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L’engouement pour le halal ne se dément pas au Japon

Le Japon en passe de devenir l’une des destinations phares du tourisme halal ?

Ce n’est pas un mirage économique, mais une volonté politique qui s’est concrétisée dans le paysage nippon à travers l’éclosion de restaurants affichant des plats halal au menu, à Tokyo d’abord, puis dans d’autres villes d’importance, et qui se renforce à la perspective des Jeux Olympiques de 2020, cette vitrine rêvée pour affirmer au monde sa puissance et s’imposer comme une escale privilégiée pour les touristes musulmans.

Conforté dans sa démarche par la croissance exponentielle sur son sol de visiteurs en provenance d’Indonésie, de Malaisie, du Pakistan ou encore d’Arabie saoudite (plus d’un million d’entre eux sont attendus pour les prochains JO, selon les estimations de l’Organisation nationale du tourisme japonais), le Japon se prépare d’ores et déjà à mettre les petits plats dans les grands et à proposer une offre « halalisée » alléchante en vue de satisfaire une clientèle musulmane en recrudescence, à l’image de son fleuron aérien, Japan Airlines, qui sert des repas certifiés halal sur ses vols internationaux depuis juin.

« L’engouement pour le halal ne fait que commencer. Nous voulons réserver le meilleur accueil aux musulmans », s’enthousiasme Dainari Goka (photo ci-dessus), 40 ans, l’heureux propriétaire d’un restaurant traditionnel très prisé de Sano, et ce depuis près de 70 ans, qui se félicite d’avoir été un précurseur en la matière.

Depuis 2 000, date à laquelle il a célébré le passage au nouveau millénaire en concoctant ses tout premiers plats à la sauce halal, ce restaurateur, qui représente la troisième génération de cuisiniers à la tête de Nikkoken, a indéniablement marqué de son empreinte un établissement gastronomique de renom dont il a repris fièrement le flambeau.

 

Dainari Goka posant dans sa salle de restaurant

«C’est ma rencontre avec un batteur africain musulman de Guinée, de passage en ville, qui a été l’élément déclencheur », a-t-il relaté. « Il m’a demandé où il pourrait se restaurer et consommer halal, et je me suis dit qu’il y avait là une culture, une religion, une cuisine qui méritaient toute mon attention », a-t-il poursuivi, en précisant que quelques mois plus tard, fort de sa connaissance approfondie du sujet, son restaurant ajoutait une nouvelle corde à son arc.

Nombre de restaurants, brasseries, ou encore hôtels-restaurants lui ont depuis emboîté le pas, à l’image du Sekai Café qui a pignon sur rue à Asakusa, un quartier populaire de Tokyo, dont le directeur Noritaka Shibayama, 33 ans, a pris soin d’établir des menus en concertation avec ses clients musulmans et de leur réserver un espace pour se recueillir dans un coin discret de son établissement, en fournissant les tapis de prière.

Inspirée par cette initiative, la chaîne de karaoké Manekineko a doté huit de ses 400 installations de tapis de prière, tout en ayant confié à son chef cuisinier, originaire du Bangladesh, la composition d’un menu halal savoureux qui varie chaque semaine.

« Le terrorisme a suscité sidération et peur, c’est certain », reconnaît son responsable, M. Yamatari, en se référant notamment à l’assassinat de deux otages japonais par l’Etat islamique. «Mais force est de constater qu’il y a une curiosité et une sensibilisation accrues envers la religion musulmane depuis que les touristes musulmans sont de plus en plus nombreux à séjourner chez nous », a-t-il précisé.

Au Japon, crier à l’ « halalisation » du territoire national serait un énorme couac sonore ! L’heure n’est pas à la calomnie, bruyante et vaine, mais plutôt à la déclinaison harmonieuse et rentable d’une niche économique des plus prometteuses.

Ainsi, des voyages organisés, conçus sur mesure pour la clientèle musulmane, se multiplient en faisant de nombreux émules, à l’instar de l’agence Miyako International Tourist Co, basée à Osaka, qui a compris tout le profit qu’elle pouvait tirer de la mise en place de visites guidées ponctuées par des prières quotidiennes et des haltes culinaires dans des restaurants japonais labellisés halal.

Cet intérêt naissant pour l’islam n’a pas échappé à la sagacité de Shinya Yokoyama, le créateur du site portail Halal Japan Media, cette précieuse mine d’informations destinée aux touristes musulmans mais aussi aux quelque 100 000 résidents issus de la galaxie arabo-musulmane qui ont posé, momentanément ou pas, leurs valises au pays du Soleil Levant.

 

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