Récemment, cette année, Mediapart face à la campagne honteuse menée par le gouvernement actuel, désignant nos compatriotes musulmans à la vindicte, Mediapart a voulu décrire ce que c'est que être musulman au quotidien. Et nous avons fait parler des jeunes, notamment en Île-de-France, sur leur rapport à leur religion, sur leur vision de la religion, sur leur pratique personnelle, sur le foulard ou pas le foulard, sur les pratiques de prière, de nourriture, etc. Nous avons voulu aller contre le cliché, le préjugé, cette façon d'ignorer l'autre. Tout simplement le raconter, lui donner droit de cité.
Moi, vous savez, je suis contre tout laïcisme sectaire. Je pense que la laïcité, c'est accepter que nous avons un monde commun à construire dans le respect que nous croyions ou pas en Dieu, que nous ayons telle ou telle religion. C'est un monde commun, et ce monde commun ne me demande pas d'abandonner ma sensibilité, qu'elle soit athée ou religieuse.
Les médias ne sont jamais la cause, ils sont toujours la conséquence. Les responsables, ce sont d'abord les politiques. Les médias sont naturellement, majoritairement suivistes, moutonniers, conformistes. Donc la vraie question aujourd'hui, c'est que notre pays, à l'heure des révolutions arabes, à l'heure où l'espoir démocratique et social est venu de peuples où l'islam est une religion majoritaire, où l'identité se revendique du monde arabe, même s'il y a aussi les Berbères qu'il ne faut pas oublier, où la culture est musulmane, à l'heure où au fond il y a un réveil démocratique et social autour de la Méditerranée, eh bien nous, en France, nous devons faire cet effort sur nous-mêmes non pas de d'accueillir, mais d'assumer le fait que nous sommes un pays musulman, comme nous sommes un pays laïque, comme nous sommes un pays catholique, comme nous sommes un pays juif, comme nous sommes un pays protestant. La chance de la France, c'est justement ce brassage, ce mélange, c'est cette créolisation du monde qui fait que les identités ne s'annulent pas les unes les autres, ne se dissolvent pas, qu'elles vivent, qu'elles se fécondent, qu'elles se rencontrent, qu'elles se croisent, qu'elles se respectent. Alors voilà ce qu'il faut faire, mais c'est une question politique avant d'être une question médiatique.