Nouvelle année hégirienne 1432

En ce jour 1er Mouharram de la nouvelle année de l’Hégire 1432, nous vous présentons tous nos voeux de b

par

lundi 6 décembre 2010

Nouvelle année hégirienne 1432

L’hégire (hijra)

Dans ce chapitre, nous relaterons dans quelles conditions le Prophète quitta La Mecque et émigra à Médine, prélude au triomphe de l’Islam sur toute la péninsule arabique.

Les musulmans furent persécutés par les païens Qoraïshites qui s’attaquèrent plus particulièrement aux gens humbles, à ceux qui n’étaient couverts par aucune protection d’un clan. La vie devenait de plus en plus dure pour l’ensemble des croyants qui, sur l’ordre du Prophète, émigrèrent à Médine, appelée à cette époque : Yathrib.

Les musulmans quittèrent La Mecque clandestinement et par petits groupes pour passer inaperçus et échapper à la surveillance des païens qui n’hésitèrent pas à recourir à des méthodes ignominieuses pour décourager les partisans de l’exode ; il en fut ainsi, entre autres, d’un certain Hachim-ibn-As : "Apprenant qu’il est musulman et qu’il veut s’exiler, les Qoraïchites l’arrêtent", dit Virgil Georghiu.

A La Mecque, il n’y a pas de prison. La première prison arabe sera construite à Kofah, bien des années après la mort de Mohammed, par son gendre ’Ali. A cette époque, ceux qu’on arrête sont - comme le noir Bilal - mis aux fers et abandonnés nus sur le sable, ou bien crucifiés sur un chameau et attachés à une caravane, ou bien jetés au fond d’un puits. »

« Hachim est dépouillé de ses vêtements, chargé de chaînes, et enfermé dans une maison dépourvue de toit, afin que l’épée du soleil le brûle et le taillade dans les chairs jusqu’à l’os. »

L’idée germa dans l’esprit des Qoraïshites que le seul moyen d’anéantir l’Islam consiste à organiser l’assassinat du Prophète. A cet effet, les chefs des dix principales familles que comprend La Mecque se réunissent pour élaborer un plan.

Trois solutions furent envisagées : l’arrestation, l’expulsion de la ville et le meurtre. « Lorsque les incrédules usent de stratagèmes contre toi, pour s’emparer de toi, pour te tuer ou pour t’expulser, s’ils usent de stratagèmes, Dieu aussi use de stratagèmes et c’est Dieu qui est le plus fort en stratagèmes » (S. VIII, 30).

Les deux premières solutions furent rejetées. Dans le premier cas, les partisans du Prophète seraient capables d’employer la manière forte pour le libérer. Le second cas présentait un grave danger pour la sécurité des païens car, loin de La Mecque, le Prophète pourrait lever une armée et les attaquer. Ce fut ainsi que le projet de l’assassinat fut retenu.

« Pour la société qoraïchite, l’assassinat en soi n’est nullement un acte grave, au point de vue moral, religieux ou humain. La vie d’un homme est exclusivement un bien matériel. Si l’homme est supprimé, il peut être remplacé par un autre, ou par des chameaux, par des moutons, par de l’argent. Le péché d’homicide n’est pas encore connu. A cet égard, le plan d’assassinat de Mohammed ne présente aucun désavantage. Sa vie appartient au clan Abd-al-Mouttalib.

Le chef de ce clan est Abu-Lahab. Il a exclu Mohammed du clan, pour faute grave envers les ancêtres. Donc Abu-Lahab ne demandera pas de dédommagements aux meurtriers, pour la vie de Mohammed. Au contraire, il prendra part à l’assassinat de son neveu. Le problème ainsi posé, la mort de Mohammed n’entraînera aucun inconvénient. Du moment que la famille ne demande aucun dommage en cas de meurtre, c’est que la vie de Mohammed n’a aucune valeur. Il ne coûte rien. » Les Qoraïshites sont des gens avisés. Abu-Lahab, n’étant pas éternel, un autre chef du clan pourrait plus tard décider de venger l’affront subi. « Pour se mettre à l’abri de toute contestation future, poursuit Virgil Georghiu, contestation qui peut surgir dans dix, dans cent ans, et qui serait une source d’ennuis pour les descendants des assassins, on décide que l’équipe des meurtriers sera formée de représentants de toutes les familles qoraïchites, ainsi que des tribus associées et de toutes les catégories de clients et d’alliés.

De cette façon, le nombre des assassins, qui devraient éventuellement rendre des comptes, serait assez élevé pour décourager toute réclamation. Il faut que le meurtre de Mohammed soit en quelque sorte anonyme. Cet assassinat doit s’accomplir comme un lynchage. »

Tabari nous fournit un compte-rendu assez détaillé de la réunion du conseil qui décida l’élimination physique du Prophète : « Walîd, fils de Moghaïra ; Sofyân, fils d’Omayya ; Abou-Djahl, fils de Hischâm, et Abou-Sofyân, fils de ’Harb, se réunirent en secret pour délibérer de quelle manière ils feraient périr Mohammed, qui, disaient-ils, nous insulte, nous et nos invités, et qui veut nous empêcher d’adorer les idoles.

