De nos jours, les tensions créées en pays musulman par la rencontre entre le ‘‘local’’ et le ‘‘global’’ sont très vives. Les musulmans sont ainsi amenés à déterminer ce qui, dans leurs cultures, doit être préservé. Le processus actuel, irréversible, de la mondialisation comporte donc pour les musulmans un défi paradoxalement très positif : ils sont désormais sommés de redécouvrir l’universalisme fondateur de l’islam, de dépasser les replis nationalistes, les clivages dogmatiques ou rituels (le ta‘assub madhhabî), et d’aller à l’essentiel du message islamique en se départissant des mœurs et des coutumes locales (arabes, berbères, africaines, turques, etc.), qu’il assimilent trop souvent à l’enseignement de l’islam, créant ainsi des amalgames pernicieux.
L’expansion fulgurante de l’islam, en plusieurs phases, a été possible parce que les musulmans portaient en eux l’axialité intérieure du Tawhîd, et que, par conséquent, ils se sentaient chez eux partout dans le monde. Ils savaient reconnaître l’Unicité dans la multiplicité des cultures, des langues et des religions ; ils avaient en effet une vision conjointe de ces deux niveaux de réalité – l’Unicité et la multiplicité - ce qui leur permettait d’être en phase avec leur modernité, et nous permettrait d’être en phase avec la nôtre. Ils étaient assez unifiés, individuellement et collectivement, autour de l’axe du Tawhîd, pour dialoguer avec le monde, pour se frotter aux autres en toute sécurité. Ils étaient avides de connaître et d’assimiler les autres civilisations. L’islam classique a donc vécu, et même promu une sorte de mondialisation, mais dans son meilleur aspect, celui de l’universalisme spirituel et non de l’uniformisation matérialiste actuelle.
Cependant, l’usure du temps a produit une sclérose de la culture islamique, depuis au moins le XVe siècle. Les musulmans se bornèrent dès lors à reproduire des comportements hérités, figés car n’étant plus adaptés à leur réalité. Selon l’avis d’observateurs experts tels qu’Ibn Khaldûn, la faute en revient au fait qu’un juridisme galopant a envahi la culture islamique ; le juridisme, c’est-à-dire un développement démesuré du droit par rapport aux autres disciplines de la vie religieuse.
S’appropriant le terme de fiqh, qui signifie à l’origine « réflexion », « compréhension », et non « jurisprudence », le droit musulman a étouffé des disciplines majeures telles que la théologie (sous ses différents noms : ‘ilm al-kalâm, ‘ilm al-tawhîd…), la philosophie, jugée concurrente de la Révélation, et surtout la spiritualité, qu’on l’appelle tasawwuf ou autre. Cette surdétermination du fiqh a produit et produit toujours un pharisaïsme, une hypocrisie religieuse dont beaucoup de pays musulmans ne sont pas sortis.
En effet, le monde des formes, que gère le fiqh, s’il n’est pas animé par la spiritualité, ne peut que générer un décalage, une ‘‘schizophrénie’’ entre les prescriptions anciennement établies et la réalité toujours changeante. C’est pour cette raison que des ‘ulamâ’ – égyptiens – comme Suyûtî et Sha‘rânî parlaient de la nécessité du recours à l’ijtihâd spirituel : toute religion ne peut vivre en phase avec la modernité que si sa spiritualité lui permet de transmuer le monde des formes : Kulla yawm Huwa fî sha’n : « Chaque jour, Il est à l’œuvre » (Cor. 29 : 55).
Mais revenons à l’histoire. Plus les musulmans s’affaiblissaient, à partir des IXe / Xe siècles (XVe / XVIe siècles), sur les plans spirituel, culturel et matériel, plus l’hégémonie de l’Occident s’affirmait et, par conséquent, plus les musulmans se sentaient agressés, se repliaient sur eux-mêmes, se fermant aux autres cultures et aux autres religions. Le colonialisme blessa en profondeur l’identité musulmane et, face à ce phénomène, les musulmans ont pris l’habitude de ne plus agir, mais seulement de réagir à l’impérialisme occidental.
Une conception figée et monolithique de la norme islamique prévalut alors, restreignant la dimension universaliste de l’islam. Parallèlement, le territoire de l’islam se fractionnait, se compartimentait, et les musulmans, ne pouvant guère désormais se déplacer à l’intérieur de ce vaste espace, assimilèrent souvent leur religion à des coutumes et à des particularismes locaux. L’ampleur de vue et l’esprit de découverte qui caractérisaient la civilisation de l’islam classique avaient disparu.
