Le procès de Dieudonné : Le gouvernement donne le ton

C’est le Parquet qui engageait les poursuites contre Dieudonné, et la kyrielle d’institutions juives repr

dimanche 4 avril 2004

C’est le Parquet qui engageait les poursuites contre Dieudonné, et la kyrielle d’institutions juives représentées vendredi à la 17ème chambre correctionnelle de Paris ne se sont pas privées de le répéter sur tous les tons. Le Consistoire Israélite de France, l’Union des Etudiants Juifs de France, l’innénarable "Avovats sans Frontières" ou encore Maccabi, ont plaidé la diffamation raciale à l’encontre de l’humoriste en répétant toutes les deux minutes, pour le cas où les juges ne l’auraient pas suffisamment intégré, qu’elles ne faisaient que relayer le Parquet.

Alain Jakubovitz, président du CRIF RHône-Alpes, et avocat du consistoire israélite de France, a même été jusqu’à souligner que Monsieur Raffarin en personne avait jugé le sketch antisémite ; le sévère réquisitoire du jeune procureur Laurent Zuchowicz (qui n’avait cessé d’opiner du bonnet pendant toutes les interventions de la partie civile), qui a réclamé une amende de 10.000 euros contre l’artiste, n’a donc surpris personne.

Les avocats de la partie civile ont dû faire de multiples contorsions pour affirmer à la fois que Dieudonné ne représentait pas un colon israélien dans le sketch incriminé, mais un simple juif religieux bien français, tout en lui reprochant d’avoir fait un salut (pour eux nazi) en criant "Israï" ou "Israel" à la fin du sketch. Dieudonné, ont-ils expliqué, aurait du tenir une arme s’il voulait représenter un colon israélien ! "Sans arme, avec ses papillotes et une veste de treillis", c’est un juif orthodoxe tel que vous pouvez en croiser dans les rues de Paris".

Expliquant qu’il ne s’agissait pas d’attaquer la liberté d’expression, ni de s’en prendre à un humoriste, mais au citoyen Dieudonné, dont ils jugeaient les propos diffamatoires, tout en affirmant que ’"l’on ne peut pas rire de n’importe quoi au détriment de n’importe qui" et que Dieudonné cherchait à importer en France le conflit israélo-palestinien, la cohérence n’était apparemment pas le souci majeur des représentants des institutions juives, tant ils se sentaient forts du soutien gouvernemental.

Ci-joint, pour une meilleure compréhension, les passages attaqués par la partie civile dans le sketch incriminé qui a été réalisé en direct dans l’émission "On ne peut pas plaire à tout le monde" de France 3, le 1er décembre 2003, alors qu’il avait été demandé à Dieudonné de préparer quelque chose sur Djamel Debbouze :

"Monsieur Fogiel, vous avez invité sur votre plateau l’humoriste musulman Djamel Debbouze. Bravo, de mieux en mieux. A l’heure où le terrorisme, monsieur, international, menace nos femmes et nos enfants, vous trouvez judicieux d’offrir la parole à ce Moudjahidine du rire (...) un dangereux agitateur (...) certainement acoquiné au milieu intégriste (...). Avez-vous seulement pris la précaution de le fouiller avant qu’il rentre sur ce plateau (...) Mais qui vous dit qu’il ne cache pas sous son blouson je ne sais quelle bombe artisanale. Imaginez qu’il se fasse sauter en direct, je vous pose la question... Imaginez la ménagère de 50 ans et plus, qu’est-ce qu’elle va imaginer en voyant du sang et de la viande un peu partout (...) La présence de Djamel Debbouze sur ce plateau est une provocation insupportable, un acte antisémite auquel il vous faudra répondre Monsieur Fogiel. (...) Je me suis récemment reconvertin au fondamentalisme sioniste (...) J’encourage les jeunes gens qui nous regardent aujourd’hui dans les cités pour vous dire convertissez-vous comme moi et essayez de vous ressaisir, rejoignez l’axe du bien (...) l’axe américano-sioniste (...) qui vous offrira beaucoup de débouchés, beaucoup de bonheur et surtout le seul axe qui vous offrire les possibilités de vivre encore un peu".

Me François Roux, l’avocat de la défense, a très justement souligné qu’il était curieux que personne ne se plaigne des propos de Dieudonné visant les musulmans dans le même sketch ou dans ses autres sketches. Quant à la confusion des genres entre juif, religieux, colon, "elle existera tant qu’Israël ne sera pas un Etat Laïque", a-t-il remarqué judicieusement. Arguant par ailleurs que dénoncer une situation par le biais de l’humour ne pouvait être répréhensible, d’autant qu’il n’y avait aucun appel à la violence dans le sketch de Dieudonné, il a rappelé que personne n’avait dénoncé les menaces lancées contre l’Olympia par l’activiste sharonien parisien Alex Moïse.

