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Homme accompli ou Homme supérieur ? (4/7)

Cet article s’inscrit dans une série de 7 sous parties, constituant un dossier sur le soufisme au XXIème siècle, par Shaykh Hamdi ben Aissa.
Pour accéder aux précédentes parties : https://oumma.com/auteur/shaykh-hamdi-ben-aissa/

L’ésotérisme comme approche préchrétienne et antique considère que l’aboutissement du développement humain mène à la production d’un homme supérieur. On peut voir cela dans les mythologies grecques et romaines qui mettent en scène des “demi-dieux” ou encore dans les œuvres modernes qui ont fait émerger la figure du super-héros. Cette fausse croyance a instauré dans les mentalités l’idée que l’homme abouti serait celui qui a dépassé son humanité, qui a muté, changé d’état et de condition pour devenir supra-humain.

C’est dans ce contexte que le terme d’illumination (fath) a pu être très mal compris. Les maîtres soufis, qui sont les ingénieurs du développement spirituel, ont bien utilisé ce terme, mais pas de la manière dont il est interprété aujourd’hui. Les soufis modernes pensent qu’il s’agit d’une chose qui vient de façon soudaine, comme une épiphanie, un changement d’état, une mutation !

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Lorsque l’on parle de développement personnel, il ne s’agit pas de quelque chose de new-âge ou de moderne. Il s’agit d’une notion prophétique, «je n’ai été envoyé que pour développer la personnalité humaine» nous disait notre bien-aimé Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui). L’art du développement personnel n’est pas ce qu’on voit sur le marché spirituel moderne, il s’agit plutôt de développer une personnalité saine et pour cela oui il faut certes développer l’intellect, mais aussi et avant tout les émotions. Il faut apprendre à aimer, à pardonner, à entrer dans une véritable relation avec autrui.

La notion de l’homme accompli que nous apportent la spiritualité authentique et l’héritage prophétique, s’appuie sur un paradigme totalement différent : le développement humain y est appréhendé comme étant un hommage à la nature humaine, une reconnaissance de son plein potentiel donné par Dieu. Comme le croissant de lune qui croît progressivement jusqu’à devenir une pleine lune, l’être humain part de là où il est, et travaille sur lui jusqu’à découvrir en lui son plein potentiel, celui de la lune ronde et belle qui reçoit et reflète parfaitement la lumière du soleil et la laisse se partager.

C’est donc en s’exposant davantage au soleil que le cheminant découvre qu’il a en lui ce potentiel. Il sait alors que son épanouissement ne provient pas de lui-même, mais de Dieu. Son épanouissement est son devenir humain. C’est pour cela que notre bien-aimé Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) est toujours comparé à la pleine lune. En sa pleine humanité, en son humanité accomplie, il est pure expression du Divin.

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Les chants et les poèmes qui lui sont dédiés accueillent en eux cette lumière divine dont il est le reflet accompli, le miroir ! Il est la lune parfaite, le modèle à suivre.

Ces deux paradigmes du cheminement, celui qui mène vers un dépassement de l’humain et celui qui mène vers un accomplissement de l’humain, s’opposent totalement.

L’un produit des êtres rigides et arrogants, accrochés à une illusion, tandis que l’autre permet à l’individu de vivre un épanouissement global, une floraison.

Le cheminement spirituel ne peut être que prophétique alors que l’initiation à l’ésotérisme n’est accessible que pour une élite d’intellectuels.

Est-ce qu’un esclave affranchi ou un illettré auraient pu y avoir accès ? Non, car cette initiation est réservée à un petit groupe de lecteurs et de penseurs alors que le tassawuf, le cheminement spirituel prophétique, est accessible à tout le monde, sans discrimination.

Les prophètes sont venus pour toute l’humanité, et notre bien-aimé Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) est descendu comme Amour Inconditionnel pour l’univers entier.

