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René Guénon, ce que nous lui devons

Voilà 66 ans que s’est éteint au Caire, dans la discrétion et la simplicité, l’homme, René Guénon, dont l’oeuvre continue jusqu’à nos jours d’alimenter la réflexion de nombreux hommes et femmes à travers l’Orient et l’Occident.

Beaucoup lui sont redevables d’avoir suscité en eux un élan spirituel, afin de renouer avec la Tradition à une époque où la confusion est grande et où la quête d’une spiritualité vivante demeure incertaine. Rendons hommage à ce fils d’occident, défenseur véridique de la Tradition universelle par sa plume autant que par son comportement, l’exemple d’une vie à la rigueur exemplaire.

La trajectoire du Cheikh ’Abd al Wahîd Yahya nous conduit à nous interroger sur le destin des hommes que la Providence a choisis pour marquer leur époque et être les traits d’union par-delà la forme vers l’unicité transcendantale, fil conducteur de l’esprit prophétique à travers les messages révélés à l’humanité.

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Son mérite est d’avoir, durant sa vie terrestre, servi fidèlement cette cause sans aucune prétention à revendiquer une quelconque direction spirituelle et encore moins une sainteté.

Fils spirituel de l’Orient, il n’a eu de cesse de mettre en garde l’Occident contre lui-même. A ce propos il disait « c’est contre lui-même surtout que l’occident a besoin d’être défendu, c’est de ses propres tendances actuelles que viennent les principaux et les plus redoutables de tous les dangers qui le menacent réellement. Il serait bon de méditer là-dessus un peu profondément, et l’on ne saurait trop y inviter tous ceux qui sont encore capables de réfléchir ».

Assoiffé qu’il était de la vérité, il se dirigea vers la métaphysique orientale pour comprendre, connaître et transmettre cette connaissance véritable, absolue, infinie et suprême.

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« Heureux, si j’ai pu faire, sinon comprendre pleinement du moins pressentir quelque chose de cette intellectualité orientale dont l’équivalent ne se trouve plus en occident, et donner un aperçu, si imparfait soit-il de ce qu’est la véritable métaphysique vraie, la connaissance par excellence »

« Dans l’exil ! l’Islam a débuté dans l’exil et il y retournera. bienheureux soient les gens d’exil ! » a dit le Prophète Mohammed sur lui le salut et la paix.

René Guénon, Le cheikh Abd al wahid Yahya que Dieu agrée son âme, a résolument voulu couper avec la société Occidentale de son époque. En se mariant avec la fille du cheikh Mohammed Ibrahim avec laquelle il eut deux filles, en fondant une famille, en adoptant le mode de vie égyptien, en se faisant enterrer dans cette terre d’adoption, il a signifié à tous que la voie choisie est exigeante, sans détour, ni compromis, cette voie d’exil dont déjà le Prophète Mohammed nous a parlé au début de la prédiction de l’Islam.

Cet exil peut être autant en Orient qu’en Occident pour tous ceux qui ont choisi délibérément la voie sacrée à celle éphémère du profane. Bienheureux sont ceux qui auront compris le message de ce grand serviteur de la Vérité.