Walîd, fils de Moghaïra, dit : Enfermons-le dans une maison et laissons-le mourir de faim et de soif. Abou-Djahl dit : Ceci n’est pas un bon avis ; car Mohammed a des parents à La Mecque, qui le rechercheront et qui, s’ils le trouvent, nous soupçonneront ; alors il y aura du sang versé entre nous et les Benî-Hâschim. Abou-Sofyân, fils de ’Harb, dit : II faut le placer sur une chamelle, lui attacher fortement les mains et les pieds, et laisser courir cette chamelle dans le désert, elle le portera vers une tribu étrangère, où il tiendra aux gens ses discours, et ceux-là le tueront.

Wâlid, fils de Moghaïra, prit la parole et dit : Cet avis n’est pas bon ; car Mohammed est un homme dont la parole est insinuante, douce et agréable ; s’il tombe dans des tribus arabes, il séduira les gens, qui se concerteront et viendront nous attaquer. Cela ne serait pas prudent. Ensuite, on demanda l’opinion d’Abou-Djahl. Celui-ci dit : Je pense que nous devons choisir quarante hommes, pris dans toutes les tribus, des hommes vigoureux, de trente à quarante ans, que nous enverrons se poster à la porte de Mohammed.

Ils le guetteront à son passage ; au moment où il sortira, le soir, pour faire sa prière et pour faire les tournées autour du temple, ils fondront sur lui avec leurs épées et le tueront. Quand les Béni-Hâschim apprendront sa mort, nous dirons que, comme il a été tué par quarante hommes et que l’on ne peut pas tuer quarante personnes pour le talion d’une seule, nous consentons à payer le prix du sang, tel qu’ils le fixeront. Ensuite nous répartirons entre nous cette somme, que nous payerons. De cette façon nous serons débarrassés de toute difficulté à son endroit. »

Le Prophète fut informé du complot par une de ses tantes. Il se rendit aussitôt chez Abu-Bakr et l’informa qu’un groupe de tueurs se préparait à attenter à sa vie au lever du jour. Le dynamique Abu-Bakr ne perdit pas de temps. Il organisa rapidement le départ vers Médine, aidé par un esclave et un guide. A cet effet, il acheta deux chamelles qu’il cacha en dehors de la ville, prêtes à s’élancer dans le désert au moment voulu. Il conduisit ensuite le Prophète dans une grotte du mont de Thaur, située approximativement à une heure de marche de La Mecque.

Entre temps, il fut demandé à ’Ali de s’installer dans la maison du Prophète, de revêtir son manteau et de se tenir le dos contre la fenêtre pour faire croire à l’ennemi que l’Envoyé de Dieu était toujours là. ’Ali reçut également pour instruction de dormir dans le lit du Prophète à la tombée de la nuit. « Lorsque la nuit fut un peu avancée, dit Tabari, les quarante hommes vinrent se placer près de la maison du Prophète, chacun dans un coin, dans l’intention de tuer Mohammed, quand il sortirait, le matin, pour la prière.

Mais, vers minuit, ils se dirent entre eux : allons, entrons dans sa maison pour le tuer ; car il se pourrait qu’au jour les Béni-Hâschim fussent avertis, et que, en nous voyant, ils reconnussent que nous voulons tuer Mohammed. Ils se précipitèrent donc, tous ensemble, dans la maison du Prophète. Ayant trouvé seulement ’Ali, qui était couché, ils furent désappointés. »

A l’aube, quand les Qoraïshites comprirent qu’ils avaient été joués, ils se lancèrent à la poursuite du Prophète et d’Abu-Bakr dans l’espoir de les capturer. Pendant toute la durée des recherches, qui dura trois jours consécutifs, les deux fugitifs restèrent cachés dans leur refuge. « En vérité, les Qoraïchites, dit Virgil Georghiu, n’ont aucune chance de découvrir le Prophète.

Ils ont mobilisé des centaines d’hommes et des centaines de chameaux rapides pour explorer les routes du désert, les grottes et les défilés, ils comptent uniquement sur leur nombre, sur leur force et sur leur habilité. Ils ignorent qu’ils doivent aussi lutter contre Dieu. Ils ne croient pas en Dieu. Mais Dieu - une fois de plus - a sauvé le Prophète.

Lorsque la première équipe de poursuivants est arrivée devant la grotte, le Seigneur a envoyé quelques araignées qui ont tissé en toute hâte une toile devant l’entrée. Voyant la toile d’araignée intacte, les hommes qui cherchent Ie Prophète ont passé leur chemin, persuadés que depuis longtemps personne n’est entré dans la grotte.

