche-Orient et contre la politique israélienne. Eh bien je dois dire que ces gens-là sont rentrés dans le tribunal. C'est vous dire le sentiment d'impunité qu'ont ces gens-là. Et effectivement, on ne voit pas pourquoi ça s'arrêterait alors qu'il n'y a aucune sanction et que ils vont, y compris avec leurs drapeaux de la Ligue de défense juive, des casques et des matraques manifester, comme ils l'ont fait par exemple le 7 octobre dernier devant la Délégation générale de la Palestine, protégés par la police.
Donc ces ces nervis fascistes qui sont des associations interdites même aux États-Unis et en Israël ont droit de cité en France. Donc je crois que c'est très, très, très grave et qu'il est très grave aussi que la plupart des médias ne relatent jamais ces faits, n'aient pas l'air de s'en indigner et ne fassent leur une que sur des actes considérés comme antisémites. Certains le sont peut-être, d'autres, on l'a vu, ça reste à prouver et c'est peut-être un peu vite dit, comme ça a été le cas pour le rabbin Farhi ou pour la fameuse école de Gagny, l'école juive dont il ressort aujourd'hui qu'on n'est pas sûr du tout que ça soit un acte antisémite etc., et sans parler de de reportages bidonnés comme celui d'Élie Chouraqui par exemple. Donc, nous sommes dans un deux poids, deux mesures qui est extrêmement inquiétant, qui je veux dire entraîne des frustrations et une grande indignation de la part de la population et qui ne peut que pousser à l'antisémitisme.