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Réflexions sur l’I(i)slam et la politique : instrumentalisation ou servitude volontaire ? (1/2)

« Longtemps conçus dans le sillage de l’héritage sociologique webérien1, la plupart des travaux portant sur la pensée politique de l’islam l’identifient à une structure figée qui doit immanquablement ramener le politique au divin, et dénier par-là aux hommes toute prétention à organiser l’espace civil ou toute possibilité d’agir sur le réel ». Makram Abbès, Islam et politique à l’âge classique, éd. PUF, Philosophies.

« Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traitres de vous-mêmes ?

(…) Vous vous affaiblissez afin qu’il soit plus fort, et qu’il vous tienne plus rudement la bride plus courte. (…) Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. ». Etienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576, éd. Librio.

« Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps ; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l’opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions de ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres. » Antoine Chouard, NOTRE CAUSE COMMUNE, instituer nous-mêmes la puissance politique qui nous manque, éd. Max Milo.

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Il nous a semblé opportun de réfléchir à une ébauche de réflexions sur les réalités historiques et la traduction politique de ce que nous appelons communément Islam avec un I majuscule faisant référence aux civilisations et aux sociétés dites islamiques, et l’islam avec un i minuscule désignant la religion et la spiritualité islamique. Afin de saisir le déphasage entre la liberté individuelle et la réalité du vivre en société, si ce n’est souvent la contrainte communautaire ou étatique2 que l’on retrouve dans tous les systèmes de gouvernance et qui s’est aussi opérée entre l’islam originel3 et l’interprétation humaine qu’en ont fait les différentes instances religieuses et politiques à travers le temps4.

Quant à la politique, en philosophie c’est une notion centrale. Elle provient du grec “polis”, la Cité, et “techné”, la Science : la politique se définit comme une science du gouvernement de la cité. Comme science théorique, la politique est la science de l’idéal5 ou de la doctrine à partir desquels le gouvernement doit régler son action. De Platon à Montesquieu, la question de la philosophie politique était : quel est le meilleur régime ? Depuis Rousseau, changement de perspective, pour s’interroger sur quels sont les principes qui fondent la légitimité d’un pouvoir ? Les philosophes contemporains, notamment Habermas, Arendt, Rawls, ont fait de la démocratie le cadre indépassable de la pensée politique. Chez eux la question est plutôt : comment améliorer la démocratie6 ? Qu’est-ce qui la menace ? Comment la sauvegarder ? Et enfin la préoccupation qui nous intéresse ici, comment la faire accepter dans des pays qui n’ont pas la culture démocratique, souvent fortement malmenés, et le sont encore7, aussi bien par les puissances extérieures que par des despotes avides de pouvoir8 ? Et qui légitiment leur position avec l’appui de certaines institutions religieuses ou autres muftis ou cheikh auto-proclamés sur le Web 2.0, donnant une certaine interprétation répétitive et restrictive des Textes scripturaires, ou encore avec les opposants qu’ils qualifient de « menace terroriste » maintenant ainsi en otage les populations souvent ignorantes de leurs droits et de leurs devoirs9, et la possibilité de changer les choses et d’infléchir la politique des gouvernements. Alors qu’il ne faut pas l’oublier, la souveraineté appartient aux peuples, et que ceux-ci ont le droit de réclamer justice, voire la démission de leurs élus, surtout si ceux-ci sont corrompus.

De même qu’en Europe où apparaît une fracture10 entre les citoyens et les élites, notamment ceux issus des minorités qui sont au mieux rarement en tête des listes électorales, si ce n’est cooptés11, et au pire, pris dans le piège médiatique et de l’hypocrisie12 politique du communautarisme13, voire de la radicalisation14. Ce qui est dans un premier temps important à préciser pour comprendre les pistes de réflexions qui vont en découler. Voilà pourquoi il est important de comprendre l’impact que cela peut avoir sur la prise de conscience, la notion d’individu15 au cœur de la modernité16 pour qu’adviennent les révolutions sociales nécessaires. Afin que mûrisse une conscience politique, un intérêt pour la chose publique Res Publica, vers un pluralisme politique effectif et non pas une coquille vide, des réformes institutionnelles, et l’application de droits et devoirs, pour que ne subsiste plus des régimes autoritaires voire totalitaires qui seraient « intrinsèques » à l’islam17, et ce que d’aucuns appelaient déjà « le despotisme oriental » à l’époque de l’Orientalisme18. Ironie de l’Histoire, dérive sécuritaire et liberticide qui touche aussi bien d’autres gouvernances qui n’ont rien avoir avec cette religion, et qui affecte aussi bien les régimes libéraux19. Bien entendu nous ferons un rappel historique et questionnerons cette résistance supposée à la démocratie, la laïcité, et aux droits de l’Homme20 en général, et de la femme21 en particulier22. Nous verrons que les idées reçues sont plus souvent appuyées sur des fondements idéologiques, voire d’instrumentalisations politiques de part et d’autres, loin du message originel23 et d’une réelle connaissance.

En effet, surgit souvent la confusion dans nos imaginaires, de l’Islam en tant que sociétés et civilisations, et islam en tant que religion et spiritualité. Ibn Khaldûn24 était l’un des premiers à avoir su développer une théorie du pouvoir et de ses soubresauts25, tout en distinguant ces deux dimensions : temporelle et spirituelle, voire politique et sociale. Penseur unique, pour avoir légué une analyse très poussée des sociétés islamiques, aussi bien étudié par les élites ottomanes26 qui se tournaient vers les sciences et les techniques venues d’Europe27 ; que par les futurs colonisateurs28. Ce que d’aucuns appelaient l’histoire du Tiers-monde29 où de l’Ancien Monde s’inscrivant dans un schéma classique de gestion impériale ou monarchique, à l’instar des Khalifes ou Sultans, équivalant de nos monarques de l’époque moderne. Et ce, au-delà des différences ethniques et culturelles, et garant de la pax-islamica30, rêve que Napoléon Bonaparte avait plus tard lui-même embrassé31, au-delà du jeu croisé de la course dans la maris mare magnum au rythme des Barbaresques32 entre « rivaux chrétiens33 et musulmans » affluant des rives européennes34 et des terres d’islam, dans un monde non pas hermétique comme beaucoup se plaisent à le penser, mais en interaction35. Souvenons-nous que le sultan Moulay Ismaël se considérait comme l’égal de son contemporain Louis XIV roi thaumaturge36 et représentant de Dieu aux yeux des français, et qu’il avait demandé la main de sa fille. Souverains considérés comme à la fois protecteurs de leurs sujets, comme ici en France à l’époque moderne à l’égard des protestants et des juifs37 ; et sur l’autre rive de la méditerranée à l’égard des musulmans et des non-musulmans38. Le statut de Dhimmi39 ne peut être vu qu’à l’aune de cette période et réalité historique40, pendant qu’allait se mettre en place durant des siècles en Occident et avec douleur41 les fondements de la démocratie, de la citoyenneté, et de la laïcité42.

