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Des centaines de femmes Afghanes ont condamné le lynchage à mort d’une jeune enseignante

Parmi les vives émotions qui les ont envahies depuis l’annonce du lynchage à mort d’une jeune enseignante d’études islamiques, alors que l’angoisse les oppresse et la douleur les étreint, c’est la colère inextinguible qui a jailli dans les rangs des centaines de manifestantes afghanes descendues, lundi 23 mars, dans les rues de Kaboul pour condamner haut et fort un châtiment barbare d’un autre âge et le mensonge éhonté qui l’a légitimé.

Epouvantées par le meurtre abominable commis la semaine dernière, devant la grande mosquée locale, par une foule masculine déchaînée contre une jeune femme de 27 ans fort honorablement connue, accusée à tort d’avoir brûler un exemplaire du Coran (un comble pour la professeure de religion qu’elle était !), et qui a été encerclée, avant de vaciller, puis de succomber sous la pluie de coups assénés avec une brutalité inouïe, des Afghanes, jeunes et moins jeunes, ont scandé leur indignation et révulsion en brandissant des affiches à l’effigie d’une martyre dont le cadavre, summum de l’horreur, a été retrouvé entièrement calciné.

Leur clameur de protestation est montée, retentissante, dans la cité phare du pays, laissant entendre le cri d’alarme poussé contre l’inertie coupable de la police et surtout contre l’influence croissante des mollahs sur une terre déchirée par la guerre. "Nous avons tiré la sonnette d’alarme de manière fracassante afin d’éveiller les consciences à la fois sur le rôle influent des mollahs, et sur le fait très inquiétant que parmi ces hommes transformés en une meute d’assassins, il n’y avait aucun ultra-conservateur, ni aucun taliban, et encore moins de « jihadiste » de l'Etat islamique, mais des hommes comme on peut en croiser tous les jours dans la rue, qui pourraient être au nombre de mes amis. Et ça, c’est extrêmement choquant et préoccupant", a déclaré au Guardian l’une des meneuses de la manifestation, Mariam Awizha Hotaki, une militante de la première heure des droits civiques.

Présent aux funérailles de la victime, le président de la République islamique d’Aghanistan, Ashraf Ghani, entouré de hauts fonctionnaires, n’a pas eu de mots assez forts pour dénoncer une "agression odieuse, qui n’a pas sa place dans un pays comme le nôtre", lançant un sérieux avertissement aux adeptes de la loi du Talion mus par un machisme obscurantiste : "Nous ne tolérerons pas la justice populaire". Tandis que des centaines d’anonymes ont formé une longue procession recueillie, rythmée par la revendication "Nous voulons la justice", des femmes afghanes, accablées de chagrin mais refusant de plier sous le poids du traumatisme, ont tenu à porter le cercueil de la défunte enseignante jusqu’à sa dernière demeure.

"Combien de fureur et de haine refoulées pour en arriver à commettre un tel acte innommable ! Et c’est comme ça, en se comportant comme des sauvages et pire que des animaux, qu’ils prétendent vouloir imposer leur pouvoir aux femmes ?", s’est emportée, furieuse et bouleversée, la parlementaire Fawzia Koofi qui fait partie de la commission de 11 personnes formée par le président Ghani pour faire la lumière sur cette tragédie et confondre tous les coupables, des commanditaires aux exécutants.

"Est-ce que c’est ça l'avenir qui attend nos filles en Afghanistan ?", a renchéri cette mère de deux jeunes adolescentes très affectées par ce crime atroce, blâmant l’immobilisme à la fois du pouvoir et de la police qui ont brillé par leur incapacité à prévenir un tel drame, et à empêcher qu'il ne culmine dans la sauvagerie.

Comme si cela ne suffisait pas, après avoir été disculpée du crime qui a entraîné sa fin insoutenable par l’enquête promptement diligentée par le gouvernement, la mémoire de l’enseignante a été salie par des médias peu scrupuleux qui ont fait état de sa fragilité psychologique, à la consternation de son frère qui, déjà anéanti par sa disparition tragique, a dû puiser en lui la force de démentir ces nouvelles allégations fallacieuses, et s'insurger contre ce viol posthume.

Par la rédaction.

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