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Selon le Coran, Possession, envoûtement et mauvais œil n’existent pas ! Analyse littérale de la Sourate 113

Volet 1Une leçon de foi monothéiste et de raison

Rappelons qu’en l’article paru dernièrement,[1] nous avons démontré que le verset référent S2.V102 invalide totalement la croyance en la sorcellerie et la magie. Pour le Coran, ce n’est rien d’autre qu’un amas de superstitions et il définit les pratiques des prétendus sorciers et magiciens comme n’étant que des illusions, du charlatanisme. À l’inverse, l’Exégèse a interprété ce verset comme indiquant que le Coran reconnaissait a contrario l’existence de la sorcellerie et de la magie. C’est donc en cette perspective qu’elle a aussi interprété les très connues sourates 113 et 114. En cet article, nous allons étudier les deux premiers versets de la Sourate 113, ses autres versets seront envisagés au prochain article. Nous publierons aussi notre analyse de la Sourate 114 sous peu.

– Voici tout d’abord notre traduction littérale de la Sourate 113 telle que publiée récemment[2] :

Au nom de Dieu, le Tout-Miséricorde, le Tout Miséricordieux

  1. Dis : Je me réfugie auprès du Seigneur de l’Aube à son lever
  2. contre le mal de ce qu’Il a créé,
  3. contre le mal d’une nuit obscure quand elle s’est renforcée,
  4. contre le mal de celles qui sur les nœuds ont soufflé,
  5. contre le mal d’un envieux quand il a convoité.

***

Dans l’ordre du corpus coranique tel que nous le connaissons, la Sourate 113 est la troisième débutant par l’impératif : « qul/dis ».[3] Nous montrons par ailleurs que les deux précédentes, les sourates 109 et 112, réalisent une communication précoce délivrant un message à caractère d’urgence à destination des premiers allocutaires de la Révélation, les polythéistes mecquois. Il en sera de même s’agissant de la Sourate 114. Le sujet commun est simple et direct : la réfutation rationnelle de l’idolâtrie polythéiste par l’argument monothéiste. Chacune de ces quatre sourates déconstruit un pan des croyances considérées comme issues de l’idolâtrie polythéiste. En effet, ces croyances s’opposent à l’idée forte du monothéisme : seul Dieu est détenteur d’un pouvoir qui ne relève pas de l’ordre du rationnel, ce que la raison humaine peut comprendre du monde. Autrement dit, en dehors de Lui il n’existe aucune puissance occulte réelle, ce ne sont que croyances, des illusions générées par l’irrationalité. S’il existait des forces occultes agissantes, alors Dieu ne serait pas le seul Tout-puissant. Aussi, la Sourate 113 ne peut pas être comprise comme relevant d’un exorcisme coranique, d’une magie blanche, mais, au contraire, comme étant une dénonciation des superstitions et peurs irrationnelles qui peuplaient l’imaginaire et le rapport au Monde des Arabes.

– De ces mots : « Dis : Je me réfugie auprès du Seigneur de l’Aube à son lever », v1.

L’hapax falaq est un terme désignant le moment où la lumière de l’aube paraît au-dessus de l’horizon encore noir. Cet instant précède de peu l’aurore, d’où notre « l’Aube à son lever ». Le polythéisme est par définition un système de croyances répartissant les pouvoirs et les responsabilités entre diverses entités : divinités, djinns, anges, esprits, etc. Cette explication du monde, aussi archaïque qu’irrationnelle, suppose que certaines personnes puissent intervenir pour ou contre ces forces occultes, en bien ou en mal, d’où le recours aux chamanes, sorciers, envoûteurs, désenvoûteurs et autres intermédiaires, religieux y compris. Le monothéisme que la Révélation expose dès le début de la mission de Muhammad suppose la thèse contraire : 1 – au nom de la Toute-puissance divine, il n’y a d’autre pouvoir sur le Monde que celui de Dieu. 2 – tous les phénomènes observables ici-bas relèvent du rationnel. 3 – Il n’y a donc vis-à-vis de l’Unicité et la Toute-puissance absolue de Dieu aucun associé, aucun intermédiaire. Ce monothéisme allie foi et raison, foi uniquement en Dieu l’Unique et exercice de la raison pour ce qui est d’expliquer notre monde.