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Et rappelons que la conception d’Ernest Renan du Peuple43 est liée à un Etat-Nation moderne centralisé, le modèle jacobin, avec une unité administrative (communes, départements, régions, frontières) et religieuse plus ou moins établie et de langue qui aura été effectuée au prix de révolutions de guerres et de sang. Certes, ces concepts tels la Nation, la Patrie44, ont toujours été une mythologie nécessaire45 pour fonder l’unité du peuple46 contre les menaces extérieures47. Et qu’avant d’en arriver au système démocratique que nous connaissons, il aura fallu du chemin48. Et force est de reconnaître que la citation énoncée par Proudhon, « La souveraineté de la Nation est le principe des monarchistes comme des démocrates49 », est mise à mal de nos jours50.

Bien entendu le choc colonial51 aura précipité dans le monde musulman cette conscience d’une supériorité technologique et militaire occidentale, ce qui expliquera plus tard les mouvements à l’instar de la Nahda52 et la nécessité de réformes. Et l’émergence d’intellectuels et de partis politiques dès les indépendances avec l’apparition des nationalismes pour que soit rompue cette réalité, ce souvenir de l’ordre impérial et monarchique dans la plupart des pays arabes. Comme les nostalgiques de l’empire britannique ou de la France impériale, à l’instar de certains de nos experts53 d’aujourd’hui qui réduisent I(i)slam et politique à une vision monolithique, notamment l’islamisme54, comme étant l’unique grille de lecture explicative55 de ce monde complexe et riche56 d’une histoire millénaire57. Gommant ainsi toutes les possibilités, et les réalités politiques, sociales, ethniques et historiques qui en ont fait une mosaïque de peuples58, une pléthore de courants de pensées59 qui avait essaimé jusqu’aux nationalismes arabes actuellement en crise60. Et une restructuration sociale et culturelle qui prévalait tant bien que mal pour qu’advienne les questions de citoyenneté, d’égalité sociale, et de droits, au cœur des problématiques liées à la modernité61 et au modèle d’Etat-Nation62.

En effet l’identité63, notamment la question de la crise identitaire ne viendra que suite à la crise de l’Etat et de la gouvernance, notamment la disparition de l’utopie du panarabisme64 incarnée par Nasser65. Et plus récemment, en écho aux drames qui se jouent à l’échelle internationale, notamment l’interventionnisme militaire des grandes puissances au nom de la lutte contre le terrorisme ou du choc des civilisations et contre ces barbaries commises « au nom du Djihad66 » ou de « Dieu ». Dont la rue arabe67 se désolidarise dans son ensemble, si ce n’est ceux, idiots utiles68, qui appliquent la loi du talion pensant réparer l’injustice faite à « leurs frères » de Palestine, ou d’Afghanistan, ou autres, sans réaliser qu’ils sont les idiots utiles d’une guerre par factions interposées. Et en écho à plus grande échelle se dessine une résistance contre le modèle néo-libérale destructeur des régimes socialistes et progressistes à travers le monde69.

Cependant, cet article ne saurait être exhaustif. Et nous ne nous aviserons pas à essayer de répondre à cette question, pourquoi contrairement à l’ébullition intellectuelle européenne sur fond de guerres de religions70, de schismes tout aussi violents, de révolutions, la civilisation islamique n’a pas produit les mêmes processus sociaux économiques et politiques ? Question qui d’un point de vue historique peut paraître stupide, même si souvent on invoque l’argument du déclin. Question problématique, car elle n’est valable que sur une séquence historique allant de la veille des Révolutions et plus tard des révolutions industrielles européennes jusqu’à nos jours. Car le basculement n’a eu vraiment lieu qu’à partir de ce moment-là, même si Moustafa Safouan explique qu’il y a eu tout un travail en amont, via le système des corporations au Moyen-Age, et des banques et cités italiennes lors de la Renaissance devenant de véritables Etats autonomes. Provoquant une première scission du pouvoir avec l’autorité papale, qui dépendra elle-même de ces banques et de cette nouvelle classe bourgeoise émergeante qui essaimera dans tout le continent européen71. De même que la révolution linguistique qui démocratisera le parler national via une vulgarisation nécessaire, pour délaisser le latin. Et ce grâce aussi à la révolution du livre et de l’impression depuis Gutenberg, ce qui aura permis la vulgarisation du savoir et de la culture72 à une échelle jamais vue auparavant. Et ce qui permettra une supériorité intellectuelle, technique, artistique, militaire, navale, ce que d’aucuns situent lors du premier trébuchement de « l’Homme malade »73 à l’issue de la bataille de Lepante74, jusqu’à sa chute. Tant les travaux et les livres ont foisonné ces dernières années sur le sujet du déclin de l’empire ottoman, ou de la crise de l’islam75, notamment une vision néoconservatrice américaine sur fond de soutien à ces mêmes mouvements radicaux qu’ils critiquent, ou plus tôt, qu’ils légitiment de façon insidieuse76. Comme à vouloir éteindre le feu par le feu, on ne fait que l’accentuer : politique du pompier pyromane.

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De plus, l’Histoire continue, et il ne faut pas oublier que le processus77 de sécularisation78 et de démocratisation est en cours dans les pays arabes même si c’est un processus lent et qui prend du temps, surtout si à chaque fois doivent intervenir les puissances extérieures. Les nouvelles guerres79 ne peuvent se comprendre que dans ce cadre de la concurrence effrénée que nous appelons mondialisation, et la limitation, voire la convoitise des ressources naturelles80 indispensables pour faire tourner nos systèmes économiques énergivores et inégalitaires81.