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Commentaires

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  1. Guénon à propos de la réalisation métaphysique : « Dans toute doctrine qui est métaphysiquement complète […], la théorie est toujours accompagnée ou suivie d’une réalisation effective, dont elle est seulement la base nécessaire », « En Occident, c’est au contraire l’absence du point de vue métaphysique qui fait que la même question ne se pose généralement pas ; elle n’a pu se poser en fait que pour la doctrine scolastique, qui, en effet, était à la fois théologique et métaphysique, bien que, sous ce second aspect, sa portée fût restreinte ».
    Cette portée restreinte découle du fait qu’elle se limite à l’Être, l’Acte pur d’Aristote. Seule l’irrationnalité de l’imaginal pourrait avoir la prétention de posséder une connaissance divine. Les gnostiques prétendent pouvoir s’élever par leurs propres moyens jusqu’à Dieu. C’est du pélagianisme, une hérésie condamnée par le concile de Carthage en 418 parce que la surélévation de l’âme est uniquement possible avec la Grâce divine. Cette condamnation concernait également la négation du péché originel, étant directement liée à la Grâce réparatrice. Pour la gnose qui n’admet pas le péché originel biblique, elle considère qu’il y a eu une chute par l’incorporation de l’âme, impliquant l’ignorance et qui s’oppose ainsi à la connaissance, respectivement « avidya » et « jnâna » de l’hindouisme.
    Il y a toujours inversion chez les gnostiques parce que leur postulat est faux. Le corps n’y est pour rien dans la désobéissance, la cause en est l’orgueil, un péché de l’esprit. Parmi les conséquences du péché il y a la perte des dons préternaturels ainsi que la révolte des sens engendrant un désordre. L’ignorance n’est pas la cause mais une conséquence du péché. À part dans les religions orientales, la négation du péché originel n’existe ni dans le judaïsme rabbinique ni dans l’islam…
    Quant à la métaphysique d’Aristote : « dans cette métaphysique imparfaite […], on rencontre parfois des affirmations qui, si elles avaient été bien comprises, auraient dû conduire à de tout autres conséquences : ainsi, Aristote ne dit-il pas nettement qu’un être est tout ce qu’il connaît ? Cette affirmation de l’identification par la connaissance, c’est le principe même de la réalisation métaphysique ». « La Délivrance et la Connaissance totale et absolue ne sont véritablement qu’une seule et même chose ; si l’on dit que la Connaissance est le moyen de la Délivrance, il faut ajouter que, ici, le moyen et la fin sont inséparables, la Connaissance portant son fruit en elle-même ». Cela rappelle les paroles primordiales du Serpent : « Si vous mangez de l’Arbre de la Connaissance, vous serez comme des dieux ».
    Aristote a-t-il vraiment dit en ces termes qu’« un être est tout ce qu’il connaît » ? Je n’ai pas trouvé ce passage chez Aristote – je reste sceptique. Pour Aristote, connaître se rapporte au pourquoi des choses, c’est-à-dire à leur cause. Or, la pensée et les choses sont bien réelles qui exigent un accord parfait conformément à la formule scolastique connue de l’« adéquation de l’intelligence au réel » (Adaequatio rei et intellectus). Mais connaître une chose n’est pas devenir la chose – connaître un singe est une chose, le devenir en est une autre. Néanmoins, l’identification suprême signifie pour Guénon que l’être fusionne avec l’objet, comme le soufi Mansur Al-Hallaj (858-922) qui avait proclamé « Je suis la Vérité, Dieu » (Ana al Haqq) – il a été crucifié !
    Pourtant notre grand initié le proclame haut et fort : « il y a un certain niveau à partir duquel l’idée de création disparaît. Ainsi, il est un aphorisme suivant lequel ‘‘le Çûfî […] n’est pas créé’’ (Eç-Çûfî lam yukhlaq) ; cela revient à dire que son état est au-delà de la condition de « créature », et en effet, en tant qu’il a réalisé l’« Identité Suprême », donc qu’il est actuellement identifié au Principe ou à l’Incréé, il ne peut nécessairement être lui-même qu’incréé. Là, le point de vue religieux est non moins nécessairement dépassé… ».
    En effet, il y a de quoi d’être dépassé. Cet état, désigné par Fanâ el-fanâi, l’« extinction de l’extinction » correspond, par ailleurs, exactement au Parinirvâna de l’hindouisme. Au fond, l’extinction n’est rien d’autre que le rejet de la vie, du don de la Vie.
    Le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde, il est transcendant, et l’être peut y participer par le don de la Grâce. Il y a une différence essentielle entre participation et identification, l’homme n’est pas Dieu ! La certitude de Guénon est sans bornes : « la connaissance totale étant adéquate à la Possibilité universelle [l’Infini], il n’y a rien qui soit inconnaissable, ou, en d’autres termes, il n’y a pas de choses inintelligibles ». Toutefois : « sans initiation préalable, aucune réalisation métaphysique n’est possible ».
    C’est avec ces propos qu’il a convaincu quelques-uns à s’engager dans la franc-maçonnerie, le soufisme… L’orgueil gnostique de Guénon lui conférait une telle certitude de la vérité, la sienne, que même le Bon Dieu ne pouvait plus rien lui apprendre. Contrairement à saint Thomas : « plus nous connaissons parfaitement Dieu sur cette terre, plus nous comprenons qu’Il dépasse tout ce que l’intelligence comprend ».

