in

Le malentendu de la philosophie occidentale sur la critique de Dieu ou de la religion

Il reste un grand malentendu,  lorsque dans mes discussions philosophiques,  je fais référence à la religion ou à ce qu’on appelle communément Dieu. Très souvent, mes interlocuteurs font référence au Dieu chrétien ou à la figure du christ sur la croix à l’instar de Michel Onfray avec son livre “traité d’athéologie”, renvoyant à la fameuse citation de Nietzsche “Dieu est mort”.

En effet, Nietzsche oppose la figure de l’antéchrist, ou celle de Dionysos, le dieu Grec, à celle du Dieu chrétien incarné par la figure du Christ sur la croix.

Pour ce qui est de la définition de Dieu chez les juifs et selon le Talmud, elle est plus proche, voire similaire à la non représentation qu’en donne l’Islam: déterminé par son Existence ou sa Proximité, son Unité, son Immatérialité, son Omniprésence, son Omnipotence, son Omniscience, son Éternité, sa Justice et sa Miséricorde, sa Paternité, sa Perfection, son nom ineffable (JHVH chez les juifs ou le centième nom chez les mystiques musulmans: Allah).

Quant à Dionysos pour Nietzsche, il symbolise la force vitale, parfois douloureuse, mais toujours joyeuse, suprêmement innocente car entièrement étrangère au sentiment de péché et à la mauvaise conscience, que l’on retrouve dans la rédemption chrétienne.

Nietzsche a philosophé à coup de marteau en critiquant la croyance en un idéal séparé du monde, l’idée de salut de l’âme, le bien et le mal… Mais sa critique ne peut se percevoir et se comprendre qu’à partir de son univers de référence (occidental et allemand de la fin du XIXème siècle).

Néanmoins, le point sur lequel Nietzsche en partie a raison lorsqu’il dit que “Dieu est mort”, c’est que la société occidentale repose de moins en moins sur des valeurs religieuses, même si l’éthique et la Laïcité d’un point de vue Spinoziste ne peuvent se départir d’un vernis résiduel et individualiste du religieux, relégué dans la sphère du privé et non plus de la communauté. Quoique, à la base le droit reste imprégné de commandements religieux, comme tu ne tueras point, tu ne voleras point …

Nietzsche avait prévu ce que Marcel Gauchet aura expliqué quelques années plus tard: le désenchantement du monde (chrétien). Il pensait que l’Homme ne peut se surmonter lui-même,  s’il continue à croire aux dérisoires fables de l’arrière-monde.

Mais qu’en est-il de la perception islamique? Le malentendu est bien là. Qui connaît les textes élogieux de Nietzsche sur l’islamisme et son prophète Mohammed, religion authentique qui ne reconnaît pas de ressentiment au sens chrétien, de rédemption (à chacun sa responsabilité,  car pas de péché originel qui marquerait de malédiction le reste de l’Humanité)?

Il y voyait des Hommes héroïques dans le sens du romantisme allemand à la façon d’un Goethe, en phase avec leur époque et avec leur histoire, sensuels, ouverts sur le monde. Mais ce qu’il y a de plus déterminant, c’est cette figure de surhomme dont l’incarnation n’en est que le modèle prophétique Mohammadien. Quel est l’homme, comme se le demandait Lamartine, qui peut se prévaloir d’être en phase avec ses actes et ses dires? Le plus grand génie de l’Humanité.

Nietzsche lui-même critiquait les ascètes, alors qu’il en était un malgré lui à la fin de sa vie. Il faisait l’éloge de la jouissance du corps et de l’esprit à travers son Dionysos ou son Zarathoustra (fondateur du premier monothéisme au passage), alors que pour le corps il n’aura pas connu l’amour ou l’étreinte d’une femme (Andréa Lou Salomé). Que de contradictions! Tout comme Platon et Heidegger, l’un voulant aider le tyran de Syracuse et le second admirant les mains d’Hitler, qui ont cédé à la tentation de “changer leur séjour” (le monde philosophique) et de “s’insérer” dans le monde des affaires humaines (la réalité), en se fourvoyant dans l’illusion de la masse et de la tyrannie.

Quel est cet homme qui a le mieux concilié cette dimension de l’être et celle de l’étant, qui à partir du néant (désert) a donné à la dimension de l’être toutes ses dimensions de noblesse, si ce n’est Mohammed?

L’islam en cela est l’incarnation de cet accomplissement où les idoles sont anéanties, jusqu’à la plus dangereuse, celle de l’égo ou du nafs. Cette prétention qu’ont les clercs, les philosophes, les scientifiques, les hommes de toutes obédience de détenir la vérité ou de juger leur prochain. Le plus détestable dans la religion est ce qu’en ont fait les hommes, ce que feu M. Arkoun appelait de ses vœux: sortir des clôtures dogmatiques.

Revenir au principe originel, à l’expérience du prophète Mohammed face à lui-même dans la grotte de Hira, seul dans le désert. Ou à celle de Moïse face au buisson ardent. Loin des Hommes, loin des prétentions puériles, des richesses, des orgueils, des vices. Retrouver la pureté originelle que décrit Rousseau à travers l’enfant: la Fitra ou pureté de l’être (notion islamique).