Et rappelons que les raisons qui ont causé la révolution française, et les Révolutions en général82 étaient surtout liées à une exaspération populaire, poussée à l’extrême par des revendications sociales, contre l’aliénation des plus pauvres83, quitte à braver les autorités royales et religieuses84, et plus près de nous les excès85 des représentants de l’Etat86 moderne. Alors qu’il est entendu qu’au lendemain de la Révolution, les philosophes des Lumières aspiraient à une monarchie parlementaire à l’anglaise87. Et ce que d’aucuns auront traduit, à postériori, notamment avec la sécularisation ou la laïcité, par une séparation radicale avec la religion, non pas sa disparition, en invoquant le concept « d’individu88 » ou la célèbre formule « rendre à César ce qui est à César89 ». En effet, même avec les penseurs des Lumières90 la religion est restée une question centrale et jouera un rôle dans la société jusqu’à sa déchristianisation progressive qui ne sera effective qu’avec le temps, et notamment la culture91 de masse et la société du spectacle92. Et que « ce retard » qu’auraient pris les autres civilisations, notamment indienne et chinoise93, selon une vision Hégélienne de l’Histoire94, était lié au fait qu’elles n’avaient pas les germes de ce que Chateaubriand avait qualifié de Génie du christianisme95. Même si celui-ci pensait que « le plus grand malheur des hommes, c’est d’avoir des lois et un gouvernement. Tout gouvernement est un mal, tout gouvernement est un joug ».

Malheureusement sont écartées concernant les événements d’une actualité récente, parce que ne correspondant pas aux discours à la mode, les analyses plus objectives, plus nuancées et s’inscrivant dans une philosophie analytique et structuraliste96, sans présupposés idéologiques, si ce n’est une critique de l’ordre néo-libéral qui gangrène toutes nos sociétés97. Sans parler de la continuité néo-impérialiste voire néocoloniale98 qui ne dit pas son nom99 au nom de la guerre contre le terrorisme100, à coups de propagande101 messianique102. Qui ne sont pas le fait seulement d’interventionnismes militaires103 appuyés par des politiciens et des médias104 mainstream occidentaux105, mais aussi par des dirigeants soumis106 ou alliés arabes107 notamment via les chaînes nationales au service du pouvoir, et des chaînes satellitaires très prisées dans les terrasses de café des différentes médinas, voire dans les foyers des banlieues françaises108 dans un cadre plus général de crise de nos institutions109 occidentales et de nos représentations politiques110. Alors que dès la chute de l’Empire soviétique d’aucuns prédisaient la fin de l’Histoire, voire le choc des civilisations111. Ils se sont trompés112.

Rappelons dans un premier temps, et c’est peut-être là le cœur du malentendu, ou plutôt de l’instrumentalisation politique, qui voudrait figer cette réalité, que dès la genèse de l’islam, surtout au lendemain de la mort du prophète Muhammad (saws), et après l’assassinat du troisième (Othman) et quatrième Khalife (‘Ali), le schisme politique appelé Fitna113 a structuré les sociétés islamiques autour d’une autorité politique. Fondée non pas sur un modèle théocratique comme on pourrait le croire, même si la doctrine théologique qui légitime le Khalifat chez les sunnites et l’Imamat114 chez les chiites a des points de convergences115 et de divergences, notamment parce que l’une repose sur un pouvoir temporel et l’autre sur un pouvoir eschatologique116. Mais la réalité c’est que les dirigeants musulmans, Khalifes, Sultans, Emir, se sont plutôt inspirés du modèle des pouvoirs byzantins et perses qui étaient autour d’eux, voire qui les ont précédés117. Bien que les trois sphères d’activité, législatif, exécutif et judiciaire étaient distinctes en théorie. D’aucuns y voient ou non une séparation originelle entre le pouvoir temporel et spirituel118. En réalité elles interféraient tout le temps les unes avec les autres et étaient toujours soumises, à l’opinion du Khalife119, Sultan ou Emir. C’était d’autant plus facile qu’il n’y avait aucune cour suprême donnant les garanties à l’indépendance judiciaire. Cela n’est pas sans nous rappeler avec une certaine ironie, les abus du pouvoir dans nos démocraties actuelles120. De plus, il est tout aussi étonnant, aux vues de ce que nos médias et experts relaient via l’instrumentalisation politique qu’en font les grandes puissances à propos de la menace de « l’arc chiite121 » comme ennemis héréditaires des sunnites, alors que dans l’Histoire à partir des ‘Abbassides et les futures dynasties Fatimides, Idrissides, Omeyades de Cordoue, autour du Xème siècle le pouvoir se partageaient entre sunnites et chiites. Et que le désaccord ne se situait que d’un point de vue temporel, à savoir la légitimité du pouvoir que d’aucuns ne reconnaissaient qu’aux descendants de la famille du prophète, alors que les autres l’élargissaient aux Qurayshites, voire plus tard à d’autres lignées (Gengis Khan, Osman Ier, et autres Mamelouks, et Berbères, Africains, Indonésiens…). Quand les uns n’étaient pas Khalifes ils étaient vizirs, de même que toute l’administration souvent chrétienne. Et que c’est à partir de là que les savants musulmans ont commencé à s’intéresser à la philosophie du pouvoir122. On pourrait en dire de même de la question des « chrétiens d’Orient » qui sont les victimes et dommages collatéraux de cette politique du « Nouveau Grand Orient123 », au même titre que les populations civiles musulmanes. L’islam et la politique, ou le pouvoir dans les sociétés à majorité musulmane ne peut être réduit aux raccourcis médiatiques124 jusqu’à essentialiser125 tout un pan de l’humanité et occulter toute une réalité historique des plus complexes. Peut-être en vue de provoquer126 une guerre de religion comme ce qu’avaient connu catholiques et protestants en Europe ?

En effet, et comme le rappelle Ali Abderraziq127 « A bien examiner cette question cependant, on observe que l’ensemble de la législation apportée par l’islam, que le prophète a amené les musulmans à observer, ne s’apparente ni de près ni de loin aux dispositions appliquées par les pouvoirs politiques, ni aux systèmes mis en place par les pouvoirs temporels. Et que ses impératifs, même ajoutés les uns aux autres, ne constituent qu’une partie limitée de l’appareil législatif et réglementaire requis pour tout Etat temporel.
(…) Le prophète est mort sans avoir nommé un successeur, ni désigné qui que ce soit pour occuper les fonctions qu’il avait dans la communauté. Plus encore, durant toute sa vie, il n’a jamais fait allusion à quelque chose qu’on pourrait appelé Etat islamique ou un Etat arabe. Il est certain _Dieu nous préserve de croire le contraire_ qu’il n’a quitté cette vie qu’après avoir transmis l’intégralité du message de Dieu et après avoir explicité à la communauté l’intégralité des lois de la nouvelle religion, d’une manière qui ne pouvait souffrir ni ambiguïté ni confusion. Comment alors, si la constitution d’un Etat faisait partie de sa mission, aurait-il pu laisser une telle question dans pareille confusion, au point que les musulmans, se retrouvant dans une totale obscurité, en viennent rapidement à s’entretuer ?

