Que signifie prier en rêve selon les manuels classiques ?
Le livre attribué à Ibn Sîrîn, le Muntakhab al-kalâm fî tafsîr al-ahlâm, ouvre son chapitre sur la prière par un principe : « الأصل في رؤيا الصلاة أنها محمودة ديناً ودنيا », « en principe, voir la prière en rêve est louable, pour la religion comme pour ce monde ». Elle signifie accomplir une obligation, régler une dette, rendre un dépôt, obtenir une charge. Il distingue trois sortes de prières. La prière obligatoire annonce que le rêveur s'écarte du mal, et le livre cite le verset : « la Salât préserve de la turpitude et du blâmable » (sourate 29, verset 45). La prière de tradition (sunna) évoque la pureté, la patience et la générosité envers sa famille. La prière surérogatoire, la noblesse de caractère et la fin des soucis.
'Abd al-Ghanî an-Nâbulsî, dans son Ta'tîr al-anâm, insiste sur l'achèvement. Celui qui termine sa prière en rêve mène à bien ce qu'il veut, car « l'achèvement de la prière indique l'achèvement de ce que l'on désire ». Celui qui est retenu par une dette et se voit achever sa prière en est libéré. À l'inverse, une prière manquée, sans trouver où la rattraper, annonce une affaire qui se complique.
Les gestes de la prière ont aussi leur sens dans le livre attribué à Ibn Sîrîn :
- la prosternation : victoire, repentir d'une faute, salut face aux dangers ; - s'asseoir pour le tachahhud : un souci qui se dissipe et un besoin satisfait ; - la salutation finale après une prière complète : sortir de ses soucis ; - ne pas trouver la direction de la qibla : être indécis dans ses affaires.
Les cinq prières ont chacune une lecture : la prière de l'aube, un commencement pour gagner sa vie ; celle de midi, par temps clair, une affaire menée avec éclat ; celle de l'après-midi, une affaire presque terminée. Ce sont des images, pas des règles.
Voir quelqu'un prier en rêve, prier en groupe, diriger la prière
Les manuels consultés ne traitent pas à part le fait de voir une autre personne prier : ils parlent du rêveur qui prie ou qui dirige la prière. Ce qu'ils disent de la prière en général, un acte louable, invite à recevoir ce rêve positivement, sans en tirer de prédiction sur la personne vue. Voir un proche prier traduit souvent le souhait qu'il se rapproche de Dieu, ou l'estime qu'on lui porte.
Pour la prière en groupe, le livre attribué à Ibn Sîrîn écrit que celui qui se voit prier dans une assemblée aux rangs bien droits verra les gens multiplier les louanges de Dieu. Diriger la prière, c'est-à-dire se voir imam, annonce une responsabilité. Si le rêveur en est digne, il reçoit une charge et se fait écouter ; s'il guide les fidèles vers la qibla et accomplit une prière complète, il sera juste dans cette fonction. An-Nâbulsî ajoute que diriger la prière peut aussi signifier se porter garant pour d'autres. Une prière tournée dans une mauvaise direction indique au contraire un manquement envers ceux dont on a la charge.
Se voir prier dans un jardin, selon an-Nâbulsî, c'est demander pardon à Dieu ; sortir de la mosquée après la prière, recevoir une grâce et une subsistance. Le livre attribué à Ibn Sîrîn rattache ce dernier sens au verset qui invite, la prière achevée, à se disperser sur la terre et à rechercher la grâce de Dieu.
Mosquée, Kaaba, Coran, ablutions, tapis de prière
La mosquée représente, dans les deux manuels, un homme de science qui rassemble les gens autour du bien. Construire une mosquée annonce un bien et le maintien des liens familiaux ; se trouver dans une mosquée neuve et inconnue, selon an-Nâbulsî, un pèlerinage dans l'année ou une meilleure connaissance de sa religion. Entrer dans la mosquée et tomber en prosternation, la grâce du repentir.
La Kaaba vue en rêve est, selon les deux livres, l'annonce d'un bien qui arrive ou d'un mal qui s'éloigne ; la regarder, une sécurité face à ce que l'on craint ; se tourner vers elle, s'occuper de ce qui améliore sa religion. Accomplir le tour rituel ou un rite du pèlerinage, c'est, pour an-Nâbulsî, un progrès dans sa religion à la mesure de ce qu'on a accompli. Entrer à La Mecque signifie pour lui la sécurité après la peur, le repentir pour celui qui a fauté, le mariage pour le célibataire.
Le Coran lu en rêve est, selon an-Nâbulsî, ordre, interdiction, honneur, joie et victoire. Le sens dépend du passage : un verset de miséricorde annonce une miséricorde, un verset d'avertissement est une mise en garde, un récit une leçon. Achever la lecture du Coran, c'est obtenir ce que l'on espère ; réciter un passage étant malade, la guérison, l'auteur citant le verset qui décrit le Coran comme « une guérison de ce qui est dans les poitrines » (sourate 10, verset 57).
Les ablutions, pour an-Nâbulsî, placent le rêveur sous la protection de Dieu contre ce qu'il redoute ; complètes, elles annoncent qu'il atteint son but. Le tapis de prière, enfin, désigne chez lui une femme vertueuse ou une fonction religieuse. Les manuels ne disent rien de plus sur l'achat d'un tapis.
Peut-on prier pour voir son futur mari ou une réponse en rêve ?
Beaucoup cherchent une prière qui ferait voir en rêve un futur époux ou la réponse à une question. Aucun texte authentique n'enseigne une telle prière. La prière de consultation, l'istikhâra, demande à Dieu de faciliter une affaire si elle est bonne et de l'écarter si elle est mauvaise ; le hadith qui l'enseigne ne parle pas de rêve. La réponse se lit d'abord dans la suite des événements, comme l'explique la page sur l'interprétation des rêves en islam. Un rêve peut venir, mais il ne remplace ni la réflexion ni le conseil des proches.
Que faire après un rêve de prière ?
Un rêve de prière, de mosquée ou de Kaaba est en général apaisant : on remercie Dieu et on peut le raconter à une personne qui nous aime. C'est aussi une invitation simple à soigner sa prière réelle. Si le rêve a été troublant (prière manquée, mosquée détruite), on suit la conduite des hadiths pour les mauvais rêves, décrite sur la page que faire après un mauvais rêve : il ne nuira pas.




