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Jean-François Copé multiplie les pains au chocolat

Il persiste et signe. Au point d’amplifier à l’échelle nationale son anecdote initiale. Souvenez-vous : en octobre dernier, lors d’un meeting à Draguignan, Jean-François Copé, en course pour sa réélection à la tête de l’UMP, avait fait sensation en tenant les propos suivants :

« Il est des quartiers où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, père ou mère de famille rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan ».

Invité par une radio de Mantes-la-Jolie, le député-maire de Meaux a indiqué (à 6’) que les faits, « tout à fait exacts », se seraient produits dans sa propre ville, en 2008. Une précision opportune : de 2009 à 2012, le ramadan se déroula essentiellement durant les vacances scolaires estivales, ce qui fragilisait -jusqu’alors- la vraisemblance de son histoire. En revanche, pour l’année 2008, le ramadan débuta le 1er septembre.

L’intéressé avait également maintenu sa déclaration polémique lors de son passage, quelques jours plus tard, dans l’émission de Laurent Ruquier. Interpellé par l’animateur sur le nombre d’enfants réellement affectés par ce type d’incident, Jean-François Copé botta en touche, affirmant que « le problème n’est pas de savoir combien ça en concerne ».

Sept mois plus tard, l’homme à la tête de l’UMP se montre désormais plus catégorique. Aujourd’hui, l’antenne radiophonique de la chaîne britannique BBC World News a diffusé un entretien du leader de la droite française, enregistré jeudi dernier, lors de sa venue à Londres. Confronté à l’opiniâtreté de la journaliste Zeinab Badawi (de 4’15 à 8’), Jean-François Copé a dû s’expliquer sur l’anecdote du pain au chocolat en affirmant (à 4’45), pour la première fois, que ce type d’incident s’était produit dans sa ville «mais aussi dans d’autres endroits en France ». Sourire aux lèvres, la journaliste lui demanda alors s’il était « sûr »  de ses allégations car il « utilise le pluriel » à propos du vol de pain au chocolat. Visiblement embarrassé, le secrétaire général de l’UMP lui confirma son propos inédit avant de l’encourager, dans le même temps, à  « oublier cette anecdote ».

Jusqu’alors, Jean-François Copé n’avait jamais affirmé, de manière aussi claire, que le vol de viennoiseries durant le ramadan était un incident récurrent en France. Il se contentait d’évoquer cette histoire, rapportée -selon lui- par un citoyen de Meaux, afin d’illustrer la montée des incivilités liées à l’intolérance religieuse -en l’occurrence, celle émanant uniquement de l’islam.

En amplifiant cette anecdote et en continuant visiblement de la juger signifiante, Jean-François Copé contredit, par ailleurs, sa propre démarche antérieure à l’égard du Conseil français du culte musulman. L’institution avait déposé une plainte pour diffamation à l’encontre du patron de l’UMP. En janvier, celui-ci avait tenté de faire amende honorable en effectuant -à sa demande- une visite auprès de la direction du CFCM afin de présenter ses « éclairages », déplorant le « contresens » produit par l’affaire.

Le lendemain matin, rebondissement : sur l’antenne de RTL, Jean-François Copé affirma (à 8’) qu’il n’avait alors « présenté aucune  excuse » mais se serait contenté d’exprimer un « regret ».Membre du CFCM et président de l’observatoire de l’islamophobie, Abdallah Zekri -qui s’était réjoui, la veille, des « excuses publiques » de l’intéressé- s’en indigna et affirma, à l’instar de l’avocate du Conseil, que la plainte était finalement maintenue.

En réitérant l’essentiel de son anecdote stigmatisante et en généralisant -désormais- celle-ci à l’ensemble du territoire national, Jean-François Copé, toujours soumis à une procédure judiciaire intentée contre sa personne, aggrave son cas. Cela ne l’empêche pourtant pas d’affirmer, toujours sur le plateau de la BBC, que « beaucoup de Français, y compris des musulmans » partagent sa « prudence nécessaire » à propos de « l’intégrisme ». Rendez-vous est pris aux urnes, en mars 2014, pour vérifier si le vote musulman se portera bien, cette fois-ci, en faveur de l’UMP.

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