(…) Les musulmans savaient donc à l’époque qu’ils entamaient un processus nouveau, par lequel ils mettaient en place un gouvernement civil et temporel. Pour cette raison ils se permettaient de s’opposer à ce gouvernement et de le contester, convaincus que leurs divergences portaient sur des questions temporelles, non sur des questions religieuses, que l’enjeu de leurs disputes était d’ordre politique et n’avait aucune répercussion sur leur religion et que cela ne pouvait remettre en cause leur foi. »

C’est là une des causes explicatives comme le rappelle Abdou Filali-Ansary128, esquissée en quelques termes, distinguant les dispositions fondamentales entre Charia129 et droit positif130, et entre perspective d’ordre éthique et système législatif mécanique. Et Abdou Filali-Ansary de préciser en conclusion, « En effet, contrairement au judaïsme et au christianisme qui ont dû faire face, au moment même de leur naissance et longtemps après, à des Etats constitués, il n’en fut rien pour l’islam. En face de Moïse il y avait le pharaon, et dans l’histoire du judaïsme il y a eu presque constamment des autorités politiques profanes avec lesquelles il fallait traiter. De même, dans la société où Jésus a prêché il y avait un César (ou ses représentants) et l’histoire du christianisme a été longtemps marquée par la confrontation avec l’Etat. Rien de tel au temps et dans l’environnement de l’islam naissant. L’islam est né précisément dans un environnement marqué par l’absence d’Etat, dans une société fragmentée, où les groupements humains, les tribus, vivaient indépendamment les unes des autres et étaient en guerre permanente entre elles. C’est la période que les musulmans appellent Jahilya, règne de l’ignorance et de la force brutale, qui précède l’émergence de l’islam. »

Cependant ce dernier point, souvent idyllique, voire mythologique d’un âge de ténèbres (Jahilya) vers un âge des Lumières n’est pas sans nous rappeler celui du mythe du Moyen-Age131 obscurantiste en Europe avant que n’adviennent la Renaissance132 et les Lumières. De la même façon celle-ci est contredite par une réalité historique plus nuancée ou évolution historiographique, qui indique au contraire une continuité entre le Moyen Age, la Renaissance et l’époque moderne, de la même façon que la période préislamique et celle post-hégirienne, notamment en terme d’Aqhlaq ou noblesse de caractère rapportée à la chevalerie133. Et qu’il ne faille pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Comme dit l’expression, pour construire son avenir il faut connaître son passé.

En effet, il faut considérer l’islam originel pré-hégirien ou période mecquoise s’inscrivant sur une critique du « polythéisme marchand134 » et caractérisée par une « révolution passive » et « guerre de position » pour reprendre une lecture gramscienne, pour aboutir à l’islam post-hégirien ou période médinoise ce que d’aucuns ont vu comme dans la lignée de la geste des prophètes-rois veto-testamentaires, à l’instar de David ou de Salomon. Même si plus haut nous avions démontré qu’il n’en était rien, et que cela était en réaction aux événements. Qui sait, si les mecquois avaient adhéré au message coranique il n’y aurait pas eu de batailles et de guerres, l’histoire aurait peut-être été différente ? Le pacte de Médine étant une première ébauche de constitution de cette cité-état, pour instituer les règles de vivre ensemble, entre tribus arabes juives et musulmanes135, entre Ansar et Mohajirine136, seul document à dimension constitutionnelle légué par le prophète Muhammad ainsi que la notion de Shura137 et d’Ijma’138. Avec comme principe et pas des moindres, que tous les Banu Adam (Fils d’Adam) sont égaux devant Dieu, et qu’ils devraient l’être aux yeux des Hommes, et que lui seul guide et égare139, comme objectif d’instaurer la paix d’où l’étymologie du mot islam140. Le Coran ne rappelle-t-il pas qui tue une personne tue toute l’Humanité, et qui sauve une personne sauve toute l’Humanité. Que dire de ce hadith, qui tue son frère musulman ne sentira pas l’odeur du paradis ? Est-il juste malgré la consultation et le consensus de suivre des dirigeants injustes ? Et par conséquent, les guerres menées contre tel ou tel groupe parce que chiite ou sunnite, ou chrétien, ou juif, quelle que soit sa croyance ou non, est une faute grave. Bien entendu, sauf en cas de légitime défense. Le Coran et la geste prophétique étant actifs et évolutifs141 au gré des circonstances auxquelles était confrontée la nouvelle communauté de croyants, elle a dû improviser face à la répression, et l’expulsion de leurs demeures, contre leurs propres concitoyens mecquois. D’où le fameux adage nul n’est prophète en son village. Ce qui a donné les batailles mythiques connues, pour qu’ils reviennent au sanctuaire sacré de la Ka’ba (à la Mecque), premier temple érigé selon la tradition par, Adam, puis Abraham, en direction142 duquel et autour duquel tournent les croyants. Le Mont Arafat là où se seraient retrouvé Adam et Eve.

Et après la mort du prophète, les Futuhate143 ont confronté la communauté musulmane à un mode d’organisation et du pouvoir qui leur était tout à fait inédit. Ce faisant, il ne faudrait pas figer l’organisation politique islamique à ce seul modèle de monarque ou d’empereur hérité des civilisations byzantines, romaines et perses, serait une erreur. Car à l’époque, c’était le seul modèle politique sur lequel ils pouvaient se fonder. Ce que d’aucuns ont vu comme la distinction entre « Dar al-islam » et « Dar al-Harb » est du même acabit que la distinction que faisaient les grecs et les romains à l’égard des marges peuplées de « barbares »144. C’est ce que font hélas les pseudo-experts et autres historiens qui voudraient immortaliser, comme une photo d’Epinal, les sociétés musulmanes dans ce cadre historique indépassable d’un Khalife ou d’un Sultan, type « d’homme providentiel » façon Saladin ou Napoléon ou Staline. Et que bien sûr, eux-seuls par l’interventionnisme militaire pourraient imposer la démocratie, réminiscence des tenants de la mission civilisatrice, et nous avons vu le chaos qu’a suscité cette intervention des néoconservateurs américains sur fond de messianisme145. Non seulement ils ont « échoué146 », mais c’était un mensonge éhonté147. D’ailleurs, par analogie on pourrait comparer les épisodes de l’intervention en Irak ou en Syrie à celui de la Commune réprimée par les forces extérieures prussiennes à la demande de l’Assemblée Nationale monarchiste148. Et les printemps arabes à une révolte populaire libre, même si d’aucuns y ont vu l’influence des réseaux sociaux, voire de l’étranger149.

