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Entretien avec Nora Ajdir : «A tout problème politique, sa réponse politique, voilà pourquoi j’ai choisi l’UDMF !»

Alors que l’Assemblée nationale prend de nouvelles couleurs politiques, qui ne sont pas celles de l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF) dont elle est l’une des figures de proue depuis 2020, Nora Ajdir, la tête de liste dans la deuxième circonscription de Meurthe-et-Moselle, lève un coin du voile sur Oumma sur son engagement, sous la bannière bigarrée de la diversité.   

Coiffée d’un voile qu’elle dit « arborer librement et fièrement », cette femme de conviction, éprise de justice et d’équité, s’est jetée, à 42 ans, dans le grand bain bouillonnant électoral dans l’Est de la France, à l’occasion d’un scrutin lourd d’enjeux : les Législatives. 

N’en déplaise à Nadine Morano, la furie du terroir, Sarkozyste jusqu’au bout de ses griffes acérées, qui n’a pu s’empêcher de cracher son venin sur Twitter, Nora Ajdir est tout sauf une « islamiste qui porte son programme sur sa tête ». Commerçante dans le prêt-à-porter, militante associative et mère de famille comblée, elle ne ressemble en rien à une pasionaria de l’islam politique, selon la formule consacrée, et ce n’est pas dans les plis de son voile qu’elle porte les valeurs de l’UDMF, mais chevillées à l’âme. 

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Si, dimanche 12 juin, les urnes n’ont pas parlé en sa faveur – « pas encore » précise-t-elle, pleine d’espoir – cet échec, qui sanctionne sa première présentation aux suffrages, loin de lui laisser un goût amer, est au contraire riche d’enseignements. 

Pouvez-vous retracer, en quelques lignes, votre parcours ? 

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J’ai rejoint l’UDMF en octobre 2020, afin d’apporter mon soutien à une cause qui redonne la priorité au bien commun. J’ai été candidate aux élections régionales et tête de liste dans le département de Meurthe-et-Moselle. J’ai eu l’honneur d’être candidate aux législatives 2022, dans la seconde circonscription de Meurthe-et-Moselle, et responsable régionale pour ces mêmes élections. 

Je travaille aussi pour « le foulard déchaîné », qui est le journal de l’UDMF. Il traite les sujets d’actualité et y répond de manière satirique et humoristique, y compris en recourant à des caricatures, comme le font certains journaux, mais toujours de manière respectueuse.

Vous venez de prendre part à votre première campagne politique, et non des moindres, puisqu’il s’agit des Législatives. Qu’est-ce qui a motivé votre engagement politique ? Vous considérez-vous, en quelque sorte, comme une pionnière ?

Ma plus grande motivation, en tant que mère de famille, c’est mes enfants mais aussi l’avenir des générations futures. Nous vivons dans une société où il y a beaucoup trop de positions extrémistes, et où l’islamophobie est en forte évolution. Les lois, qui sont votées, sont de plus en plus orientées vers la communauté musulmane, vont à son encontre, et si nous ne réagissons pas, je crains fort que cela ne fasse qu’empirer dans les années à venir.

Une autre source de motivation, c’est la lutte contre toutes les injustices et inégalités que subissent beaucoup de Français au quotidien. Je suis militante associative et cela me navre de voir qu’un nombre croissant de familles ont du mal à joindre les deux bouts. Il faut plus de justice sociale, faciliter le droit au logement, au travail, à la santé, au pouvoir d’achat des Français etc., de façon à ce que les oubliés de la société retrouvent leur dignité.

Pionnière ? Je pense que oui, comme le sont également les 1350 candidats de l’UDMF ! Nous sommes un peu comme les premiers ouvriers d’un long chantier et nous posons les pierres, avec patience et persévérance, les unes après les autres… La jeunesse, qui s’intéresse de plus en plus à la politique, fera sans nul doute la différence .

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Quels sont les axes forts du programme de l’UMDF qui vous tiennent particulièrement à coeur ?

En fait, c’est l’ensemble du programme de l’UDMF que je défends avec force et conviction, avec une double exigence : l’éthique en politique et plus de justice sociale.

Voici les axes forts de notre programme :

  • La lutte contre l’islamophobie, nous souhaitons un représentant spécial au gouvernement chargé de la lutte contre l’islamophobie ; l’organisation d’un sommet national sur l’islamophobie regroupant organisations gouvernementales et associations, afin de dresser une liste d’actions pour l’éradiquer. Nous souhaitons l’abrogation des lois liberticides et discriminatoires.
  • La rémunération des députés au salaire moyen des Français. Au sein de l’UDMF, on ne fait pas de la politique pour s’enrichir, mais pour servir l’intérêt commun, le bien de tous. Mettre fin à l’immunité parlementaire pour les députés et les élus. Interdire la présence des lobbies au sein de l’Assemblée nationale, et tout contact avec les élus.
  • Faciliter l’accès à la propriété pour les locataires en HLM à taux 0% ; faciliter l’accès à l’éducation, aux soins, en renforçant les services publics. Transformer les quartiers populaires en éco-quartiers, respectueux de l’environnement,  sobres en énergie, agréables à vivre, en favorisant le développement de l’auto-production alimentaire et des initiatives «zéro gaspillage».
  • Rétablir l’ISF et renforcer la lutte contre la fraude fiscale des plus fortunés, qui coûte à l’Etat plus de 40 milliards d’euros/an, en recrutant massivement des contrôleurs.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières sur le terrain, avez-vous été en butte à des campagnes de diabolisation, notamment en raison de votre voile ou de votre étiquette politique ? 