Au XXe siècle, le monde arabo-musulman a connu diverses idéologies plus ou moins ‘‘laïques’’ qui se sont soldées par un échec, car elles ne répondaient pas à la question de la véritable identité des peuples concernés : le nationalisme arabe, le panarabisme, le socialisme… Parallèlement, ceux qui suivaient le modèle occidental ont fini par percevoir le « désenchantement » et la crise des valeurs qui sévissent en Occident, et certains ont commencé à chercher des solutions dans leur propre culture islamique ; ils constataient d’ailleurs que l’occidentalisation à marche forcée menée par certains régimes avait généré des clivages psychologiques et des inégalités sociales énormes.
Le retour sur l’identité islamique est donc une réaction logique : il s’agit tout simplement du réflexe vital de ‘‘rentrer chez soi’’. Mais quelle identité islamique cherchons-nous à promouvoir ? Celle de la frustration, de la ‘‘pensée unique’’ et du repli sur soi, ou bien celle d’un humanisme spirituel qui a su panser les blessures du passé et recouvrer une vision universaliste du monde ? Les pays musulmans doivent se donner les moyens de dépasser le stade du ressentiment afin qu’y émerge une psychologie positive. Bien sûr, il règne un « deux poids deux mesures » dans le traitement par l’Occident du monde musulman ; bien sûr, comme l’écrit Marcel Gauchet, « l’Occident est aveugle sur les effets de la mondialisation de l’économie et des mœurs » en pays musulman, il « ne mesure pas combien la pénétration de ses façons de faire et de penser est destructrice pour les rapports sociaux en place 1 ».
Mais le monde musulman doit s’adonner davantage à l’autocritique, à une autocritique objective et constructive, afin 1) de mieux se comprendre lui-même et 2) de délivrer une meilleure image de lui.
La ré-islamisation de la société, qui serait en cours dans maints pays musulmans ne doit pas être brandie comme un slogan ; elle ne doit pas déboucher sur une uniformisation de l’habit comme de la pensée ; elle doit plutôt se vivre comme une lecture contemporaine, et donc adaptée, du patrimoine riche et complexe de l’islam.
Elle ne doit pas se limiter au monde des formes : globalement, les musulmans ont intégré la technique occidentale, comme le souhaitait déjà Rashîd Ridâ, mais cela ne suffit pas (les responsables des attentats du 11 septembre 2001 eux aussi avaient intégré la technique…). Ce sont avant tout les comportements psychologiques qui doivent changer, car ils déterminent les structures politiques et sociales. Ainsi, en tant qu’occidental, je constate un manque de rigueur et d’efficacité dans certaines sociétés musulmanes, ce qui est bien sûr contraire à l’éthique de l’islam.
En Occident, des penseurs musulmans affirment qu’une « théologie de la libération » devrait être suscitée en pays d’islam, à l’instar de celle qui avait été mise en œuvre en Amérique du Sud par certains milieux chrétiens : de la sorte, les musulmans pourraient mieux faire le tri entre d’une part les valeurs réelles et fondamentales de l’islam, et d’autre part l’amoncellement de mentalités et de coutumes qui se sont ajoutées au cours des siècles.
Les musulmans ont pourtant des atouts, dont ils semblent parfois peu conscients :
- Le référent religieux islamique gère encore leurs vies, ce qui leur procure une force morale collective qui reste, malgré tous les handicaps, très dynamique ; ce n’est pas le cas dans d’autres régions du monde, frappées encore une fois par le « désenchantement » matérialiste, qui mène au nihilisme. En dépit des chocs violents qu’a suscitée l’irruption de la modernité en pays musulman, il y reste une baraka perceptible car l’islam est une religion vivante, et qui maintient en son sein une spiritualité vivante.
- Il y a en pays musulman un potentiel humain, j’entends par là de ‘‘chaleur humaine’’ qui manque de plus en plus en Occident. Malgré la présence d’une certaine hypocrisie, il reste un tissu social, maintenu par la vie religieuse, qui fait cruellement défaut en Occident. C’est pourquoi des Européens – retraités ou non – vont s’installer au Maghreb, au Maroc surtout ainsi qu’en Tunisie, tandis que les anciens colons « pieds-noirs » se rendent à nouveau en Algérie.