Ce que Mohammed avait réalisé n’est ni plus ni moins ce que Sartre avait ressenti, une acceptation totale qui est aux antipodes de la résignation. “C’est par moi que le monde vient à l’être”, dit Sartre, ainsi, dans “l’humilité de la finitude”, je retrouve “l’extase de la création divine”. et Sartre d’ajouter “l’absence de Dieu est plus divine que Dieu”. Ici est résumée la quintessence de la perception du Dieu en Islam et dans le judaïsme, immatériel, omniprésent et omniscient.

Ce que Heidegger pressentait dans son être et étant, mais sauf que le Dieu chrétien qui est “étant” car incarné par Jésus sur la croix est en opposition avec le Dieu du judaïsme et de l’Islam incarné par l’Être immatériel. En effet, partant de ce postulat, la métaphysique (occidentale) est l’oubli de l’être au profit des “étants”. Là est le malentendu fondamental ! La vérité comme dévoilement de l’être, voilà ce que les mystiques et les prophètes ont ressenti.

Ceux qui n’en ont pas fait l’expérience, qui ne vivent que par procuration, à travers les clercs et les textes, ne peuvent comprendre le Dawq (le goût) de cette expérience unique qui font que l’être et l’étant se retrouvent en phase, à la façon de ce que pressentaient Nietzsche, Heidegger, et Sartre. Sauf que ceux qui viennent d’un monde de référence occidental et matérialiste, dont l’Église a fait du sang et la chair le paradigme, et l’ostentation de ses richesses et la puissance du Vatican que Jésus aurait sûrement rejeté, le Roi des juifs, le Roi des pauvres, Saint parmi les saints, dans la lignée des saints prophètes. Voilà le malentendu !

Moïse, Jésus, et Mohammed sont bien issus de la même école, celle où l’étant et l’être ne font qu’un. Mais les Hommes ont souvent trahi ce message et cette réalité, créant des institutions religieuses qui souvent agissent à l’opposé de ce Message.

5 commentaires

Laissez un commentaire
  1. Le malentendu de la philosophie occidentale, vous dites. Le problème n’est pas dieu le créateur , personne ne conteste la création , même s’il dit le contraire.

    Dieu n’a pas fait descendre le coran , pour dire qu’il dieu le créateur, cette information existait avant le coran. Le problème est l’association et cette familiarité avec dieu , l’homme veut que dieu lui ressemble.
    Croire en dieu et adorer avec lui une statut, un homme, un ange , une pensée humaine est de ça qu’il s’agit.
    Nietzsche disait, tu obéira , peut importe à qui ,sinon tu périra et tu perdra tout respect de toi même, impératif morale destiné à l’animal homme.

    L’homme ne peut pas exister de lui même et par lui même , il n’est pas une auto industrie.
    Une association créatrice n’est pas rationnelle.
    Dieu qu’on peut définir par le cerveau , n’est pas dieu.
    Dieu est définit par l’information qui s’adresse au cerveau.

  2. Je cite dans cet article : “et Sartre d’ajouter “l’absence de Dieu est plus divine que Dieu”.”.
    Serait il possible d’avoir la référence de cette citation que je n’ai pas pu trouver sur internet ? (elle est dans un livre de Sartre ou dans un article de presse de sa part ?) Merci

  3. Le malentendu de la philo occidentale oui!!! En occident, on considère communément que l on croit ce que l on voit ou ce que l on est supposé voir ( les dieux grecs, Jésus sur la croix…), Les musulmans croient à un dieu unique sans representation physique
    , le prophète (sws) un transmetteur, un modèle pour tout musulman. Le modèle du prophète est la pour apporter une guidance mais en aucun cas une obligation sinon morale. Le musulman s adresse directement à dieu et n a besoin d aucun intermédiaire pour cela. Il est un être unique face à un dieu unique. Il est un être responsable de son nafs et de sa vie et ne porte pas le fardeau de ses pairs. Comment ces différences fondamentales n influerait pas sur un grand philosophe, fut il le plus grand ? Nous sommes bien, chacun de nous, la somme d un savoir, d une histoire, d un lieu, d une éducation…et il en a de mêmes pour les grands Hommes

  4. Utiliser des philosophes qui se déclarent ouvertement non chrétien et même anti-chrétien pour “établir” ce que serait le christianisme est une démarche qui prêterait à rire si l’auteur n’était manifestement pas sérieux dans sa prétention. Le christianisme ne limite en aucune façon Dieu à un étant, l’affirmer revient à en faire des idolatres. La nature divine du christ n’épuise Dieu en aucune façon et Jésus Christ est justement le modéle le plus aboutit (pour un chrétien) de cette “phase” entre être et étant qui est le but de tout les mystiques. A moins que l’auteur nie qu’il existe des mystiques chrétiens?

    • bon article mais l’auteur oubli que le christianisme n’est la le catholicisme issu du monde greco-latin.de même ne pas confondre wahhabisme à la mode en banlieue en France et soufisme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

BDS : Air Canada met fin à son principal contrat avec Israël Aérospace

Choquant: un avocat égyptien défend le viol à la télévision