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Saima Ashraf, ou le fabuleux parcours d’une femme française nommée maire-adjoint à Londres

Il lui aura fallu traverser la Manche pour réaliser que la France, où elle a grandi, pourtant si proche de l’Angleterre, n’en a jamais été aussi éloignée.

Depuis l’arrondissement londonien de Barking et Dageham où Saima Ashraf évolue sereinement et avec aisance dans la sphère institutionnelle, sans craindre d’être ostracisée en raison de son voile, la perfide Albion lui paraît être une merveilleuse terre de tolérance, où elle cherche en vain l’empreinte de la perfidie…

Devenue, en l’espace de neuf ans de bons et loyaux services, un visage familier de la vie locale et de la politique de proximité, en sa qualité de maire-adjointe chargée du logement, très proche de ses administrés, elle mesure à quel point son exil fut une chance inestimable.

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Loin du pays des Lumières qui ne s’éclaire plus qu’au pâle flambeau d’une laïcité dogmatique et répressive, cette mère célibataire d’origine pakistanaise, comblée par ses trois filles, a pu s’épanouir pleinement, coiffée de son hijab qui ne lui a valu aucune mise à l’index mortifiante, ni aucune diabolisation outrancière.

« En France, je n’aurais jamais pu être élue », constate-t-elle avec une lucidité attristée, confortée dans sa conviction par la énième polémique anti-voile passionnelle déclenchée, en octobre dernier, par le triste sire Julien Odoul, et qui a résonné de manière fracassante bien au-delà de l’enceinte du Conseil régional Bourgogne-Franche-Comté. C’est avec effarement qu’elle a assisté à la nouvelle hystérie collective qui a emporté la caste politico-médiatique française, alors qu’au même moment, elle siégeait au sein de l’Assemblée législative du Grand Londres, en parfaite quiétude.

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 « Il est anormal qu’un élu, censé représenter les citoyens, demande à une mère de quitter une institution à cause de son foulard. C’est absurde, décevant et malheureux », a-t-elle vivement déploré dans un entretien accordé à Nejma Brahim. « Je constate avec tristesse que rien n’a changé depuis. J’ai l’impression que la France tourne en rond autour d’un cercle vicieux », se désole-t-elle, en se remémorant avec émotion son enfance heureuse passée à Champigny-sur-Marne, dans le Val-de-Marne.

Enferrée dans sa croisade fiévreuse contre le port du voile, l’affligeante réalité française lui semble être à des années-lumière de l’avenir radieux qui s’est ouvert à elle, de l’autre côté de la Manche. Et pourtant, le royaume britannique n’est pas épargné par le fléau de l’islamophobie et les violents coups de boutoir des extrémistes de droite.

« Alors qu’on m’en a souvent parlé en France, personne ne m’a interpellée à ce sujet ici », fait-elle remarquer au sujet du voile qui la singularise et fait partie d’elle-même, en appuyant là où le bât blesse. « Avec cette histoire de voile et de sorties scolaires, les Français ne pouvaient pas se ridiculiser davantage. Imaginez un peu l’impact sur les enfants qui ont été traumatisés », s’émeut-elle.

Quand, dans son bureau de la mairie, l’esprit de Saima Ashraf vagabonde et qu’elle songe à la vie qui aurait été la sienne dans une France à laquelle elle reste toutefois attachée, même si une mer les sépare désormais, c’est un sombre tableau qu’elle perçoit : celui d’un pays sous influence, dont les valeurs cardinales ont été mises à mal, qui la traiterait au mieux de femme soumise, au pire de pasionaria de l’islam politique, mais refuserait de la voir telle qu’elle est, sans la déshumaniser.

Malgré tout, depuis cette perfide Albion où il fait si bon vivre pour la femme, la mère de famille et l’élue de terrain voilée qu’elle est, l’espoir de voir un jour les mentalités françaises évoluer n’est pas totalement éteint en elle.

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