– Aussi, le monothéisme coranique se définit-il d’emblée comme un mode rationnel en opposition d’avec les croyances irrationnelles que le Coran en S2.V102 a clairement identifiées comme issues de l’idolâtrie polythéiste. Y prêter foi relève d’une forme de polythéisme caché. Ainsi, au nom même de la foi en un Dieu unique, est-il demandé au Prophète non pas de prononcer pour lui-même seulement ces paroles, mais de transmettre aux polythéistes cet enseignement : ô vous, polythéistes dites « je me réfugie » en Lui, le seul Dieu réel, contre ces croyances en ces superstitions sans fondement réel. Autrement dit, c’est la foi en vos diverses divinités et entités que vous pensez agissantes qui vous égare. Mais seule la foi vraie en Dieu le Vrai permet de vivre en un monde sans croyances ni superstitions. Cherchez donc à vous réfugier en cette foi en Lui le Dieu unique contre tout cela. Le croyant monothéiste croit que seul Dieu détient le pouvoir sur Sa création et il se « réfugie » donc auprès de son « Seigneur », non pas contre la sorcellerie, mais contre le fait d’y croire. Ceci, conformément au sens de la racine ‘adhā signifiant chercher refuge pour fuir quelque chose, ici fuir ces fausses croyances. L’on note bien évidemment que la locution « Seigneur de l’Aube à son lever » est signifiante, le terme falaq qualifiant plus encore, l’éclat de l’aube qui perce les ténèbres au point du jour. L’on comprend sans peine que l’image suscitée est une allégorie évoquant la lumière de l’aurore du monothéisme et de la raison contre les ténèbres du polythéisme et des superstitions, ceci justifie donc que nous recourions à une majuscule distinctive : « l’Aube à son lever ». Le message délivré par la Sourate 113 est donc : venez à Dieu seul, abandonnez votre idolâtrie, votre polythéisme, la révélation vient d’apparaître comme la première lueur au-dessus de l’obscurité de la nuit de vos croyances et superstitions. Tel est le thème de la Sourate 113 : Polythéisme et irrationalité.

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– De ces mots : « contre le mal de ce qu’Il a créé », v2.

En premier lieu, c’est bien « le mal/ash–sharr » frappant ici-bas les Hommes, et dont ils ne comprenaient pas toujours les causes rationnelles, qui pour partie a généré le polythéisme. Celui-ci a amené à attribuer ce mal à diverses entités occultes et autres sources mystérieuses de nuisance, dont la sorcellerie. Par ailleurs, si pour le Coran Dieu est Tout-puissant, Il n’est pas pour autant responsable des maux qui atteignent l’Homme puisqu’il est explicitement stipulé que « tout bien qui t’arrive vient de Dieu et tout mal qui te frappe vient de toi », S4.V79. Ce postulat coranique confirme le paradigme coranique du Libre arbitre dont dispose l’Homme auquel s’oppose, nous l’avons rencontré de multiples fois, le paradigme islamique de la Prédestination de toutes choses par Dieu.[4] Il n’est donc pas cohérent de comprendre ce verset comme signifiant « contre le mal qu’Il [Dieu] a créé », ce qui de plus impliquerait que le Responsable du mal demanderait à ce que l’on cherche refuge auprès de Lui, c’est-à-dire auprès du Malfaiteur ! Notre traduction : « contre le mal de ce qu’Il a créé » est strictement littérale puisqu’en contre/min le mal/sharri mā khalaqa/créer la position grammaticale la particule permet deux sens : le mal que/mā ou le mal de ce que/mā. Le verbe khalaqa ne signifiant créer que s’agissant de Dieu, deux compréhensions sont alors théoriquement possibles : « contre le mal de ce qu’Il a créé » ou « contre le mal qu’Il a créé ». Les tenants de la Prédestination ne conçoivent que cette deuxième possibilité et, une fois n’est pas coutume, la traduction standard n’a pas enfoncé le clou de la Prédestination dans la croix de nos destins puisqu’on peut y lire : « contre le mal des êtres qu’Il a créés ». Cependant, l’apparence est trompeuse, car sur ce point aussi essentiel défendu par l’orthodoxie l’on ne peut pas croire à une erreur d’inattention. En réalité, il faut comprendre selon cette logique que Dieu n’est pas responsable du mal fait, mais qu’Il a créé le mal en l’Homme, position asharite aussi ambiguë que tautologique s’il en est. En fonction du paradigme coranique du Libre arbitre et du fait que Dieu n’est pas responsable du mal, l’on doit donc comprendre : « je me réfugie auprès du Seigneur de l’Aube à son lever contre le mal [venant] de ce qu’Il a créé », vs1-2. L’on note alors que l’indétermination indiquée par le syntagme « ce que » ne renvoie pas uniquement au mal que l’Homme commet, mais à une forme indistinctement perçue du mal. Ceci, comme nous l’avons dit précédemment, fait écho à l’ensemble de ces forces occultes que l’Homme s’invente pour essayer d’expliquer les maux qui le frappent et dont l’origine lui échappe.