De la même façon, d’un point de vue scientifique philosophique et politique, comme le souligne Makram Abbès150 « Il n’est pas étrange que cette idée de l’islam en tant que théocratie émerge précisément au XIXème siècle, au moment de la formation du concept de « sécularisation » et du discours sur la modernité politique occidentale, alors qu’un siècle avant, il incarnait le despotisme, l’arbitraire, l’excès de passions.

On pourrait se demander si ces approches ne relèvent pas finalement, pour reprendre l’expression d’H. Blumenberg, d’une « catégorie d’iniquité historique », et si, paradoxalement, il n’existe pas une circularité parfaite entre les élucubrations théoriques et l’islamisme, nourries pas l’ignorance de l’histoire de l’islam, et les discours qui tentent d’enfermer son identité politique dans un schéma que l’Occident aurait dépassé, depuis sa présécularisation.

(…) Ainsi, ces travaux sont fondés sur une sorte d’amnésie, celle de la longue tradition de théologie politique qui a déterminé la formulation de nombreux débats philosophiques jusqu’au cœur du XXème siècle, sans parler de la mise entre parenthèse de la théorie du droit divin ou de pans entiers de la culture politique occidentale. Il convient, à ce titre, de rappeler que plus de la moitié du Léviathan, qui est l’œuvre fondatrice de la philosophie politique moderne est consacrée aux problèmes théologiques, et dans une proportion qui dépasse de loin les traités politiques de philosophes comme al-Farabi, et même de juristes comme al-Mardawi ou d’auteurs de Miroirs des princes comme al-Assabi. »

1 Max Weber, La sociologie des religions, éd. Gallimard.

2 Daniel Guérin, L’anarchisme, éd. Folio, essais.

3 Celui du vivant du prophète Muhammad (saws).

4 Olivier Roy, Echec de l’islam politique, éd. Seuil.

5 Inspiré de l’idéal platonicien et de l’idéal dans la tradition islamique, lire le livre de Muhsin Mahdi, La fondation de la philosophie politique en islam, La cité vertueuse d’Alfarabi, éd. Champs/Flammarion.

6 Proudhon, La démocratie, éd. Yves Monguillon.

7 Georges Corm, La nouvelle question d’Orient, éd. La Découverte.

8 Il suffit de se rappeler le cas de Moubarak ou de Ben Ali, parmi tant s’autres.

9 Moustafa Safouan, Pourquoi le monde arabe n’est pas libre ?, Politique de l’écriture et terrorisme religieux, éd. Denoël.

10 Christophe Guilluy, Le crépuscule de la France d’en Haut, éd. Champs/Flammarion.

11 Comme nos ministres et secrétaires d’Etat, Dati, Vallaud-Belkacem, El Komry, Amara.

12 Sous la dir. de Nacira Guénif-Souliamas, La république mise à nu par son immigration, éd. La Fabrique.

13 Eric Maurin, Le ghetto français, enquête sur le séparatisme social, éd. Seuil. Lire aussi Georges Felouzis,, François Liot, Joëlle Perroton, L’Apartheid scolaire, Enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges, éd. Seuil.

14 Dounia Bouzar, Français radicalisés, Enquête, éd. De L’Atelier.

15 Dany-Robert Dufour, L’individu qui vient, après le néolibéralisme, éd. Folio, essais.

16 Alain Touraine, Critique de la modernité, éd. Fayard. Ou encore, Danilo Martucelli, La condition sociale moderne, L’avenir d’une inquiétude, éd. Folio Seuil.

17 Moustapha Safouan, Pourquoi le monde arabe n’est pas libre, Politique de l’écriture et terrorisme religieux, éd. Denoël.

18 Edward Saïd, L’Orientalisme, L’Orient crée par l’Occident, éd. Seuil.

19 Sous la dir. de Juli Zeh, Atteinte à la liberté : Les dérives de l’obsession sécuritaire, éd. Actes Sud. Vanessa Codaccioni, Répression, L’Etat face aux contestations politiques, éd. Textuel.

20 Sous la dir. de Marc Agi, Islam et droits de l’Homme, éd. Des idées et des Hommes. Préface Dalil Boubakeur.

21 Lire la critique de Fatima Mernissi, Le prophète et le harem politique, éd. Albin Michel. Lire aussi, Christine Delphy, Un universalisme si particulier, féminisme et exception française (1980-2010), éd. Syllepse.

22 Leïla Tauil, Féminismes arabes : un siècle de combat, éd. L’Harmattan. Et lire aussi, Félix Boggio Ewanjé-Epée & Stella Belkacem, Les féministes blanches et l’Empire, éd. La Fabrique.

23 Mohammed Abdallah Draz, Initiation au Coran, éd. Beauchesne Religions. Ou encore, Philippe Quesne, Les réponses orientales aux questions de la philosophie occidentale, éd. Albouraq.

24 Yves Lacoste, Ibn Khaldûn : naissance de l’Histoire, passé du tiers-monde, éd. La Découverte.

25 Gabriel Martinez-Gros, Brève histoire des empires, Comment ils surgissent et s’effondrent, éd. Points, Histoire.

26 Jean François Solnon, L’Empire ottoman et l’Europe, éd. Perrin, coll. Tempus.

27 Franco Cardini, Europe et Islam, Histoire d’un malentendu, éd. Points, Histoire.

28 Dino Constantini, mission civilisatrice, le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française, éd. La Découverte.

29 Ibid. Yves Lacoste.

30 Equivalent de la Pax Romana garantie par l’autorité des empereurs romains, contre les barbares ou territoires extérieurs à l’Empire.

