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Un commentaire du Coran sur la foi et la lumière

The holy Quran Book of Muslims

La raison moderne ou la modernité rationaliste se veut être l’incarnation du mental qui est lui-même l’expression d’une forme de pensée prétentieuse bien que fragile à sa base. Les musulmans n’échappent pas à cette idolâtrie du mental mais ils disposent, s’ils le veulent, de formes de connaissance supérieures et plus sûres.

La crise intellectuelle et spirituelle de l’imam al Ghazali fût cette nécessité de dépasser les arguments du mental pour disposer de vérités pérennes et instantanées, ce que la Tradition nomme « une lumière de Dieu donnée au cœur de l’homme ». La foi nous aide ainsi, à repérer notre identité métaphysique, elle nous aide à savoir qui nous sommes au-delà de nos conventions sociales en développant davantage d’authenticité entre l’être et le paraître, entre l’intime et l’homme social.

La foi nous aide, par là-même, à nous retrouver authentiquement en dissipant les mensonges que la société entretient sur nous-mêmes et que cultive le moi-social. Elle unifie notre être intérieur éclaté par les multiples visages qui se déplient au fur et à mesure de nos vies multiples. La foi est ainsi opérative en rendant la véritable identité métaphysique à l’homme. 

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Tout ce qui créera une césure dans l’authenticité de l’être participera à réduire la foi. Il s’agira dans la quête de soi de combattre toutes les formes d’idolâtrie faisant écran à sa réelle identité spirituelle. L’image de cette quête d’authenticité métaphysique se retrouve dans le Coran à travers la parabole de l’homme marchant dans la lumière et se figeant dans l’obscurité. 

Les versets 19 et 20 de la sourate la Vache (al baqara) traitent de l’antithèse de la foi qu’est l’hypocrisie ; l’hypocrite est cet homme aux multiples facettes créant la césure entre l’être intérieur et l’homme vivant en société, entre le moi-profond et le moi-social. Le Coran offre ainsi à la postérité humaine l’image « d’un nuage plein de ténèbres, de tonnerre et d’éclairs : ces hommes (hypocrites) se bouchent les oreilles pour ne pas entendre le fracas de l’orage, pensant se mettre à l’abri de la mort.

Toutes les fois que l’éclair leur apporte la lumière, ils marchent à sa clarté mais quand les ténèbres retombent sur eux, ils s’arrêtent ». Ce passage est vu comme la simulation de la foi et la dissimulation de la dénégation de Dieu. Ici, il s’agit de « celui qui joue la comédie de la foi ». Roger Arnaldez nous rappelle une autre exégèse : celle de l’homme qui a la foi mais qui « n’est pas sûr ». «

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Cet homme qui a la foi est incertain et hésitant à l’image de sa croyance. Il adhère à l’Islam quand tout va bien, lorsqu’il y trouve aisance (raha) et tranquillité (tmou’anina) mais qui s’en détourne dès qu’il y voit une épreuve pénible. Ainsi s’explique sa peur de la mort. Les commentateurs nous informent que le nuage est le symbole de sa foi : les ténèbres qui y sont enfermées représentent l’image de son erreur, et la clarté de l’éclair qui traverse le nuage, serait la lumière de sa foi. Sa crainte de la foudre est le symbole de la faiblesse de son cœur et de la timidité de son esprit qui redoute le châtiment. Ainsi, à chaque fois qu’il prononce une parole sincère, la lumière se fait pour lui, mais quand il doute, il tombe dans la perplexité et les ténèbres ». 

C’est cette obscurité cachée dans le fond des âmes, engendrant des doutes et de l’ambiguïté, qui a fait qu’Omar demanda à Hudayfa si le Prophète l’avait nommé, lui Omar, parmi les « hypocrites ». Comme l’évoquait ibn Khaldûn, ce n’est pas l’hypocrisie comme vice de la conscience morale que cherchait à combattre ‘Umar car l’hypocrite, au sens de la dissimulation de la foi, sait qu’il joue la comédie et s’il s’agissait de cela la question du grand Umar n’aurait aucun sens. Non ! Ce dont il s’agit ici c’est de la fracture métaphysique qui se trouve en notre for-intérieur et qui est difficile à déceler. 

Cette image de la foi inversée nous angoisse au plus haut point, car combien parmi nous s’arrêtent à la notion simple de l’hypocrisie sans jamais vraiment interroger son tréfonds humain ? Cette démarche de questionnement intérieur devra être initiée par le croyant, accompagné pour cela, par les maîtres de la voie d’accès (…à la réalisation morale).

Cette étape sera nommée le « moment du bel-agir » (maqam al ihsane). La musharata (mise en condition), la muhassaba (l’examen de conscience) et la muraqaba (la constante vigilance) sont de formidables antidotes à ces maux de la modernité que sont l’hallucination générée par l’appétit de consommation, le désir insatiable de la distraction et la volonté de perpétuer l’oubli de sa vocation métaphysique.

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