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Elections départementales et régionales : entretien avec Nagib Azergui, président de l’UDMF

Un an après le maintien très controversé des Municipales, dans une France durement touchée par le Covid-19 qui a boycotté massivement ce scrutin local, d’ordinaire très mobilisateur, voici qu’approchent à grands pas deux élections territoriales qui, pour la première fois, se tiendront simultanément : les Régionales et Départementales, les 20 et 27 juin.

C’est dans un climat politique, économique et social particulièrement électrique, où les injustices criantes explosent sous l’effet d’une pandémie meurtrière, tandis que les sirènes de l’extrême droite, peu avares d’islamalgames ragaveurs, résonnent avec force, que l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF) part à la conquête des territoires, toujours fermement résolue à « Agir pour ne plus subir ».

A la veille d’un week-end qui risque fort de voir l’abstention l’emporter une fois encore, Nagib Azergui, le fondateur et président de l’UDMF, exhorte ses concitoyens, notamment ceux qui refusent d’être des boucs-émissaires faciles, à conjurer ce mauvais sort en se rendant vers les isoloirs pour voter pour son parti. Il répond aux questions d’Oumma.

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L’an passé, alors que le Covid-19 frappait durement la France, vous vous étiez insurgé  contre la tenue des Municipales, la qualifiant de « déni de démocratie ».  Redoutez-vous que l’abstention, ce dimanche, batte encore des records et qu’elle profite toujours aux mêmes, notamment au Rassemblement National (RN) et à ses thèses d’extrême droite ?

C’est effectivement une suite logique. La France est l’une des seules démocraties à organiser des élections à la fin du mois de juin, et beaucoup ont bien compris que c’était une stratégie pour stimuler une abstention que l’on souhaite toujours plus forte.

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Cette abstention « voulue » a pour unique objectif de redistribuer le pouvoir aux mêmes acteurs et de faire émerger des candidats toujours plus extrêmes, notamment vis-à-vis des Français musulmans. Partant de cet amer constat, nous avons fait le choix de la responsabilité. Nous avons décidé de ne pas confier nos destinées à ceux qui aujourd’hui spolient nos droits, militent ostensiblement contre notre invisibilité et piétinent au passage nos libertés fondamentales.

Nous avons fait le choix de la raison en offrant, non plus une alternative politique locale à nos concitoyens de tous horizons et sensibilités, mais une réalité nationale en nous déployant massivement dans les territoires. Pour nous, c’est avant tout une question de dignité et une nécessité pour sanctionner durablement, dans les urnes républicaines, ceux qui ont fait de l’islamophobie leur seul et unique projet politique.

Dans quels départements et régions briguez-vous des sièges et combien de listes présentez-vous au total ?

Les dés sont, hélas, pipés, en raison de l’absence totale d’équité entre les candidats, qui s’évalue notamment à l’aune des énormes moyens dont disposent nos concurrents. Néanmoins, s’il y a un indicateur intéressant à observer concernant l’UDMF, c’est avant tout l’implantation grandissante, le dynamisme à toute épreuve et l’implication constante de notre petit parti dans le paysage politique français, et ce, depuis son émergence en 2012.

Pour ce scrutin, nous avons déposé et fait valider 4 listes aux élections Régionales : en Ile-de-France, Auvergne Rhône-Alpes, Grand-Est et en Bretagne. 

Nous avons également déposé 8 binômes de candidats pour les élections Départementales : dans les Hauts-de-France, en Nouvelle Aquitaine, le Centre Val de Loire, en Bretagne et en Normandie. 

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Actuellement, c’est plus de 1350 personnes qui font campagne sur le territoire national, sous la bannière de l’UDMF. C’est finalement cela la véritable victoire ! Là où l’UDMF n’était hier encore qu’un micro parti, elle est devenue aujourd’hui un parti abouti, capable de rivaliser avec les plus grands. Un parti avec lequel il faudra désormais composer.

Quels sont les profils des candidats qui portent haut vos couleurs dans cette France des terroirs ? La diversité et la parité hommes-femmes ont-elles été une priorité ?

L’UDMF a toujours cultivé la diversité. Pour ces élections, nous avons investi des profils, des personnalités hétéroclites, riches de leurs différences, qui sont le parfait reflet de notre société actuelle, de notre France plurielle.

Sans pouvoir tous les nommer ici, malheureusement, la preuve en est avec Donald Eone, commercial en Normandie, Aïcha Ihia, notre cheffe de file dans les Yvelines et conseillère municipale à Mantes-la-Ville, Adil Tyane, professeur de mathématiques dans le Grand-Est, Éric Berlingen, responsable d’équipe commerciale en Ile-de-France, Delphine Peters, cheffe de file dans l’Allier sur la liste UDMF conduite par Farid Omeir, ancien journaliste et professeur en Rhône-Alpes, ou encore Kamel Elahiar, routier de profession en Bretagne. (voir photos ci-dessous)

Sur quels valeurs essentielles et axes forts du programme de l’UDMF espèrent-ils faire la différence et convaincre de l’utilité de voter pour eux ?

Notre message est encore plus d’actualité aujourd’hui, et j’ajouterai bien malheureusement, car personne, en effet, ne peut raisonnablement nier qu’un certain racisme et discrimination, qui ne disent pas leur nom, se sont progressivement installés, ancrés au coeur de notre société.

L’islamophobie ou la haine exacerbée envers les Français musulmans est devenue, au cours de ces dernières décennies, un racisme structurel parfaitement « acceptable » qui, petit à petit, s’est démocratisé. Force est de constater que les partis politiques, qui l’instrumentalisent sans vergogne, en sont les principaux VRP.