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Nous devons comprendre qu’en réalité, les diverses pratiques et rituels qui ponctuent les jours et les nuits du croyant ne sont pas des fins en soi. Toutes nos pratiques et tous nos rituels doivent être considérés comme des exercices de développement de conscience, de Présence, d’Amour. Ce sont des exercices d’épanouissement qui permettent au cheminant de cultiver son humanité, sa fraternité, sa patience et sa cohérence.

Ainsi, chaque pilier de l’islam doit être considéré comme un exercice de méditation, de développement et de cultivation de qualités et de prédispositions intrinsèques à l’être humain. Chaque pilier est une occasion complète et parfaite pour le cheminant de travailler sur sa dévotion à Dieu et de s’accomplir en Lui. Les rites ne devraient jamais être perçus de la manière dont ils sont communément pensés aujourd’hui, c’est-à-dire comme des actions que l’ont fait machinalement ou que l’on effectue dans le but de parvenir à un résultat bien déterminé. La ‘ibada, communément traduite par acte d’adoration, est comme une graine qu l’on sème dans le coeur et qui permet de cultiver la réalité intérieure. Tout le rituel islamique, en plus d’être un exercice de développement et de cultivation, peut et doit aussi devenir un fruit du spirituel, un aboutissement : l’expression d’amour de l’être humain épanoui. Tous les actes d’adoration sont donc avant tout des expressions mohammadiennes de cet amour.

Ainsi, tout rituel, qui est par définition une action humaine consciente et disciplinée faite avec intention et attention est soit une action au service du spirituel, soit une action qui en est le fruit.

Lorsque l’être humain s’épanouit spirituellement, toute son action sur terre devient rituel. Les graines semées sur le chemin spirituel que sont les actes d’adoration, ou plutôt les exercices de développement de conscience, doivent éventuellement porter fruit en un rituel qui devient la célébration du spirituel. En ce sens, le rituel est également le fruit du spirituel.

Comme nous l’enseigne ce verset du Qor’an : “Les serviteurs d’Ar-Rahman (ceux qui appartiennent vraiment à la Source de la création) marchent sur terre avec conscience. Lorsqu’ils viennent à la rencontre des ignorants, ils ont quelque chose qui apporte conscience et paix, qui apporte un message positif à l’autre (salâm)” (Sourate 25 / Verset 63).

Si l’islam est la soumission de l’intellect humain à Dieu, l’iman est la vie du coeur en Dieu. Effectivement, l’intellect croit en des dogmes alors que de son côté, le coeur vit la foi. Penser que les Prophètes ont été envoyés pour le simple développement intellectuel humain est une grave erreur. Ils sont venus pour nous apprendre à développer les coeurs dans le service, le travail, le partage, la générosité, la dévotion.

Lorsque toute la structure sociale est devenue totalement ritualisée en ce sens précis-là, on peut alors parler de maturité d’une société humaine : toutes les activités, les traditions, les célébrations, tous les rites de passage, la musique et les chants de cette société deviennent des activités conscientes qui visent à créer un milieu éducatif.

Ce n’est pas du folklore ou de la superstition, tout est là pour éduquer et transformer, pour veiller sur les esprits déjà éveillés et réveiller les esprits endormis. Cela forme une culture, un terreau fertile, une levure qui permet l’élévation humaine, qui permet de cultiver le potentiel humain sain en nous. Nous pouvons constater les résultats merveilleux de ces sociétés, comme à Tarim au Yémen et d’autres poches spirituelles miraculeusement conservées dans le monde.

Par Shaykh Hamdi ben Aissa qui remercie l’ensemble de ses étudiants qui travaillent à la retranscription de ses enseignements. Parmi eux, Thalia Archaoui et Félix Sayd pour leur travail de retranscription et de rédaction, ainsi que Siham Lamti, Raphaël Gély et Mahdi Gabriel Rouani pour leur travail de relecture.

Retrouvez  l’ensemble des enseignements de Shaykh Hamdi ben Aissa en français sur sa page facebook : https://fr-fr.facebook.com/shaykhhamdifr/

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