La principale difficulté à laquelle nous nous heurtons, c’est le manque d’effectifs. Dans le Grand-Est, cela s’explique par le fait que nous sommes nouveaux dans la région. Mais cela ne m’inquiète absolument pas, car beaucoup de gens s’intéressent à notre cause, souhaitent nous rejoindre dans ce combat et nous avons les capacités de répondre à leurs attentes. 

Je constate également que beaucoup de musulmans ont encore un complexe d’infériorité, dont ils n’arrivent pas à se débarrasser. Ce complexe, issu de la colonisation, les pousse à croire qu’ils ne sont pas légitimes, qu’ils ne doivent pas se mettre en avant. Ils pensent trop souvent au “qu’en-dira-t-on”, et préfèrent voter soit pour le cheval gagnant, soit pour le moins pire, voire s’abstenir… À présent, c’est à nous de faire un gros travail de terrain pour changer les mentalités, afin qu’ils puissent comprendre qu’ils ont et qu’ils sont une force politique, qu’ils peuvent se représenter pour eux-mêmes et pour Tous les Français.  

Quant à la fulminante Nadine Morano, égale à elle-même, qui a effectivement tenté de me discréditer, de me diaboliser, voici ce que fut ma plus belle réponse par tweet interposé : « Pendant que vous semez la haine, je prône l’union. Pendant que vous parlez de France de “race blanche”, je parle à la France avec sa diversité. Pendant que vous faites des amalgames sur l’islam, je prouve que vous avez tort car je suis une femme libre et engagée !»

L’abstention a, cette fois encore, battu des records à l’échelle nationale. Diriez-vous que l’un des grands défis de l’UDMF est de parvenir à mobiliser les électeurs musulmans, notamment la jeune génération ? 

Cette année encore, l’abstention a en effet battu des records (plus de 66% dans ma circonscription), c’est alarmant. Je dirais que l’un des plus grands défis de l’UDMF est de réussir à mobiliser, en utilisant différents moyens, de continuer à convaincre en allant sur le terrain, de créer les conditions d’un dialogue fructueux et de poursuivre l’organisation d’événements rassembleurs, tels que des réunions publiques, de renforcer notre présence médiatique, de redonner confiance à ceux qui l’ont perdue, en leur faisant réaliser qu’il n’y a rien à attendre des partis qui les instrumentalisent. 

On a, d’un côté, une gauche qui se sert du musulman et qui ensuite le piétine et, de l’autre, une droite qui considère que les musulmans sont un fléau, le seul et unique problème de ce pays ; une droite qui souhaite une France de race blanche, composée de Français de même couleur, qui pensent pareil etc.

Si on nous avait dit auparavant, il y a 5 ans par exemple, qu’on nous dicterait la manière de nous habiller, qu’on nous imposerait les prénoms à donner à nos enfants, mais aussi de renoncer à notre religion, ça aurait été impensable ! À l’UDMF, on s’insurge contre cela et on s’appuie sur la 5ème République, sur ses principes de laïcité et ses valeurs, pour appeler à privilégier la cohésion sociale dans une France multiculturelle. Il faut accepter de vivre avec l’autre.

Que retiendrez-vous, à titre personnel, de votre première présentation aux suffrages des électeurs dans la seconde circonscription de Meurthe-et-Moselle?

Je retiens que cette élection fut un honneur, plus encore une fierté, car on a pu donner un coup de pied dans la fourmilière… On a pu s’implanter dans le Grand-Est, ce qui n’a pas été chose facile,  constituer une équipe qui ne cessera de s’agrandir, se faire connaître, plusieurs de nos candidats ayant bénéficié d’une bonne couverture médiatique. J’ai eu, personnellement, la chance et le privilège de figurer dans le clip de campagne avec L’ARCOM (voir ci-dessous). Je reste confiante quant à la prise de conscience de nos futurs électeurs, certains ont juste besoin de plus de temps pour comprendre notre cause.

Les prochaines échéances électorales, les Européennes, sont encore loin à l’horizon, en 2024. Pour vous, d’ici là, le combat politique continuera-t-il de plus belle ?

Bien sûr, on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Mais, oui, je peux d’ores et déjà affirmer que je vais continuer sur ma lancée, car le travail accompli aujourd’hui n’est en réalité que le commencement de ce qu’il se fera à l’avenir.

L’UDMF est un parti avec lequel il faudra désormais compter. Je n’en vois aucun autre qui a eu le courage de s’affirmer comme nous l’avons fait, qui a su résister aux attaques calomnieuses, aux railleries, aux pressions de toutes parts… Cette ténacité, nous la puisons dans cette cause. Elle nous pousse à être plus forts et à aller de l’avant. Et puis, nous en sommes tous convaincus : A un problème politique, il faut apporter une réponse politique !

Propos recueillis par la rédaction Oumma

A (re) découvrir, le clip de campagne de l’UDMF

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