Il s’agit là d’une stratégie politicienne aux effets pervers, qui vise à détourner l’attention des Français des véritables enjeux de notre pays. Malheureusement, cette « islamo-diversion » a de réelles et terribles répercussions sur la vie de milliers de personnes qui sont régulièrement livrées à la vindicte populaire, à chaque fait divers les pointant directement du doigt.

L’une de nos missions essentielles consiste donc à désislamiser ces faux débats pour nous recentrer sur ce qui nous concerne tous. Nos propositions, contrairement à d’autres et à leur tentation ultra-sécuritaire, entrent dans le strict cadre des compétences du département et de celles de la région.

La lutte contre l’islamophobie et toutes les discriminations, mais aussi contre la misère sociale, est-elle plus que jamais votre cheval de bataille ?

Oui, absolument, d’autant plus que la grave crise sanitaire, qui a déjà coûté la vie à plus de cent mille personnes dans notre pays, a contribué à creuser le fossé des inégalités et à augmenter la précarité des plus fragiles.

Les SDF, les mal-logés, les chibanis dans les foyers ont été les grands oubliés, les grands sacrifiés de la République et, pendant qu’on criait à l’islamo-gauchisme dans les universités, on a découvert des étudiants mourant littéralement de faim.

Voilà pourquoi, il est aujourd’hui vital de nous mobiliser urgemment et massivement pour l’égalité républicaine. Telle est notre mission d’utilité publique.

Récemment, Aïcha Ihia, la figure de proue de votre liste dans les Yvelines, a subi deux cruelles déconvenues : elle a été la cible de viles attaques de la part de Jordan Bardella, le vice-président du RN, tout en étant désavouée par la majorité municipale de Mantes-la-Ville qu’elle avait rejoint en 2020 pour stopper la percée de l’extrême droite. Qu’est-ce que cela révèle du climat actuel qui règne en France ?

Ce qui arrive à notre élue Aïcha Ihia est symptomatique de ce qui se passe dans de nombreuses communes. Elle fait partie de ces femmes qui ont fait le choix de porter le foulard, ces femmes qui sont aujourd’hui taxées de faire de l’islam politique ou d’être des dangers pour la démocratie. Ces femmes, qui ont toujours combattu toutes les formes de discrimination et de haine, prêtes à donner le meilleur d’elles-mêmes sans compter, pour faire barrage à l’extrême droite.

Aujourd’hui, en 2021, on veut bien d’elles pour coller des affiches, faire du boitage, être en vitrine sur des affiches électorales en vue de flatter un électorat spécifique. Mais dès que des identitaires se mêlent de la partie, on voit bien les réelles intentions de ceux qui disent vouloir contrecarrer la montée de l’extrême droite.

Voici exactement ce qui s’est passé avec Aïcha. Durant les élections municipales de 2020, cette mère de famille avait décidé de contrer l’extrême droite dans sa ville de Mantes-la-Ville en choisissant de rejoindre la liste L’Union pour Mantes-la-Ville. Une liste qu’elle pensait citoyenne et indépendante, portée par son maire actuel, Sami Darmergy, lequel était en réalité affilié au parti Les Républicains (LR). Il s’est tout simplement servi de la riche diversité de sa commune pour se faire élire.

Ce n’est qu’une fois aux commandes, que nombre de colistiers, à l’instar d’Aïcha, ont compris la supercherie. Résolue à ne pas baisser les bras, Aïcha avait alors décidé de rejoindre les rangs de l’UDMF, l’ultime rempart contre l’extrême droite.

Depuis qu’elle est engagée à nos côtés, en tant que cheffe de file dans les Yvelines, cette élue de la République subit des pressions identitaires intolérables de la part du parti d’extrême droite dirigé par Marine Le Pen, le Rassemblement National (RN), mais pas uniquement…

En effet, dès le début des hostilités du côté RN, loin de soutenir celle qui avait contribué à faire perdre le parti de Marine Le Pen à Mantes-la-Ville, la majorité municipale s’est désolidarisée d’elle, allant jusqu’à la désavouer dans un communiqué pondu en toute hâte. Le communiqué est disponible ici : https://m.facebook.com/UnionMLV/photos/a.109737163815075/503478404440947/?type=3&source=57)

Il est frappant de constater que la majorité municipale utilise la même rhétorique islamophobe que le RN, son soi-disant « adversaire politique présumé », en lâchant (très courageusement) Aïcha. C’est un procédé en tout point inacceptable, qu’il est temps de dénoncer et de sanctionner !

Alors que ce mois de juin est placé sous le signe du renouvellement des conseils régionaux et départementaux, pensez-vous que votre parti l’UDMF pourrait créer la surprise dans certains territoires ?

Nous savons tous que l’abstention à ces deux scrutins territoriaux sera historique. On n’organise jamais des élections durant cette période de fin juin. Toutefois, ce large boycott des urnes auquel il faut s’attendre pourrait nous servir, si tout un pan de la communauté républicaine était fermement déterminé à faire entendre sa voix. Les identitaires, eux, le feront, en allant voter.

Alors, un seul mot d’ordre : Ne les laissons pas dicter les politiques islamophobes qu’ils veulent imposer à l’agenda présidentiel ! Nous invitons toutes celles et ceux de nos concitoyens qui refusent l’invisibilité à voter massivement pour nos listes.

A cette fin, nous avons mis en place un mode opératoire très précis afin de télécharger nos bulletins de vote directement depuis notre site officiel : https://parti-udmf.fr/imprimezvosbulletins.html

Propos recueillis par la rédaction Oumma

 

Les candidats de l’UDMF pour les Régionales ci-dessus mentionnés :

Eric Berlingen
Aïcha Ihia
Donald Eone
Kamel Elahiar
Delphine Peters
Adil Tyane
Farid Omeir

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