- Au-delà, le monde musulman peut apporter – et apporte déjà – à l’Occident l’exemple d’une foi forte – quand elle est présentée de façon intelligente – et même une nourriture spirituelle. L’Occident touche en effet le fond de la civilisation matérialiste : s’il se sent encore sûr de lui sur le plan de l’avoir, il est plus que jamais en quête de l’être. Dans nos sociétés passablement destructurées, où la diversité des expériences individuelles peut donner le vertige, la spiritualité islamique équilibre et éveille des jeunes issus de l’immigration maghrébine, mais aussi des Européens de souche.
Les perspectives/propositions :
- La solution n’est pas dans le passéisme, qu’on l’appelle « salafisme » ou autrement. Il faut regarder l’avenir en misant sur l’universalisme spirituel de l’islam. Seule la spiritualité donne sens à l’identité musulmane, car elle permet de dépasser les antagonismes et les logiques d’affrontement.
- Au nom du Furqân, principe islamique du « discernement », les musulmans doivent trouver la voie du milieu entre l’imitation aveugle de l’Occident et son rejet viscéral : ils peuvent y puiser des vertus telles que l’esprit d’organisation et de civisme, des outils d’analyse pris aux sciences humaines, etc., ceci sans aucunement trahir leur personnalité islamique profonde. Au passage, je peux témoigner qu’en Occident aussi sévit une certaine ‘‘pensée unique’’, un ‘‘politiquement correct’’ qui impose assez subtilement des idées et des comportements, qui exerce une censure et des pressions, indirectes mais réelles.
- Les pays musulmans doivent faire un effort sur la formation de leurs populations, s’ils veulent éviter le « choc des ignorances ». Il faut enseigner à ces populations la richesse et la diversité de la culture islamique classique afin qu’elles rejettent le « prêt-à-porter » islamique et ne laissent pas autrui leur imposer un mode de vie standardisé : une « islamic globalization » qui uniformise la vie religieuse et sociale n’est pas plus souhaitable, à mon sens, que l’« american globalization ».
- Les différentes instances musulmanes ne savent pas communiquer, notamment avec les pays étrangers ; elles devraient mener des actions d’information dirigées vers les médias occidentaux et autres, qui leur reprochent de ne pas dénoncer suffisamment les actes terroristes commis au nom de l’islam.
Les médias occidentaux mettent toujours en relief ces actes, mais passent sous silence l’énorme travail de développement humain et d’éducation à la paix effectué par de nombreux groupes musulmans, à quelque sensibilité qu’ils appartiennent. Pour présenter au monde le message essentiel de l’islam, les Etats musulmans et les organisations islamiques doivent veiller à faire émerger une élite civile, diversifiée et libre, et qui ait accès aux médias internationaux.
En vérité, il faut donner une âme à la mondialisation, et l’islam peut grandement y contribuer.
Communication au congrès du Conseil Suprême des Affaires Religieuses, Le Caire, avril 06.




Commentaires
la religion islamique n'est point limitée à l'accomplissement de la prière , au murmure de quelques paroles et à d'autres pratiques lors de moments préçis , elle est bcp plus vaste que cela, elle est, en vérité, un programme qui régit la vie huamaine en sa totalité , Dieu nous recommande de répéter ce verset et d'être convaincu de son contenu : Dis : ma prière , mes actes de dévotion , ma vie et ma mort appartiennent à Dieu , seigneur des mondes , Il n'a pas d'associé , Il m'a été confessé cela et je suis le premier musulman ..)
L'Islam refuse de se cantonner dans la seule relation entre l'homme et son Créateur. Il considère que c'est là une atteinte véritable au but pour lequel les Livres célestes ont été révélés, que les messagers devaient concrétiser au sein de leur peuple et faire perdurer de génération à génération. le but consiste dans l'amélioration de la vie humaine et l'accomplissement du devoir de la suppléance de l'homme sur terre , selon le Programme et les lois de Dieu...