« La seconde équipe qui arrive veut rentrer dans la caverne, mais le Seigneur envoie un oiseau, qui fait son nid et pond ses œufs sur le seuil même. Et de nouveau, les poursuivants continuent leur route. La troisième fois, ce sont des pierres qui roulent et qui bouchent l’entrée.

A son réveil, Abu Bakr est déprimé. La fatigue, la fuite, la morsure du serpent, la faim, tout pèse. Mohammed encourage son compagnon. Il lui dit de ne pas se laisser abattre. Ils ne sont pas deux, ils sont trois, puisque Dieu est avec eux. » Le Coran dit : « Si vous ne secourez pas le Prophète, Dieu l’a déjà secouru, lorsque les incrédules l’ont expulsé, lui, le deuxième des deux (Abu Bakr), le jour où tous deux se trouvèrent dans la caverne et qu’il dit à son compagnon : Ne t’afflige pas ; Dieu est avec nous ! » (S. IX, 40).

Assurés que la surveillance des païens s’était relâchée, le Prophète et Abu-Bakr sortirent de la grotte et se dirigèrent vers Médine non sans avoir traversé de multiples difficultés et échappé à quelques poursuivants alléchés par la forte récompense de la capture promise par les Qoraïshites.

L’arrivée à Médine, après une dizaine de jours d’une marche pénible sous une chaleur torride, eut lieu le 24 septembre 622. Ce fut à partir de cette date que commence le calendrier musulman. « On pourrait s’étonner d’un tel choix, au premier abord ; et pourtant aucun autre événement, dans l’existence du Prophète, n’eut une influence plus décisive pour le succès mondial de son œuvre.

Sil était resté à Mekka, en admettant même son triomphe définitif, l’Islam y fut resté avec lui. Les Arabes de toute l’Arabie, redoutant la puissance que l’Islam eut apportée aux seuls Quoraïches, se seraient coalisés pour l’empêcher de sortir de la Ville Sacrée. Tandis que, ayant d’abord, en dépit de toutes les rancunes, solidement implanté les racines de sa religion dans sa ville natale, il devint facile au Prophète d’y entrer après avoir gagné les autres Arabes à sa cause », écrit Étienne Dinet.

Médine fut le point de départ d’une nouvelle ère pour l’Islam. "Une ère nouvelle venait en effet de s’ouvrir," dit Emile Dermenghen. Une nouvelle communauté théocratique, en dehors des organisations tribales traditionnelles de l’Arabie, venait de naître. Les hostilités étaient virtuellement ouvertes avec La Mecque et la « guerre sainte » - dangereuse alliance de mots - allait s’imposer ».

L’Hégire est compris par nombre d’occidentaux comme une fuite. Ce n’est pas le cas. Il s’agit plutôt d’un « exil volontaire ». Si Dieu l’avait voulu, II aurait ordonné au Prophète et à ses compagnons de demeurer à La Mecque et les aurait fortifiés pour venir à bout de l’hostilité, des violences et des outrages de l’ennemi et faire triompher l’Islam dans d’autres conditions.

Dieu en a décidé autrement et l’Hégire prend une toute autre signification. « Or le Coran est net, dit Roger Arnaldez : l’hégire c’est un acte d’islam, c’est-à-dire d’abandon à Dieu, de confiance en Lui ». Ainsi l’ordre de s’expatrier était venu de Dieu comme le laisse bien comprendre ce récit d’Aïsha, épouse du Prophète : « Le Prophète arriva chez nous à une heure tardive. Abu Bakr comprit que cette visite avait pour objet une grave affaire. Le Prophète, s’étant assis, dit alors : Dieu m’autorise à quitter La Mecque et à émigrer à mon tour. »

Publicité

Auteur : Tahar Gaïd

Tahar Gaïd est né le 22 octobre 1929 à Timengache, Beni Yala (Wilaya de Sétif). Après des études aux médersas de Constantine et d'Alger, il exerce la fonction d'enseignant à Tighanif, près de Mascara, puis à Alger. Militant du PPA/MTLD, il participe à la lutte pour la libération nationale. Il prend l'initiative d'organiser des cellules FLN à Tihganif, anciennement Palikao. Arrêté en mai 1956, il est détenu pendant six années consécutives dans les prisons et les camps d'internements en Algérie. Dès 1963, il opte pour la carrière diplomatique en qualité d'ambassadeur dans plusieurs pays africains. En 1978, il cesse toute activité administrative. A partir de 1980, il se consacre dès lors aux aspects théoriques et pratiques de l'Islam. Il se signale par la publication du Dictionnaire élémentaires de l'Islam (OPU). Il est aussi l'auteur d'autres livres dont Réalités universselles de l'Islam( OPU ) et Religion et Politique en Islam (aux éditions Bouchene) Parallèlement à ces écrits, il publie à L'OPU un lexique philosophique arabe-français et français-arabe.

Quelques ouvrages de cet auteur :

commentaires