31 Christian Cherfils, Bonaparte et l’islam, éd. Alcazar.

32 Jacques Heers, Les barbaresques, éd. Perrin, coll. Tempus.

33 Ph. Gourdin, G. Martinez-Gros, C. Aillet, S. Makariou, E. Tixier-Caceres, Pays d’Islam et monde latin, 950-1250, éd. Atlande. Lire aussi François Martin, Pouvoir et légitimité en Espagne musulmane à l’époque des Taïfas (Vè-XIème siècle), éd. L’Harmattan.

34 Bartolomé Benassar & Lucile Benassar, Les chrétiens d’Allah, éd. Perrin, coll. Tempus.

35 Fernand Braudel, La méditerranée, éd. Champs/Flammarion. Lire aussi, Marcel Brion, Frédéric II de Hohenstuafen, éd. Tallandier, coll. Texto.

36 Marc Bloch, Les rois thaumaturges : Etude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale, particulièrement en France et en Angleterre, éd. Nrf, Gallimard.

37 Fausto Parente, Les juifs et l’Eglise romaine à l’époque moderne (XVè-XVIIIème siècle), éd. Honoré Champion, coll. Bibliothèques d’étude juive.

38 Eric Geoffroy, Le pluralisme religieux en islam ou la conscience de l’altérité, éd. Fondation pour l’innovation politique, coll. Valeurs d’islam.

39 Lire aussi mon article, Amine Ajar, La question judéo-arabe entre débat scientifique et enjeux politiques, in Oumma.com, du 9 avril 2017. Pour comprendre les enjeux idéologiques qu’il y a autour de la question de Dhimmi et sur le révisionnisme historique autour de la question du départ des juifs « des terres d’Islam ».

40 Statut donné aux gens du livre. Et la jazya l’impôt qu’ils devaient payer à l’instar des musulmans qui ont un devoir de payer la Zakat. Lire à ce sujet, Michel Abitbol, Le passé d’une discorde, Juifs et Arabes depuis le VIIème siècle, éd. Perrin, coll. Tempus.

41 Jean-Clément Martin, La Terreur, Part maudite de la Révolution, éd. Gallimard, Découvertes. Lire aussi Jean-Christian Petitfils, Histoire de la France, éd. Fayard.

42 Pierre Albertini, La France du XVIIIè-XIXème siècle, 1815-1914, éd. Hachette.

43 Lire en introduction de son livre la critique sur Ernest Renan, Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, éd. Champs/Flammarion.

44 François Reynaert, Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises, éd. Poche.

45 Lire à ce propos Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, éd. Champs/Flammarion.

46 Emmanuel Todd, Sociologie d’une crise religieuse, Qui est Charlie ?, éd. Points, Essais.

47 William Blanc & Christophe Naudin, Charles Martel et la bataille de Poitiers : De l’histoire au mythe identitaire, éd. LIBERTALIA.

48 Claire Fredj, La France au XIXème siècle, éd. PUF. Lire aussi l’incontournable Patrick Boucheron, Histoire mondiale de la France, éd. Points, Histoire.

49 Proudhon, La démocratie, éd. Yves Monguillon.

50 Bertrand Badie & Dominique Vidal, Qui gouverne le monde ?, éd. La Découverte.

51 Sous la dir. de Jean-Pierre Luizard, Le choc colonial et l’islam, Les politiques religieuses des puissances coloniales en terre d’islam, éd. La Découverte.

52 Lire mon article, Amine Ajar, Sécularisation et démocratisation du monde musulman ou bonne (mauvaise) conscience occidentale ?, in Oumma.com, du 09/09/2017. Notamment le paragraphe, De la Nahda, trahisons et déceptions… amnésie et refoulement d’une histoire prometteuse.

53 Shlomo Sand, La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq, éd. La Découverte.

54 Henry Laurens, L’Orient arabe, Arabisme et islamisme de 1798 à 1945, éd. Armand Colin. Voire la critique qu’en fait Georges Corm de ces experts dits islamologues, dans son livre de référence, La Nouvelle question d’Orient, éd. La Découverte.

55 Ibid. Georges Corm.

56 Maurice Lombard, L’islam dans sa première grandeur, XVIIIè-XIXème siècle, éd. Champs/Flammarion.

57 Comme si nous réduisions l’Histoire de l’Allemagne au IIIème Reich sous Hitler, ou encore la Chine à la révolution culturelle de Mao Zedong et à une oligarchie capitaliste sous la présidence actuelle de Xi Jinping.

58 Claude Cahen, L’Islam des origines au début de l’Empire ottoman, éd. Fayard/Pluriel.

59 Mohammed Arkoun, La pensée arabe, éd. PUF.

60 Charles Saint-Prot, Le nationalisme arabe, alternative à l’intégrisme, éd. Ellipse.

61 Alain Touraine, Critique de la modernité, éd. Fayard.

62 Lire à ce propos, Bertrand Badie & Michel Foucher, Vers un monde néo-national ?, éd. CNRS.

63 Von Grunebaum, L’identité culturelle de l’islam, éd. Gallimard. Préface de Mohamed Arkoun et de Jacques Berque. Lire aussi, Zigmunt Bauman, Identité, éd. L’Herne. Et aussi, Ali Benmakhlouf, L’identité une fable philosophique, éd. PUF, philosophie.

64 Michel Laissy, Du Panarabisme à la Ligue Arabe, éd. G-P Maisonneuve, Librairie Orientale et Américaine, Paris 1948.

65 Nasser le champion égyptien du panarabisme, éd. Le Monde//Histoire. Lire aussi Gilbert Sinoué, L’Aigle égyptien, Nasser, éd. Tallandier.

66 Alfred Morabia, Le Gihâd dans l’Islam médiéval, éd. Albin Michel. Préface Gilles Kepel.

67 Farouk Mardam-Bey et Elias Sanbar, être Arabe, éd. Babel.

68 Lire mon article, Amine Ajar, Lettre aux prétendus « Djihadistes », in Oumma.com, le 37 juin 2017.

69 Bernard Duterme, Dérive répressive au Nicaragua, Le Monde diplomatique, Octobre 2018. Ou encore, Alexander Main, Géopolitique de la crise vénézuélienne, Le Monde diplomatique, Juillet 2019.

70 Georges Corm, La question religieuse au XXIème siècle, éd. La Découverte.

71 Ibid. Lire à ce propos l’excellent livre de Moustafa Safouan qui fait un excellent rappelle historique des conditions qui ont permis en Europe l’éclosion de la démocratie.

