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Pas de distribution de Charlie Hebdo dans les pays du Maghreb

Si Charlie Hebdo a persisté et signé dans son numéro exceptionnel du 14 janvier, huit jours après le drame, les pays du Maghreb ont, quant à eux, réaffirmé leur attachement au Prophète (saws), la Tunisie, le Maroc et l’Algérie s’opposant à une liberté d’expression à la française qui est passée maître dans l’art de prendre des libertés avec le sacré.

Il n’y a guère que la liberté de caricaturer à l’excès et de choquer dans les chaumières qui soit sacralisée dans un Hexagone où les bouffeurs de curés et les pourfendeurs de l’islam ont voix au chapitre. Mais de l’autre côté de la méditerranée, cette liberté qui ne respecte rien est inexportable, comme c’est le cas au Maroc, où le ministre des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, avait, dès dimanche dernier, donné le ton de la réprobation monarchique, en refusant de participer à la marche républicaine à Paris, arguant que des « caricatures blasphématoires du Prophète » étaient brandies dans le cortège.

Alors que nos kiosques étaient dévalisés en un temps record, Charlie Hebdo était au même moment introuvable dans le royaume de l’Atlas, de même que Le Monde, Libération et Marianne, car comme l’a expliqué Mustapha Khalfi, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement marocain, au Huffpost Maghreb: "Nous considérons que la publication de ces caricatures représente une provocation et une diffamation inacceptables et condamnables. Le blasphème n’a rien à voir avec la liberté d’expression."

Même offense, même veto en Tunisie, où la perspective de distribuer le dernier numéro de Charlie Hebdo était impensable, et ce bien que le Premier ministre sortant Mehdi Jomaa se soit mêlé au cortège officiel qui a escorté François Hollande, dimanche 11 janvier. Force est de constater que les paroles de sagesse émanant du ministère tunisien des Affaires religieuses, qui s’était empressé de qualifier l’attentat contre Charlie Hebdo de « massacre tragique et horrible » n’ayant « aucun lien » avec l’islam, tout en exhortant les médias à  « éviter de toucher au sacré », ont prêché dans le désert…

Invendable en Algérie où, là encore, la condamnation de l’acte innommable commis par les frères Kaouchi fut sans réserve, Charlie Hebdo a brillé par son absence dans des kiosques où son numéro était indésirable, ainsi que s’en est fait l’écho le journal Echourouk, premier quotidien arabophone du pays, qui a fustigé une « provocation » de plus, choisissant de répondre coup pour coup au journal satirique français en usant des mêmes armes : le dessin caustique. A ce petit détail près toutefois, que c’est une autre fameuse et non moins fumeuse spécificité française qui est épinglée : l’indignation à géométrie variable.

Illustrant un blindé avec un panneau « Je suis un char » aux côtés d’un manifestant affichant fièrement «Je suis Charlie», la caricature acerbe a pour titre percutant : «Nous sommes tous Mohamed », « Non aux atteintes au prophète, non au terrorisme ». A défaut de faire rire la France de Charlie qui se réclame des Lumières, il serait néanmoins illusoire de penser que la satire, quand elle vient d'ailleurs, l’invitera à réfléchir…

 

 

 

 

 

 

 

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