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Un leader musulman polonais au chevet des milliers de migrants refoulés par la Pologne et la Biélorussie

Chef de file charismatique d’une petite communauté tatare qui, depuis 600 ans, peuple le très pittoresque village de Bohoniki, en Pologne, en veillant à préserver intacte l’âme musulmane qui en fait la singularité inspirante, Maciej Szczesnowicz a beau être solide comme un roc, son coeur saigne devant l’insoutenable spectacle de la souffrance humaine. 

Submergé par l’émotion, il n’a plus de mots assez forts pour décrire le triste spectacle qui, depuis plusieurs semaines, se déroule à ses portes, à la frontière avec la Biélorussie, le plongeant dans un profond accablement : celui de milliers de damnés de la terre, irakiens, syriens et afghans, cruellement pris au piège de vives tensions européennes, dans des forêts marécageuses, inconnues et effrayantes.

Epuisés, affamés, transis de peur et de froid, ils sont en proie au plus grand désespoir, alors que se dressent devant eux les murs infranchissables qu’érigent ou fortifient, d’une même main de fer, la Pologne et la Biélorussie. 

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Peu habitué à fendre l’armure publiquement, Maciej Szczesnowicz, ce leader-né sous l’autorité duquel ses coreligionnaires se rangent naturellement, en totale confiance, s’est longtemps efforcé de refouler ses larmes… Jusqu’au moment où des pleurs et des cris d’enfants déchirants ont résonné. Il s’est alors effondré, et le coeur brisé en mille morceaux, il s’est mis à pleurer, entouré des siens doublement bouleversés. 

« Les hurlements et les pleurs des enfants qui ont peur, qui ont froid et qui ont faim, c’est la pire des choses. C’est insupportable ! », a-t-il confié récemment, fortement ébranlé, tout en laissant éclater son indignation devant le sort effroyable, inhumain, subi par des familles entières qui ont fui sur les routes de l’exode, en pliant sous le terrible poids de la pauvreté et du malheur.

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Après avoir séché ses larmes et rechargé ses accus, le temps d’agir, et de se presser au chevet de ses frères et soeurs abandonnés de tous, est rapidement venu pour le chef de la communauté musulmane du hameau de Bohoniki. 

Sous son impulsion, et fidèles aux préceptes coraniques qui font de la bonté, de l’entraide, de la charité des vertus islamiques cardinales, les villageois, hommes et femmes, aux racines tatares ancestrales, n’ont pas ménagé leurs efforts pour faire bouillir les marmites, remplies notamment de délicieuses soupes chaudes, des plus nutritives, et pour fournir de nombreuses couvertures, chaussures et vêtements aux familles de réfugiés.

« Nous sommes censés aider tous ceux qui entrent à la frontière polonaise. Tout le monde, oui, parce qu’ils sont humains. Ils sont tous nos frères et soeurs en Dieu et en humanité ! », s’est exclamé Maciej Szczesnowicz devant la presse polonaise qui l’interrogeait à ce sujet, avant d’annoncer, l’air grave, qu’une tâche particulièrement difficile l’attendait : l’inhumation d’un jeune syrien de 19 ans, Ahmad Al Hasan, mort noyé, en tentant de traverser la rivière limitrophe entre la Pologne et la Biélorussie qui devait lui permettre de gagner la rive de l’Union européenne. 

« Il était plein d’espoir, et souhaitait plus que tout poursuivre les études qu’il avait commencées dans un centre pour réfugiés en Jordanie », a précisé Maciej Szczesnowicz, sous les regards émus de ses coreligionnaires et de Kasim Shady, un réfugié représentant la famille du défunt, originaire de Homs, au coeur de la Syrie dévastée par la guerre.

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« Il avait des rêves comme tous les jeunes hommes de son âge, à travers le monde. Il est mort à un âge où l’on nourrit des rêves, de beaux rêves d’avenir, malheureusement, il ne pourra jamais les réaliser. Il était de mon devoir de lui donner un enterrement digne de ce nom, et c’est avec une immense tristesse que nous allons l’accompagner vers sa dernière demeure », a-t-il ajouté, visiblement très affecté.

C’est le coeur en berne, et d’un pas lourd, que lui et les siens ont cheminé vers la petite mosquée en bois du village tatare de Bohoniki, au nord-est de la très catholique Pologne.

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