...Dieu ordonne aux Musulmans de prendre la religion dans son ensemble, avec ses Lois fondamentales et ses détails insignifiants. IL les met en garde contre sa désagrégation et contre le fait de tourner le dos à un de ses principes. C'est un comportement déplorable car il ôte à Dieu Son droit d'hégémonie sur tous les aspects de la vie humaine. En réalité, Dieu dit :Ô croyants! Entrez tous dans la paix de l'Islam, ne suivez pas les pas de Satan, car il est pour vous un ennemi déclaré.
En Islam, le côtoiement entre la religion et la vie, entre l'âme et le corps, entre ce monde éphémère et l'au-delà, entre l'individu et la société est une vérité rayonnante, Dieu dit : La charité ne consiste nullement à tourner, en priant, votre visage du côté du levant ou du couchant. Elle consiste à croire en Dieu, au Jour dernier, aux anges, au Livre, aux prophètes, à donner de son bien quelque attachement qu'on lui porte, à ses proches, aux orphelins, aux indigents, aux voyageurs, aux mendiants ...
...L'Islam touche tous les domaines, il atteste cette qualité en faisant allusion à certaines dévotions qui se rattachent aux droits des gens. Mohammed le confirme : « Sourire devant ton frère, ordonner le bien, déconseiller le mal, orienter la personne égarée, guider l'aveugle dans la rue, dégager du chemin ce qui nuit ou gêne, verser l'eau de ton seau que tu viens de remplir du puits dans le seau de ton frère, toutes ces actions sont des aumônes. Le prophète a établi une balance pour évaluer les bonnes œuvres. Il place en tête la dévotion dans sa notion de globalité quand il donne la préférence à certains de ses aspects qui ont trait aux créatures sur ceux qui se rapportent aux relations avec Dieu. Le prophète a recommandé : «Les personnes que Dieu aime le plus sont celles qui sont utiles pour leurs semblables. Les meilleures œuvres auprès de Lui sont celles qui réconfortent le Musulman, réchauffent son cœur, lui évitent un malheur, lui permettent de payer une dette ...
Je pense que le déclin de l'islam du moins , dans sa partie occidentale ( Maghreb et Andalousie )n'est pas dû uniquement au juridisme imposé par l'école d'bn Thymia du moment que Ibn Rûchd et Ibn Arabi se sont côtoyés dans une même époque et bien plus tard , cette même région a pu donner au monde une autre figure imminente : Ibn Khaldoune .Rien que pour ces trois personnage et si on ajoute El Ghâzali en orient , je peux dire qu'on a tous les ingrédient d'une renaissance islamique.
En Andalousie et au Maghreb c'était beaucoup plus un problème de gouvernance et d'absence d'unanimité sur un model politique qui garantie la souplesse de transition mais, ce qui est comme même étonnant , c'est que la décadence a commencé à l'époque où Ibn Khadoune a pu décrire tous les mécanismes du déclin des nations ! Comme s'il venait d'écrire un constat historique qui servira à d'autres mais n'avait aucune utilité pour les musulmans de l'époque.c'était en quelque sorte, une fin inévitable d'une époque.
Je pense que le déclin de l'islam du moins , dans sa partie occidentale ( Maghreb et Andalousie )n'est pas dû uniquement au juridisme imposé par l'école d'bn Thymia du moment que Ibn Rûchd et Ibn Arabi se sont côtoyés dans une même époque et bien plus tard , cette même région a pu donner au monde une autre figure imminente : Ibn Khaldoune .Rien que pour ces trois personnage et si on ajoute El Ghâzali en orient , je peux dire qu'on a tous les ingrédient d'une renaissance islamique.
En Andalousie et au Maghreb c'était beaucoup plus un problème de gouvernance et d'absence d'unanimité sur un model politique qui garantie la souplesse de transition mais, ce qui est comme même étonnant , c'est que la décadence a commencé à l'époque où Ibn Khadoune a pu décrire tous les mécanismes du déclin des nations ! Comme s'il venait d'écrire un constat historique qui servira à d'autres mais n'avait aucune utilité pour les musulmans de l'époque.c'était en quelque sorte, une fin inévitable d'une époque.
Un bon article mais qui dépose les armes (intellectuelles)sans même avoir combattu (par les idées).
En effet, le "mondialisation" n'est pas "le mondialisme". Si les techniques modernes permettent une communication globale, ce n'est pas pour autant que les nations doivent sacrifier leurs identités. La mondialisation des esprits en islam aboutirait à un abaissement vers le bas du type "salafisme".