Il a également fait projeter pendant l’audience, outre l’émission de Fogiel, un "best off" de divers sketches d’humoristes, s’en prenant aux juifs, aux arabes, aux mongoliens...., ainsi que le début de l’excellent documentaire sur la société israélienne produit par France 2 à la fin février, et qui commence par des sketches d’humoristes israéliens qui ressemblent à s’y méprendre à ceux de Dieudonné. C’est ainsi que l’un de ces humoristes israéliens représente un colon qui invite le reste de la population israélienne à venir le rejoindre dans sa colonie illégale en proférant des grossièretés sur tous ceux qui s’y opposeraient. Il encourage également d’un "brave petite !" une Israélienne qui abat un Palestinien à la mitraillette pour "lui faire passer sa migraine".

Cinq témoins sont venus déposer en faveur de Dieudonné : deux humoristes, Benoit Delepine de Canal Plus et Christophe Aleveque de France 2, qui ont souligné le danger de la censure et de l’autocensure, des sujets qui deviennent tabous et de l’impossibilité d’exercer leur métier si l’on ne peut plus caricaturer un ou des individus.

Robert Ménard de Reporters Sans Frontières s’est inquiété de la régression de la liberté d’expression dans la période actuelle et de l’instrumentalisation de la justice par "des représentants autoproclamés qui transforment les débats en prétoires". Il a observé les dangers de la "communautarisation de la pensée" qui fait que seuls les juifs auraient le droit de critiquer les juifs (et même chose pour les Belges, les Corses, les Femmes, les Blondes, bien entendu).

Nicolas Shahshahani a pour sa part témoigné que le personnage de Juif religieux, militariste et fanatique, campé par Dieudonné dans son sketch, correspond à une réalité incontestable. "Oui, il y a bien, en Israël et plus encore dans les colonies juives implantées dans les territoires palestiniens occupés, des milliers de fanatiques, obsédés par leur racisme anti-arabe, se réclamant publiquement de l’axe " américano-sioniste " cité par Dieudonné, et que le défunt grand philosophe israélien Yeshyahou Leibowitz qualifiait de " judéo-nazis ".

"L’idée que je puisse avoir quelque chose de commun avec le " héros " de Dieudonné, du fait de mes propres origines juives, ne m’a pas traversé l’esprit un seul instant. Selon moi en effet, les illuminés brocardés par Dieudonné représentent la négation même du monde juif, tel que je le vis et le ressens, à travers mes liens familiaux, et l’héritage culturel qui m’a été transmis par les générations antérieures."

Olivia Zémor, également d’origine juive, a souligné que le racisme anti-arabe est prégnant dans l’éducation dispensée aux Israéliens, et qu’il est également répandu chez un certain nombre de juifs « communautaristes » comme M. Roger Cukierman, président du CRIF, qui se permettait de déclarer au lendemain du 1er tour des élections présidentielles, en 2002 :"Le score de Jean-Marie Le Pen est un message aux musulmans, leur indiquant de se tenir tranquilles", propos qui n’ont fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire.

"Les institutions juives communautaristes présentes à l’audience n’ont pas protesté, a-t-elle fait remarquer, contre les déclarations d’Ariel Sharon selon lequel :" Il y a près de six millions d’Arabes en France et les Juifs pourraient se trouver en grand danger."ou contre celles de Rafael Eytan, ancien chef d’Etat-Major israélien, pour qui "Les Palestiniens sont des cancrelats dans un bocal". Elle a attesté que les Palestiniens et même les Arabes en général sont régulièrement présentés comme des terroristes par des hommes politiques israéliens, à tel point que l’on peut lire sur les murs de Jérusalem et de Tel Aviv des inscriptions (que personne ne se donne la peine d’effacer) et qui proclament « Pas d’Arabes = pas d’attentats », ou qui préconisent purement et simplement le « transfert ».

"De même, les fanatiques religieux que représente Dieudonné dans son sketch et qui militent contre la fin de l’occupation, contre le retrait des colons et des troupes israéliennes des territoires occupés en 1967 et contre l’application du droit international, ne sont malheureusement pas rares : ils occupent des postes importants au sein du gouvernement d’Ariel Sharon. Ce sont eux qui sont responsables de l’assassinat du premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995, parce qu’il voulait conclure un accord de paix avec les Palestiniens. C’est un homme de leur trempe, Baruch Goldstein qui a assassiné 29 musulmans qui étaient en train de faire leur prière au Caveau des Patriarches à Hébron."

"Même en France, a-t-elle rappelé, il y a des rabbins qui acceptent de revêtir l’habit militaire et d’entretenir la confusion des genres en organisant des collectes de fond au profit de l’armée israélienne, comme ce fut le cas le 8 mars dernier dans une grande synagogue de Paris".

"C’est en acceptant le chantage permanent à l’antisémitisme, en privant de parole et de gagne-pain ceux qui osent s’élever contre l’occupation et ses formes les plus inhumaines, que nous favoriserons l’antisémitisme ; car nous amènerons un nombre croissant de citoyens à penser aux juifs au travers de fantasmes très dangereux, du genre ’ces gens là sont partout ; ils tiennent tout’, liés à une impunité incompréhensible et injustifiable."

Le jugement sera rendu le 27 mai prochain.

 

http://www.PaixJusteAuProche-Orient.com

 

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