– S’il est dit que Dieu a créé cela, c.-à-d. les Hommes et aussi le reste de Sa Création, c’est afin que nous cherchions des causes rationnelles aux maux qui nous environnent. Par exemple, une maladie qu’elle soit connue ou non n’est pas un fléau maléfique ou le résultat d’un mauvais sort jeté, mais elle a toujours une cause physiopathologique qu’il est rationnellement possible d’identifier. Il est profondément affligeant que de nos jours l’on torture encore des enfants atteints d’épilepsie pour en chasser le démon ! Comme si l’Islam s’évertuait à rétrograder dans le temps des temps obscurs et comme si le musulman vertueux devrait s’enfoncer en ce bourbier millénaire. D’un point de vue strictement théologique, il nous faut comprendre : au nom de ma foi monothéiste je me réfugie en la seule puissance véritable qu’est Dieu contre toutes mes croyances quant à l’origine du mal et des maux, le monothéisme est donc rationnel. De manière particulière, c.-à-d. culturelle, cela signifie que le croyant monothéiste doit cesser de croire que le mal puisse provenir de pratiques de magie noire et puisse être de même traité ou prévenu par des pratiques de magie blanche. Cela ne signifie pas non plus que Dieu soit le remède à tous les maux, qu’en l’invoquant et en se plaçant par ces mots sous Sa protection aucun mal ne nous atteindra ou que Dieu alors résoudra tout ce qui semble nous menacer. Cette sourate n’a donc pas la moindre valeur prophylactique, aucune vertu magique, ce contrairement aux croyances et superstitions que l’Exégèse a enfantées contre le message même de cette sourate.

– Logiquement, trois des superstitions les plus courantes en la culture des Arabes du temps coranique vont alors être mentionnées par les vs3-5 : la possession, l’envoûtement et le mauvais œil. Loin de les valider, la Révélation ramène ces croyances à ce qu’elles sont réellement tant du point de vue de la foi monothéiste que de la raison, à savoir : des croyances sans fondement. La quatrième de ces croyances est quant à elle envisagée par la Sourate 114, qui de ce point de vue est complémentaire de celle-ci. Nous envisagerons donc au volet 2 ces trois superstitions profondément ancrées dans l’imaginaire et la culture des musulmans.

Dr al Ajamî

[1] https://oumma.com/selon-le-coran-la-sorcellerie-et-la-magie-nexistent-pas-analyse-litterale-de-s2-v102-103/[2]  Traduction littérale du Coran – le Message à l’origine – par le Dr al Ajamî :  https://www.alajami.fr/produit/le-coran-le-message-a-lorigine/

[3] Pour être exact, il en est de même de la Sourate 72, mais celle-ci est bien plus tardive et le contexte diffère.

[4] Sur ce point, voir entre autres occurrences S2.V184 ; S74.V55-56 ; S76.V30 ; S81.V29. Pour notre analyse critique de cette problématique : Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam : https://www.alajami.fr/2018/08/15/destin-et-libre-arbitre/

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