C'est donc à chaque nation de trouver sa propre voie afin de participer sans dommage au mondialisme.
Quand à nous, nous attendons toujours l'apport de musulmans français "de souche" afin qu'ils conjuguent l'identité française avec l'islam.
Par exemple, pourquoi ne pas avoir suggéré le port d'une mantille plutôt que le voile saoudien? proposer, en France, le rite Djaffarite beaucoup plus adapté ici et au mondialisme (voir l'ablution, les prières, le mariage entre autre).
Il nous faut un islam français. A ce propos, cher frère Eric Geoffroy de France, nous attendons votre guidance.
Il est bien question de donner une âme à la mondialisation et l'islam en est capable.
Une question pourrait être de distinguer son rapport avec Dieu, l'unique et avec les autres hommes si multiples. Parler alors d.humanisme n'est pas simple même si on le qualifie d'universaliste.
Universel veut dire valable pour tous les êtres humains. Ils se divisent en nations. On distingue alors un islam français, marocain, turc...leur universalité est en question. Ils ont une même âme que l'on ne saurait faire divorcer du corps.
L'humanisme met en relation l'âme et le corps. Il parle plusieurs langues et devrait renoncer au sexisme. Il ne s'agit pas de nier la différence entre l'homme et la femme mais d'interdire la domination d'un sexe sur l'autre. Il y a des élites sexistes. Elles n'ont rien d'universel puisqu'elles divisent l'humanité en deux.
Les nations et les sexes nous interrogent sur l'universalité. Donner une âme à la mondialisation exige que l'on prenne conscience de ces différences.
Bonjour,
Très intéressent article auquel je souscris en majorité. Merci de cette brillante analyse. Salam.
Il est bien dommage qu'il n'y ait pas une seule ligne dans ce brillant article sur le problème de la condition de la femme dans les pays musulmans. En effet, tant que les hommes pèseront plus lourd dans la balance que les femmes, les sociétés musulmanes demeureront profondément déséquilibrées et pathogènes. Pour les rééquilibrer, il faudrait commencer par remettre en question les versets coraniques qui évoquent une prééminence de l'homme par rapport à la femme, et en particulier le verset qui autorise l'homme à battre sa femme en cas de désobéissance de celle-ci. Je pense donc qu'il faudrait travailler à "dépatriarcaliser" la culture islamique afin de donner toute sa place à la subjectivité féminine dans les sociétés musulmanes.
N'oublions pas que cette religion a été révélée à un homme et transmise par un homme. Un homme polygame qui a eu quelques "soucis" avec son harem, le Coran lui-même en témoigne.
Alors, les femmes de culture islamique sont-elles l'avenir des pays musulmans ?
Sofiane, sur Oumma se trouve votre réponse. Le Dr. Al-ajami analyse le verset 34 de la 4ieme sourate que vous citez. Un verset correspondant dans la meme sourate s'adresse à la femme, victime de son mari...
Il est vrai que le Prophète Muhammad était un homme comme les prophètes des siècles antérieurs. Sa femme Khadija l'a pourtant aidé à recevoir la révélation. Il l'a apaisée et a participé à la suite de sa mission. Muhammad était alors monogame.
Plus tard Aisha, la jeune épouse qu'il a épousée après la mort de Khadija était présente pendant la révélation de plusieurs versets. Elle connaissait chaque terme du Coran et elle était reconnue comme juriste et politique.
Elle interrogeait son mari sur des versets qui lui semblaient un peu machistes...
L'humanisme dont parle Éric Geoffroy ne saurait contredire le Coran, ni la sunna. Son universalité dépend certes de la qualité de relations humaines unissant les hommes et les femmes qui en sont déduites.
Pour bien penser une renaissance de l'Islam , il faut d'abords comprendre les circonstances du déclin afin d'éviter le sort de ce qu'on appelait il y a plus d'un siècle :renaissance, à l'époque de Mohamad Abdou et Rachid rédha . Car , le fait d'axer la recherche uniquement sur l'aspect religieux de la civilisation islamique , ceci peut nous dérouter sur les autres aspects à savoir : le côté économique et politique.
En fait l'Andalousie s'est effondrée alors qu'elle vivait ses plus beaux jours et sur tous les plans ,à part bien sûr sa structure politique qui n'était pas à la mesure des nouveaux défis qui commençaient à surgir après l'éveil de l'Europe et la découverte de nouvelles lignes de commerces et l'apparition d'un phénomène financier avec l'Or ramené des Amériques.
