Que signifie voir une personne décédée en rêve ?
Le livre attribué à Ibn Sîrîn consacre son seizième chapitre à la mort, aux défunts, aux tombes et aux linceuls. Sa clé de lecture est l'état du défunt. Les morts étant dans « la demeure de la vérité », leur apparence en rêve renseigne sur leur sort : s'ils paraissent heureux, c'est un bon état auprès de Dieu ; s'ils sont tristes ou se détournent, c'est un avertissement pour le rêveur.
Les détails suivent cette logique. Un défunt souriant est lu comme pardonné, avec à l'appui le verset des visages « riants et réjouis » (sourate 80, versets 38 et 39). Un défunt vêtu de vert indique une mort qui compte comme un martyre. Un défunt qui dit « je ne suis pas mort » est en bon état dans l'au-delà, en écho au verset sur ceux qui sont « vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus » (sourate 3, verset 169). Un défunt endormi est en repos.
À l'inverse, un défunt malade, aux habits sales ou fatigué, est « interrogé sur sa religion » : il a besoin du secours des vivants. An-Nâbulsî précise que si un défunt demande qu'on lave ses habits, c'est qu'il a besoin d'une invocation, d'une aumône, d'une dette réglée, d'un testament exécuté ou d'un tort réparé. Dans tous ces cas, le rêve n'annonce pas un malheur : il invite à prier pour le défunt.
Voir son père, sa mère ou son grand-père décédés en rêve
Les manuels donnent une place à part aux parents. Le livre attribué à Ibn Sîrîn lit le retour à la vie d'une mère défunte comme une délivrance d'un souci ; celui du père a le même sens, « mais la vision du père est plus forte ». An-Nâbulsî écrit de même : voir son père et sa mère revenus à la vie, quand on avait peur, c'est retrouver la sécurité et voir son souci s'en aller, « surtout la mère ». Des grands-parents revenus à la vie annoncent, selon Ibn Sîrîn, le retour de la chance (le même mot arabe, jadd, désigne le grand-père et la fortune).
Plus largement, voir un défunt vivant signifie, pour les deux manuels, qu'une affaire morte revit et qu'une facilité vient après la difficulté, « d'où l'on ne s'y attend pas ». Ce que le défunt donne en rêve est un bien : un vêtement, une nourriture, du miel. Ibn Sîrîn aurait dit, selon le livre qui lui est attribué : « J'aime prendre du défunt et je n'aime pas lui donner. »
Parler avec un défunt est, pour an-Nâbulsî, signe de longue vie. Embrasser un défunt connu, c'est profiter d'un savoir ou d'un bien qu'il a laissé ; un défunt inconnu, c'est un bien inattendu. Se disputer avec lui, ou le voir fâché, est lu comme un rappel : le défunt « n'agrée que ce qui agrée Dieu », et le rêveur est invité à revoir sa conduite. Manger avec un défunt, enfin, annonce une longue vie.
Rêver d'un cercueil, d'un enterrement ou d'une tombe
Le cercueil est une des images les plus recherchées, et l'une des moins sombres dans les manuels. Être porté sur une civière funéraire (na'sh) est lu, dans le livre attribué à Ibn Sîrîn, comme une élévation et un enrichissement : le mot évoque en arabe le « relèvement ». Être porté sur les épaules des hommes annonce une autorité, et si l'on pleure derrière le cortège sans cris, l'issue de l'affaire sera louable. Pour an-Nâbulsî, le coffre funéraire (tâbût) désigne un grand pouvoir, ou une délivrance après une peur.
Prier sur un mort en rêve, c'est prier beaucoup pour les défunts ou nouer des fraternités en Dieu. La tombe, elle, est d'abord une prison dans les deux manuels, ou une maison : se creuser une tombe, c'est se bâtir une demeure dans cette ville. La pluie sur les tombes est une miséricorde de Dieu pour leurs habitants.
Rêver de sa propre mort n'est pas davantage un présage funeste. Pour le livre attribué à Ibn Sîrîn, mourir sans aucune des marques de la mort annonce une longue vie ; mourir puis revivre, une faute suivie d'un repentir, en écho au verset où il est question de mourir deux fois et de revivre deux fois avant de reconnaître ses péchés (sourate 40, verset 11). Pour le célibataire, la mort en rêve annonce le mariage, comme l'explique notre page rêver de mariage.
Que faire après avoir vu un défunt en rêve ?
La réponse la plus sûre ne dépend d'aucun manuel : prier pour lui. Le Coran enseigne l'invocation « O notre Seigneur! pardonne-moi, ainsi qu'à mes père et mère et aux croyants » (sourate 14, verset 41). Le Prophète a enseigné que lorsque l'homme meurt, ses œuvres s'arrêtent, sauf trois : une aumône qui dure, un savoir utile, un enfant pieux qui prie pour lui (Muslim, n° 1631). Une aumône faite en son nom, une invocation, une dette réglée sont donc la meilleure réponse à un tel rêve.
Si le rêve était apaisant, on remercie Dieu. S'il était pénible, on suit la conduite des mauvais rêves : demander la protection de Dieu, cracher légèrement trois fois sur sa gauche, changer de côté et n'en parler à personne. Elle est détaillée sur la page l'interprétation des rêves en islam. Rêver souvent d'un proche disparu est aussi une part naturelle du deuil, et le sommeil lui-même est décrit dans le Coran comme une proximité avec la mort (sourate 39, verset 42).




