As-salamu alaykum. Ma chronique aujourd'hui pour Oumma TV se fait en direct, entre guillemets, depuis l'ambassade de France au Caire, car nous sommes ici maintenant depuis une semaine, bloqués devant l'ambassade de France en Égypte parce que les Égyptiens nous ont refusé l'entrée pour aller à Gaza.
Donc, je rappelle un peu le cadre pour situer un peu cette chronique. Depuis six jours, depuis dimanche 27 décembre, nous sommes bloqués ici parce que nous faisons partie de la Gaza Freedom March, qui est la marche internationale pour Gaza. Cette marche était destinée à rassembler 1 500 internationaux qui avaient pour objectif d'aller à Gaza pour casser le blocus et pour faire en sorte que l'embargo qui affame la population gazaouie soit levé. 300 internationaux français se sont rassemblés ici depuis dimanche soir. Nous avons dormi ici pendant 5 jours. Nous nous sommes restés ici pendant du dimanche 27 jusqu'au vendredi 1er janvier 2010 pour une raison simple, les autorités égyptiennes ont continuellement refusé à ce que nous prenions les cars pour pouvoir entrer à Gaza.
Nous avons exprimé notre refus ou en tout cas notre colère par rapport à cette décision qui nous paraissait injuste par des manifestations, par des mobilisations originales. Nous avons, par exemple, il y a deux jours, déployé tout un drapeau au niveau des pyramides de Gizeh. Nous avons également, hier, fait une marche avec les autres internationaux dans le centre du Caire. Et aujourd'hui même, nous nous sommes rassemblés devant l'ambassade israélienne pour exprimer notre refus et notre critique par rapport à la politique d'apartheid de l'État israélien.
Donc, je ne vais pas trop m'étaler. Voilà le cadre dans lequel nous nous sommes inscrits. Je vais laisser la parole à la sénatrice Alima Boumediene-Thiery, qui nous a fait l'honneur de rester avec nous pendant cette durée et d'exprimer également, de par sa présence, sa solidarité, sa sympathie à l'égard de la cause palestinienne.
Alima, je vais juste te poser une une question. Excuse-moi de te de te tutoyer, mais ta présence ici, je voulais te dire : qu'est-ce qu'elle signifie, en fait ?
Alima Boumediene-Thiery : Ma présence ici me semble être fondamentale parce que non seulement je suis une élue, je représente le peuple de France et cela montre quand même que, eh bien, les peuples ne sont pas toujours en accord avec leur gouvernement lorsque le gouvernement français décide certaines choses, notamment laisse Israël dans l'impunité et ne cherche pas de à sanctionner les crimes qui ont été commis, eh bien, il y a une partie du peuple de France en tout cas qui n'accepte pas. Et cette partie du peuple de France qui refuse ce silence complice, eh bien, j'espère ici pouvoir le représenter. En tout cas, c'est la légitimité que j'ai en tant que parlementaire.
Par ailleurs, il me semblait fondamental de faire partie de cette dynamique unitaire de solidarité qui vient de partout, vraiment de partout, c'est-à-dire du Canada, d'Australie, des États-Unis, d'Europe, mais aussi de beaucoup de pays. J'ai vu des personnes venir du Maghreb, par exemple, ou bien d'Afrique du Sud, pour rappeler comment l'apartheid a été un combat que l'on a mené en Afrique du Sud et que, aujourd'hui, le peuple palestinien qui vit cet apartheid, je veux dire, est est quelque part proche du peuple d'Afrique du Sud.
Donc, il me semblait important d'être ici pour exprimer cette solidarité, une solidarité qui est, comme je l'ai dit, unitaire, mais une solidarité qui va au-delà. Elle permet de sensibiliser les peuples les peuples arabes. Moi, je vois par exemple ces Égyptiens qui nous regardent l'air étonné. Certains ne comprennent pas, ils disent : « Mais la guerre est finie depuis un an, pourquoi ils sont là ? » En fait, ils ne savent pas que leur gouvernement trop souvent cède aux pressions israéliennes, par exemple créer un mur entre l'Égypte et puis Gaza, ou bien interdire cette marche. Or, je crois que le gouvernement israélien a gagné par rapport au gouvernement égyptien. Et là, c'est de notre devoir de rappeler que les peuples, y compris le peuple d'Égypte, certainement n'est pas d'accord avec ça.
Par ailleurs, et là, je crois qu'il est fondamental pour nous de sensibiliser et de rappeler aux Gazaouis que nous ne les avons pas oubliés, nous ne les avons pas oubliés. Nous sommes ici à leurs côtés même si cette marche a été interdite, mais nous sommes à leurs côtés. Et partout dans le monde, on sait que cette marche est là, partout aujourd'hui on regarde les images à travers les médias, on sait qu'il y a des personnes qui sont aux côtés des Gazaouis.
Et puis, pour terminer, je crois qu'il y a l'essentiel, c'est m'adresser à l'Égypte, dire à l'Égypte qu'ils ont fait une erreur. Ce grand pays aurait dû comprendre qu'il aurait mieux fait de se mettre aux côtés des peuples de la société civile plutôt que de se mettre du côté du pouvoir israélien et des autorités. Je crois que les autorités égyptiennes, en refusant la marche, en interdisant la marche, en refusant le dialogue, en n'acceptant pas cette démarche complètement pacifique et non violente, eh bien, ne mettent pas le peuple de leur côté. Au contraire, je crois qu'il y a une colère qui gronde et que celle-ci peut faire mal un jour.
Je te remercie beaucoup, Alima. Pour conclure, je dirais juste que, aujourd'hui, nous sommes encore une fois le 1er janvier 2010. Il y a un an, le peuple de Gaza vivait le carnage qui a coûté la vie à 1 400 personnes et qui a dévasté la bande de Gaza, et qu'aujourd'hui est née une solidarité internationale qui s'est exprimée durant cette semaine pour dire une chose : c'est que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la dignité et les valeurs d'humanité prendront toujours le pas sur l'impunité, le racisme et l'apartheid. Je vous remercie, Alima, et à bientôt pour une prochaine chronique sur oumma.com.
Alima Boumediene-Thiery : Excellent. Excellent.