Cet nouvelle monnaie facile a permis aux européens de cumuler une richesse non égalée dans le monde , et c'est justement cette richesse qui a crée une demande pour les arts et les techniques.
Pour bien penser une renaissance de l'Islam , il faut d'abords comprendre les circonstances du déclin afin d'éviter le sort de ce qu'on appelait il y a plus d'un siècle :renaissance, à l'époque de Mohamad Abdou et Rachid rédha . Car , le fait d'axer la recherche uniquement sur l'aspect religieux de la civilisation islamique , ceci peut nous dérouter sur les autres aspects à savoir : le côté économique et politique.
En fait l'Andalousie s'est effondrée alors qu'elle vivait ses plus beaux jours et sur tous les plans ,à part bien sûr sa structure politique qui n'était pas à la mesure des nouveaux défis qui commençaient à surgir après l'éveil de l'Europe et la découverte de nouvelles lignes de commerces et l'apparition d'un phénomène financier avec l'Or ramené des Amériques.
Cet nouvelle monnaie facile a permis aux européens de cumuler une richesse non égalée dans le monde , et c'est justement cette richesse qui a crée une demande pour les arts et les techniques.
@ Soufiane Zitouni:
Oui c'est bien dommage pour une fois qu'un article ne verse pas dans l'islamophobie primaire et tous les clichés que vous aimez tant rappeler!
Otez-moi d'un doute monsieur Zitouni,vous etes un adepte de Bidar,Meddeb et de tous ces musulmans qui pronent une sorte d'islam light,ou un "self islam"?
La femme,l'avenir de l'homme?
Je ne sais pas,mais si mes souvenirs sont bons,celui qui a prononcé cette phrase a fini homosexuel,ce qui donne quelque peu à réfléchir sur sa pertinence!
Salam 'Alaykum wa Rahmatullah wa Baarakatu,
Merci pour cet article, en discours sa raisonnance depuis le Caire, à une portée bien symbolique.
Qu'ajouter alors que l'essentiel a été développé, on se dérobe de toute son âme dans le seul intérêt matérialiste, et superficiel, cette société l'a dicté dans sa constitution : l'individu, d'amont en aval, son "bonheur" terrestre est tout ce qui nous importe.
Sa profondeur n'est pas quantifiable et rémunératrice auprès de ses semblables, puis tant qu'il scrutera les illusions de l'extérieur, il sera manipulable.
Bien que l'Islam est le meilleur remède à cette "servitude moderne", son message spirituel est perçu que par les hommes doués d'intelligence qui se remettent sans cesse en question par Allah, pour Allah et avec Allah.
"L’Occident touche en effet le fond de la civilisation matérialiste : s’il se sent encore sûr de lui sur le plan de l’avoir, il est plus que jamais en quête de l’être."
L'auteur a écrit cette phrase en 2006. Aujourd'hui l'occident ne se sent même plus sûr de lui sur le plan de l'avoir. Les sociétés qui continuent à le prendre pour modèle feraient bien d'y réfléchir.
Je conseillerai à Soufiane Zitouni de prendre connaissance de ce qu'écrit Ibn Arabi dans ses "Futuhat" sur la question de la supériorité (l'excellence) de l'Homme (principe actif) sur la Femme (principe passif). Cette supériorité est avant tout ontologique. L'homme déchu a perdu ou négligé son rôle qui doit toujours tendre à l'"excellence". Je crois qu'on a tout intérêt à comprendre les choses avant tout dans leur "principe" si on veut éviter les erreurs d'appréciation.
"Tawhid et Ikhlas", CH.-André Julien, Chap. "les secrets de la Sourate el Ikhlas", d'Ibn Arabi, Futuhat el Makkiya.
Salam, bonjour Liliane,
"L'humanisme dont parle Éric Geoffroy ne saurait contredire le Coran, ni la sunna. Son universalité dépend certes de la qualité de relations humaines unissant les hommes et les femmes qui en sont déduites."
Vous m'avez ôté les mots de la bouche, là.
Je pense que si les hommes avaient su réellement suivre le modèle coranique et l'exemple de notre prophète (saws) dans leur relation à la gent féminine, s'ils avaient su apprendre à aimer de façon aussi complète et spirituellement porteuse leur zawj, notre communauté serait très différente.