72 Les gazettes et la liberté relative de la presse contrôlée par une certaine censure monarchique ou impériale en sont un bon exemple, ce qui permettait aux écrivains tels que Flaubert, Balzac, Zola, Dostoievski… de délivrer leurs romans par épisodes ou chapitres. De même que les critiques du régime.

73 Jean-François Solnon, L’Empire ottoman et l’Europe, éd. Perrin, coll. Tempus.

74 Michel Lesure, Lépante, éd. Folio, Histoire.

75 Bernard Lewis, Que s’est-il passé ? L’Islam, l’Occident et la modernité, ed. Gallimard. Ou encore, L’Islam en crise, éd. Gallimard. Lire aussi, Abdelwahab Meddeb, La maladie de l’islam, éd. Points, Essais. Ou encore, Contre-prêches, éd. Points, Essais.

76 Loretta Napoleoni, Qui finance le terrorisme international ?, éd. Autrement. Jenny Raflik, Terrorisme et mondialisation, Approches historiques, éd. nrf, Gallimard. Ou encore, Richard Labévière, Terrorisme la face cachée de la mondialisation, éd. Pierre Guillaume De Roux, préface d’Alain Chouet.
Rappelons-nous de François Hollande ayant décerné la légion d’Honneur au prince d’Arabie Saoudite, l’actuel Roi Salmane, lors de la journée de la femme, pour avoir acheté des armes et avions français (de fabrication Dassault). Ou encore Lafarge qui avait fourni Daesh en plâtre et ciment.

77 Youssef Courbage & Emmanuel Todd, Le rendez-vous des civilisations, éd. Seuil. Coll. La République des idées.

78 Jacques Huntzinger, Les printemps Arabes et le religieux, La sécularisation de l’Islam, éd. Collège des Bernadins, Humanités.

79 Bertrand Badie & dominique Vidal, Nouvelles guerres, comprendre les conflits du XXIème siècle, éd. La Découverte.

80 Andréas Malm, L’anthropocène contre l’histoire, Le réchauffement climatique à l’ère du capital, éd. La Fabrique.

81 Thomas Piketty, Capital et idéologie, éd. Seuil.

82 Patrick Verley, La première révolution industrielle, éd. Armand Colin, coll. 128.

83 Marxet Arendt sur l’aliénation.

84 Yves-Marie Bercé, Révoltes et Révolutions, éd. CNRS, coll. Biblis.

85 Sophie Coignard, Romain Gubert, L’oligarchie des incapables, éd. Albin Michel.

86 Jean Préposiet, Histoire de l’anarchisme, éd. Tallandier, coll. Pluriel. Daniel Guérin, L’anarchisme, éd. Folio, Essais.

87 Michel Figeac, Gauthier Aubert, Olivier Chaline, David Chaunu, Edmond Dziembowski, État, pouvoirs et contestations dans les monarchies française et britannique : et dans leurs colonies américaines (vers 1640-vers 1780), Armand Colin. Préparation au CAPES.

88 Miguel Benasayag, Le mythe de l’individu, éd. La Découverte.

89 Jean Baubérot, Les sept laïcités françaises, éditions de la Maison des Sciences et de l’Homme.

90 Berbard Cottret, Le Christ des Lumières, Jésus de Newton à Voltaire, éd. CNRS, coll. Biblis.

91 Hannah Arendt, Crise dans la culture, éd. Folio.

92 Guy Debord, La société du spectacle, éd. Folio, essais.

93 Fernand Braudel, La grammaire des civilisations, éd. Champs/Flammarion.

94 Jack Goody, Le vol de l’Histoire, Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde, éd. Folio, Histoire.

95 Chateaubriand, Génie du christianisme, éd. Flammarion.

96 George Corm, La Nouvelle Question d’Orient, éd. La Découverte. Gabriel Martinez-Gros, Lucette Valensi, L’Islam, l’islamisme et l’Occident, genèse d’un affrontement, éd. Points, Histoire.

97 Joseph Stiglitz, La grande désillusion, éd. Poche.

98 Saïd Bouamama, « Planter du blanc », Chroniques du néocolonialisme français, éd. Syllepse.

99 Ou plutôt, sous l’appellation de Guerre contre le terrorisme. Qui cache une guerre économique.

100 Lire mon article, Amine Ajar, Taqiya et lutte contre le terrorisme ou la face cachée de la mondialisation ?, in Oumma.com, le 31 janvier 2020.

101 Noam Chomsky & Edward Herman, Fabriquer un consentement : La gestion politique des médias de masse, éd. INVESTIG’ACTION.

102 Alain Frachon & Daniel Vernet, L’Amérique des néo-conservateurs, l’illusion messianique, éd. Perrin, coll. Tempus. Samuel Huntington, Le choc des civilisations, éd. Odile Jacob.

103 Michel Raimbaud, Les guerres de Syrie, éd. Glyphe, préface de Saint-Robert.

104 Lire mon article, Face à la banalité du mal et de la haine aujourd’hui… la pensée d’Hannah Arendt, in Oumma.com, le 17 février 2020.

105 Edward Saïd, L’islam dans les médias, Comment les médias et les experts façonnent notre regard sur le reste du monde, éd. Sindbad, Actes Sud.

106 A l’instar de leur coreligionnaire d’Amérique du Sud où l’on voit dans quelle situation l’ordre néolibérale met à feu et à sang ces pays qui avaient jusqu’à récemment une tradition socialiste. Cf, Le Monde diplomatique, Histoire des gauches au pouvoir, Manière de voir, N°124, Août-Septembre 2012.

107 Ceux considérés comme régimes alliés, quand bien même des théocraties rétrogrades telles que l’Arabie Saoudite, car soumis aux diktats politiques et économiques via le FMI, la FED, et autres organisations, et notamment pour une économie rentière. Cf, Georges Corm, La Nouvelle question d’Orient, éd. La Découverte.

108 On voit à quel point les chaînes Al Jazeera, Al Manar reste influente, entres autres. Lire Claire Gabrielle Talon, Al Jazeera, Liberté d’expression et pétromonarchie, éd. PUF.

109 Olivier Piacentini, Mondialisation totalitaire, éd. Paris. Lire aussi, Armelle Chopin & Olivier Pliez, La mondialisation des pauvres, Loin de Wall Street et de Davos, éd. Seuil.