  2. Bonjour chers frères croyants,
    Il serait intéressant de prendre conscience de l’intérêt de la correspondance que René Guénon a entretenue pendant 3 ans avec le peintre-hermétiste Louis Cattiaux, auteur du Message Retrouvé. (Paris-Le Caire, Éditions du Miroir d’Isis, Ways-Belgique) (ISBN 978-2-917485-02-6).
    Cordialement

  3. @Abou Tahar al-Tlemceni :
    Vous faites une erreur d’interprétation des écrits de Guénon, qui sont symboliques. L’hyperborée (Thulé, etc) ne doit pas être comprise comme un lieu géographique, mais la représentation symbolique de l’universel créateur et animateur du monde manifesté.
    Dans plusieurs traditions, le symbole est placé au nord car l’étoile polaire est le point immobile du ciel autour duquel tout se meut, c’est une analogie au principe primordial, « moyeu d’une roue », c’est à dire le point immobile (la paix) d’où naît le mouvement sans en être perturbé. Les occultistes du début du XXème siècle ont eux aussi pris au pied de la lettre ce symbolisme et imaginé une cité d’hommes supérieurs au nord, d’où tout le folklore raciste allemand qui a nourrit le nazisme en symboles détournés.
    René Guénon est très explicite sur ce symbolisme et dénonce l’interprétation au pied de la lettre des occultistes et des racistes (cf. Le roi du monde ou Le symbolisme de la croix). Il fait également dans ses livres la comparaison des différentes traditions pour éclairer ce principe universel : cabale, hindouisme, taoïsme et ésotérisme islamique, auquel il adhérera finalement à la fin de sa vie.

  4. Alors moi j’ai un gros problème avec ça. Pour l’avoir vécu de l’intérieur, ce domaine de « l’initiation » est un monde de sadiques qui t’obligent à faire des choses qui ne mènent à aucun résultat, sous prétexte d’atteindre quelque-chose au-dessus du domaine individuel. Ils sont complètement ravagés. Même si tu te suicides ils en ont rien à foutre … Bah oui, puisque ce qui compte est au-dessus de l’individu … La seule chose que j’ai à dire c’est : méfiance. Comme disait ma maman, il ne faut pas parler aux inconnus …

  5. Abou Tahar al-Tlemceni, vous dites « Son grand postulat est qu’il a existé quelque part, en des temps reculés, une seule civilisation, à l’origine de tout. Cela est scientifiquement faux, archi-faux »..
    quelle science ? la darwinienne ? Celle qui pense que nous sommes une descendance de singe ? la science ne connait pas l’origine première de l’homme ,leur dogme repose sur une théorie qui est encore à l’état d’hypothèse depuis bientôt 2 siècles ,et est régulièrement remise en question

  6. R. Guénon, personnage de haute culture et intelligence. Il fut aussi un personnage -très- problématique dans sa quête et son discours. L’islam pour lui n’est qu’un aboutissment. Guénon a commencé par l’hindouisme, puis les civilisations nordiques, puis la kabbale, etc. Son grand postulat est qu’il a existé quelque part, en des temps reculés, une seule civilisation, à l’origine de tout. Cela est scientifiquement faux, archi-faux. Guénon croyait aussi que l’accès aux textes sacrés (leur compréhension, interprétation, et enseignement) était le devoir d’une élite, parce que nous vivrions à un âge de délitement spirituel depuis justement cette civilisation primordiale (il la nomme « Hyperborée »). Guénon ne croit pas non plus au pouvoir des institutions temporelles. Par exemple, nul de doit s’occuper de régler les injustices sociales et autres parce qu’il existerait quelque part dans le cosmos un équilibre, une harmonie entre souffrance et récompense. Tout idée, concept, de droit individuel est rejetée. Les arts aussi sont niés parce qu’ils naîtraient du désordre ou créeraient le désordre. Enfin la clef de son approche de la religion est l’ésotérisme. Pour faire court, il y aurait un lien entre le « milieu cosmique » et l’individu, ce dernier attire à lui, ou rejette, la « matière » qui le fait vivre dans ce monde-ci. L’initiation serait un prolongement du matériel au spirituel.
    De là à faire de Guénon un « maître » de l’islam, il faut arrêter de prendre les croyants pour des imbéciles. Il n’y a qu’un seul « maître », c’est le Prophète (saw), et il vivait sur cette terre, dans tous les sens (spirituel, politique, social, etc.) et, on ne le répétèra jamais assez aux pseudo-soufis, le Prophète (saw) était le modèle du noble Quran et de la pratique religieuse. Il (saw) ne vivait pas en « confrérie », ni ne passait ses journées à réciter la chahada sur un rythme de tambourins…

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