"Et parmi Ses signes, Il a créé pour vous et de vous des conjointes afin que vous trouviez auprès d'elles la tranquillité et qu'il y ait entre vous amour et bonté" .s.30, v.21
J'avoue que le point de vue que porte sur la mondialisation ainsi que sur l'islam en pays arabe cet occidental sauvé des eaux corrosives de la dissolution, précisément grâce à l'islam de ces mêmes arabes ( même hypocrites, ils restent encore dans une dualité traditionnelle toujours dépassable, el hamduliLlah !) me choque au plus haut point.
Mr. Geoffroy ne craint pas de sommer les arabo-musulmans de "redécouvrir l'universalisme de l'Islam" ! Cet universalisme qui ne les a jamais quitté sinon comment des occidentaux comme lui auraient pu se l'approprier aujourd'hui ?! (wa l'hamduliLlah, âla kulli hal !).
Il y a des postures mentales chez Eric Geoffroy qui semblent préfigurer bien des "chocs" dont il ne fait pas mention.
J'espère me tromper, wa 'Allahu A'lem.
bonjour Latifa,
Ibn Arabi va bien plus loin que ce que vous affirmez, car dans ses "Fosus al-Hikam", il y dévoile ce grand secret: la femme conjoint en elle l'actif et le passif, tandis que l'homme n'est qu'actif, d'où la "supériorité" de la femme sur le plan théophanique. Ce qui fait dire au Cheikh el Akbar que la femme est la plus belle manifestation de Dieu. On pourrait "expliquer" ainsi l'amour que le Prophète ressentait pour la gente féminine: son amour, son désir de Dieu trouvait évidemment un écho en son amour, son désir de la femme.
Je conseille à tous l'excellent livre de Fatema Mernissi, "Le harem politique, le Prophète et les femmes" (Albin Michel), dans lequel elle montre bien les très fortes tensions auxquelles le Prophète a dû faire face quant à cette question essentielle de la condition féminine. Il était souvent pris entre deux feux: des revendications féminines légitimes et la grande résistance du système patriarcal de son temps. Cette tension est toujours très vive.
Salam Latifa,
Puis je vous demander si c'est parce que la critique vient d'un occidental qu'elle vous choque, ou est-ce pour une autre raison?
Si je me souviens bien, Ibn Arabi écrit (trad. Titus Buckart, je crois) que la femme est la plus belle contemplation de Dieu. Qui donc contemple ?.
L'homme est le pôle actif mais possède aussi une part de "passif".
Ma réponse est oui, Hayat. Un occidental "blanc" puisque nous, franco-maghrébins, sommes aussi occidentaux.
La vraie problématique c’est le fait de savoir si oui ou non il peut y avoir une réforme de l’Islam qui aujourd’hui est la seule religion incapable de s’insérer dans le monde contemporain (les centaines de kamikazes qui chaque année dans les quatre coins du monde s’explosent en tuant des innocents ne se revendiquent pas du Bouddhisme mais bien de l’Islam donc un moment faut peut être se poser des questions et arrêter de crier à l’amalgame ou à la diabolisation)
Je pense, en tout cas j’espère, qu’une réforme profonde de l’Islam sera possible, je m’explique avec en exemple le sujet de l’esclavage :
Dans le Coran il est fait état à plusieurs reprises de la manière dont il faut traiter ses esclaves… car à l’époque l’esclavage était monnaie courante chez les arabes et le Coran avait apporté une codification de cette pratique afin d’accorder un meilleur traitement aux esclaves.
Mais le Coran n’a pas abolit l’esclavage, qui est d’ailleurs encore pratiquer dans certaines région de la péninsule arabique.
Aujourd’hui les savants musulmans doués d’un minimum de raison et d’humanisme s’accordent à rejeter l’esclavagisme en considérant que cette pratique ne peut plus être appliquée.
Donc ce simple exemple prouve que des savants peuvent se porter en faux contre les paroles du Coran, et donc que des réformes pourront dans d’autres domaines être possibles !
Car à un moment donné le décalage des règles Coraniques (Lapidation…) avec les Droits de l’Homme (ceux des kaffirs : égalité homme-femme…) sera-tel qu’il ne pourra plus être possible pour les musulmans ouvert sur le monde (connecté à internet) de renier l’évidence : L’archaïsme de pans entiers du Coran.