110 Juan Branco, Crépuscule, Comment et pourquoi ce président à si peur du peuple, éd. Plon. Préface de Denis Robert.

111 Ibid. Samuel Huntington.

112 Bertrand Badie, Quand l’Histoire commence, éd. CNRS.

113 Hicham Djaït, La grande discorde : Religion et politique dans l’islam des origines, éd. Folio.

114 Mohammad-Ali Amir-Moezzi & Christian Jambet, Qu’est-ce que le shi’isme ?, éd. Fayard.

115 Notamment dans la tradition Soufi, où il existe un pouvoir parallèle, celui des Qotb, Awlyah ou saints, lire à ce propos, Henry Corbin, Face de Dieu, face de l’Homme, herméneutique et soufisme, éd. Entrelacs.

116 Notion de l’imam caché, vision messianique. A ce propos lire aussi, Jean-Pierre Filiu, L’Apocalypse dans islam, éd. Fayard.

117 Pascal Buresi, Entre chiisme et sunnisme, la voie originale des empires médiévaux de l’Occident musulman, iReMMO, Université populaire – Cycle “Le pouvoir politique et l’islam à travers l’histoire” Les rapports « pouvoir et religion » dans les empires musulmans Samedi 5 décembre 2015, in Youtube https://youtu.be/NuIRL93Y9yo

118 Ali Abderraziq, L’islam et les fondements du pouvoir, éd. La Découverte.

119 Moustafa Safouan a raison de préciser que le mot Khalife signifie successeur, considéré comme « successeur du prophète ». Ce qui est une contradiction du fait que Muhammad était le sceau de la prophétie. Le Khalife comme représentant de Dieu sur terre au même titre que le prophète est, à strictement parler, blasphématoire. Même si la notion de Awlya (saints) ne touche que les Khalifes Rashidun (Khalife bien guidés), car après cela n’était en œuvre le plus souvent que l’appât du pouvoir et les manigances, voire assassinats politiques.

120 Voire la vidéo inYoutube, Le média, Marc Echeinger sur l’affaire d’Etat Areva et le problème de l’indépendance judiciaire pour traiter de telles affaires, https://youtu.be/iLMs_EqUICs et aussi Sylvain Mouillard, La cour de cassation victime d’ « une atteinte manifeste au principe de séparation des pouvoirs », in Libération, le 07/12/2016.

121 Clément Therme, La nouvelle « guerre froide » entre l’Arabie saoudite et l’Iran au Moyen Orient, in Confluences Méditerranée, 2014/1, N°88. p. 113 à 125. In Cairn.info.

122 Markram Abbès, L’islam et politique à l’âge classique, éd. PUF.

123 Ibid. George Corm.

124 Amine Ajar, De l’islam symbolique ou médiatique aux citoyens réels, in Oumma.com, le 10 Février 2012.

125 Amine Ajar, Allahou Akbar ! Ou la langue arabe criminogène ?, in Oumma.com, le 4 Février 2017.

126 Rappelons-nous déjà de la guerre Iran Irak qui a duré 10 ans, et le scandale de l’Irangate.

127 Ibid. Ali Abderraziq, L’islam et les fondements du pouvoir, éd. La Découverte.

128 Abdou Filali-Ansary, Islam et Laïcité, à propos de malentendus tenaces, éd. Fennec.

129 Baudouin Dupret, La Charia, Des sources à la pratique, un concept pluriel, éd. La Découverte.

130 Jean-Paul Charnay, Esprit du droit musulman, éd. Dalloz.

131 Jacques Heers, Le Moyen Age une imposture, éd. Perrin, coll. Tempus.

132 Jerry Bretton, Le Bazar Renaissance, Comment l’Orient et l’Islam ont façonné l’Occident, éd. Les Liens Qui Libèrent.

133 Wacyf Boutros-Ghali, La tradition chevaleresque des Arabes, éd. EDDIF. Préface de Boutros Boutros-Ghali.

134 « Polythéisme marchand » équivalent de notre « monothéisme de marché » actuel, qui prévalait à la Mecque perdant de ce fait tout son sens, contrairement à celui des romains qui rajoutaient chaque nouvelle divinité à leur panthéon en intégrant de nouveaux peuples à leur empire.

135 Nous ne reviendrons pas sur la scission connue de la communauté des croyants et des tribus juives qui ont trahi le pacte, lire à ce propos Michel Abitbol,

136 Ansar et Mohajirine, autochtones ou natif de Yatrib (Médine) et exilés venus de la Mecque.

137 Shura, consultation ou concertation par un collège de personnes sages ou qualifiée pour diriger la communauté ou la société.

138 Ijma’, consensus ou rassemblement.

139 Notion fondamentale en islam, car selon le hadith certains sont à une coudée du paradis et ils iront en enfer, ou inversement, ce qui veut dire que rien est acquis, et que la notion même de Kafir (mécréant) est circonstancielle et évolutive, et peut basculer ver celle de Mouhmine ou croyant, et inversement. Voilà pourquoi l’injonction à œuvrer constamment dans le bien. Et surtout se remettre en cause.

140 SLM, la même racine trilitaire que Jérusalem.

141 Ce que l’on considère comme versets abrogeant.

142 Rappelons que les musulmans priaient au début en direction de Jérusalem, ce n’est qu’après une nouvelle révélation et les tensions avec la communauté juive et la revendication du lien abrahamique qu’ils se tournèrent en direction de la Ka’ba située à la Mecque.

143 Futuhate, que l’on peut traduire par ouvertures, conquêtes, expansion.

144 Gabriel Martinez-Gros, Brève histoire des empires, comment ils naissent et s’effondrent, éd. Points, histoire.

145 Alain Frachon & Daniel Vernet, L’Amérique des néo-conservateurs, L’illusion messianique, éd. Perrin, coll. Tempus.

146 « échoué » entre guillemets, si l’on considère leur croyance en l’Armageddon, l’Apocalypse et la chaos, pour qu’advienne le Messie. A ce propos voir sur Netflix le documentaire, The Family, la menace fondamentaliste. Lire aussi mon article, Amine Ajar, Le confinement, Netflix, le Messie & l’Apocalypse, in Oumma.com, le 11 Avril 2020.

147 L’épisode de Colin Powell et de la fameuse fiole « prouvant » l’utilisation d’armes de destructions massives par Saddam Hussein.

148 Jacques Rougerie, La Commune et les communards, éd. Folio, Histoire.

149 Aïssam Ayt-Yahya, Théologie du complotisme musulman : Les sources sectaires d’une pensée contemporaine, éd. AWA, Essais.

150 Makran Abbès, dans Islam et politique à l’âge classique, éd. PUF.

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