Que signifie un bébé en rêve selon les manuels classiques ?
La lecture des anciens interprètes surprend souvent. 'Abd al-Ghanî an-Nâbulsî, dans son Ta'tîr al-anâm, écrit que le nourrisson vu en rêve évoque « les soucis, les tracas et la fatigue », ceux qu'on éprouve à s'occuper de gens qui ne savent pas encore se conduire. Il le dit en une phrase : « وحمل الصبي الصغير في المنام هم », « porter un petit enfant en rêve est un souci ». Il explique ce sens par l'expérience : on n'élève pas un enfant sans peine. Voir de nombreux bébés naître pour soi signifie donc, chez lui, des préoccupations ; de tout petits enfants, des soucis petits et passagers.
Ce sens n'est pas une malédiction. Le souci d'un enfant est un souci qu'on aime porter, et les mêmes auteurs donnent d'autres lectures, bien plus favorables, selon la situation. An-Nâbulsî voit dans l'enfant qui a grandi une force et un honneur, et dans l'adolescent une bonne nouvelle. Celui qui se voit avoir un petit enfant reçoit, selon lui, un surcroît dans sa vie d'ici-bas.
Le livre attribué à Ibn Sîrîn, le Muntakhab al-kalâm fî tafsîr al-ahlâm, ajoute un sens moins attendu : le jeune garçon y est parfois un ennemi faible, qui se montre amical avant de dévoiler son hostilité. Les deux ouvrages s'accordent sur une image : celui qui se voit porter un enfant aura à gérer une affaire importante, à « administrer un royaume » selon leur expression.
Comme toujours, ces correspondances ne valent que rapportées à la vie du rêveur. La page sur l'interprétation des rêves en islam rappelle que la plupart des rêves n'appellent aucune interprétation.
Bébé fille, bébé garçon : quand le rêve annonce une délivrance
C'est le cas le plus encourageant des manuels. An-Nâbulsî écrit qu'une petite fille que l'on recueille, que l'on porte dans ses bras ou qui naît pour le rêveur est une bonne nouvelle pour celui qui est en difficulté : le prisonnier, l'endetté, le pauvre, celui qui est épuisé par un procès ou qui se croit ensorcelé. Pour lui, la peine se dissipe. Si c'est une personne malade qui se voit mettre au monde ce bébé, elle est soulagée. Pour celui qui ne vit aucune épreuve, en revanche, la petite fille garde le sens général du souci.
Pour le garçon, les indications varient. Dans un autre passage, an-Nâbulsî écrit que si des enfants naissent pour le rêveur, c'est un souci, mais que l'issue est heureuse si c'est un garçon. Les manuels ne sont donc pas cohérents entre eux sur le sexe du bébé, et il serait imprudent d'en tirer une conclusion.
An-Nâbulsî rapporte encore une image collective : quand une ville est assiégée et ses habitants dans la détresse, voir un bel enfant y entrer, descendre du ciel ou sortir de la terre signifie que la délivrance est proche.
Le bébé qui parle, enfin, est un cas à part. Le livre attribué à Ibn Sîrîn pose, dans son introduction, que l'enfant qui ne connaît pas le mensonge dit vrai quand il parle en rêve. Ce qu'il dit est donc à recevoir avec attention, s'il s'agit d'un rêve apaisant.
Redevenir bébé, perdre son bébé : les autres rêves fréquents
Se voir soi-même redevenu nourrisson a deux sens chez an-Nâbulsî. Pour un adulte sans épreuve particulière, c'est une perte de sérieux, une conduite qui manque de maturité. Mais pour celui qui est dans un grand souci ou dans la gêne, ce rêve annonce l'issue, la santé, et le fait de sortir de ses fautes « comme au jour où sa mère l'a mis au monde ». Le livre attribué à Ibn Sîrîn dit de même que ce rêve, malgré tout, signale la fin d'un souci. Pour le pauvre qui se voit nouveau-né, an-Nâbulsî annonce une subsistance et une aisance.
Rêver de perdre son bébé, de l'égarer ou de le voir en danger est un rêve très fréquent, surtout chez les jeunes parents et les femmes enceintes. Les manuels classiques consultés ne lui consacrent pas d'entrée. Rien ne permet donc d'y lire un présage. Ce type de rêve exprime le plus souvent la peur, naturelle, de ne pas savoir protéger son enfant. Il relève des rêves pénibles que la tradition demande de ne pas interpréter : on suit la conduite prévue, et il ne nuira pas. Pour les rêves de grossesse, voir rêver d'être enceinte en islam.
L'enfant dans le Coran
Le Coran présente les enfants comme une grâce et une épreuve à la fois : « Les biens et les enfants sont l'ornement de la vie de ce monde. Cependant, les bonnes œuvres qui persistent ont auprès de ton Seigneur une meilleure récompense » (sourate 18, verset 46). La double lecture des interprètes, joie et souci, prolonge cette idée : l'enfant est un bonheur qui demande de la peine.
Le Coran rapporte aussi des naissances annoncées comme des bonnes nouvelles, ainsi celle de Yahyâ (Jean) à Zacharie, alors qu'il priait (sourate 3, verset 39). Mais ces annonces faites aux prophètes ne sont pas des rêves ordinaires, et un rêve de bébé ne promet pas à lui seul une naissance.
Que faire après avoir rêvé d'un bébé ?
Un rêve apaisant se reçoit avec gratitude, et l'on peut le raconter à une personne qui nous aime. Un rêve angoissant (bébé perdu, malade, en danger) appelle la conduite enseignée par les hadiths : demander la protection de Dieu contre Satan et contre le mal de ce rêve, cracher légèrement trois fois sur sa gauche, changer de côté, ne le raconter à personne. Le détail est sur la page que faire après un mauvais rêve.