Et puis, ça va comme ça ! ras-le-bol d'agiter, à chaque fois qu'il est question d'islam, la question de la femme musulmane. C'est un point de vue d'"homme blanc" dont nous n'avons rien à faire avant tout parce que nous voyons les choses autrement.
Mais ce qui m'interpelle c'est que Mr. Geoffroy parle d'universalité spirituelle, (métaphysique) et de mondialisation sans préciser que le processus de mondialisation est aussi un processus universel qu'il faudrait comprendre comme le reflet inversé de l'universalité spirituelle.
Voir la mondialisation comme négation de la différence (religions, cultures, nations, régions, langues, etc ... reviendrait à armer le bras de ceux qui veulent achever de détruire ce qu'il reste d'authentiquement traditionnel dans les pays arabes.
Bien qu'il propose des pistes de réflexion intéressantes et des solutions, ce texte suscite des contestations.
N'y a-t-il pas une posture mentale (pour reprendre l'expression de Latifa) qui consiste à rester crispé sur l'idée d'une religion ethnique, voire uniquement arabe ? Idée fausse par essence, car dès son origine, l'Islam s'est proclamé message à portée universelle, ce que sa déclinaison caricaturale actuelle semble avoir oublié (ou volontairement occulté).
Cette apparence de sclérose n'est-elle pas justement la conséquence de cette prison mentale dans laquelle, tant les opposants que les "défenseurs" de notre religion, se sont laissés doucement enfermer ?
Lorsqu'on dissèque l'héritage historique musulman, dans tous les domaines, par ses hommes et les contrées où ils virent le jour, on constate que c'est l'universalisme qui par le passé fit la grandeur de l'Islam.
Il semble que toute vision privée de cette dimension est vouée à l'échec.
Salam.
Salam,
N'étant pas inclue dans votre "nous", Latifa, votre propos me choque et je l'assimile à du racisme primaire.
Hayat, j'ai mis "blanc" entre guillemets. Je suis moi-même blanche j'ai les cheveux châtains clairs et mes yeux sont verts.
salam latifa,
"sinon [sans les arabes]comment des occidentaux comme lui auraient pu se l'approprier aujourd'hui ?!"
Réponse claire: Dieu guide qui Il veut vers Sa Lumière.
IL est faux de dire "cet occidental sauvé des eaux corrosives de la dissolution, précisément grâce à l'islam de ces mêmes arabes", il faut dire " cet occidental sauvé des eaux corrosives de la dissolution, grâce à Dieu qui a ouvert son coeur à l'Islam".
Quel est le rapport avec l'"arabité"? le fait que le Coran ait passé la frontière grâce à des êtres de culture arabe? Il aurait pu aussi venir par la Chine, l'occident en aurait quand même eu un jour connaissance car "à Dieu appartient l'Orient et l'Occident".
Mais en avoir connaissance, suffit-il pour qu'un "coeur soit-ouvert à l'islam"? Dieu guide qui Il veut, il égare qui il veut : ceux qui ont connaissance du Texte et des traditions ne sont pas à l'abri de l'égarement. La Guidance est au-delà de la simple érudition . Allahou 'Allem
salam latifa,
"sinon [sans les arabes]comment des occidentaux comme lui auraient pu se l'approprier aujourd'hui ?!"
Réponse claire: Dieu guide qui Il veut vers Sa Lumière.
IL est faux de dire "cet occidental sauvé des eaux corrosives de la dissolution, précisément grâce à l'islam de ces mêmes arabes", il faut dire " cet occidental sauvé des eaux corrosives de la dissolution, grâce à Dieu qui a ouvert son coeur à l'Islam".
Quel est le rapport avec l'"arabité"? le fait que le Coran ait passé la frontière grâce à des êtres de culture arabe? Il aurait pu aussi venir par la Chine, l'occident en aurait quand même eu un jour connaissance car "à Dieu appartient l'Orient et l'Occident".
Mais en avoir connaissance, suffit-il pour qu'un "coeur soit-ouvert à l'islam"? Dieu guide qui Il veut, il égare qui il veut : ceux qui ont connaissance du Texte et des traditions ne sont pas à l'abri de l'égarement. La Guidance est au-delà de la simple érudition . Allahou 'Allem