in

Réflexion autour du renouvellement de la théologie musulmane

 La science du Kalâm, objectifs et appels au renouvellement

Les premiers siècles de l’Islam ont vu naître la « science du Kalâm », appelée aussi « Théologie », qui est une discipline consistant à discourir de principes théologiques par le biais de la dialectique. Dès sa naissance, comme le stipulait déjà le philosophe Al-Fârâbî au IV siècle de l’Hégire – et plus tard Al-Ghazâlî et Ibn Khaldoun – elle s’attelait d’une part à étayer le bien-fondé des croyances et prescriptions religieuses, de l’autre à lever les ambiguïtés et équivoques autour de questions fondamentalement dogmatiques.

Songeons par exemple au libre arbitre, l’Etre de Dieu, l’Essence, la création de la Parole de Dieu, les frontières entre la foi et la mécréance, etc. Ces questions n’étaient pas formulées uniquement par des musulmans, mais aussi et surtout par des non musulmans qui défiaient et mettaient à l’épreuve le bien-fondé des principes constitutifs de la religion musulmane. C’est la principale raison d’être de cette discipline qui était ouverte, à sa façon, sur les interrogations et les controverses théologiques initiées souvent par les non musulmans.

Publicité
Publicité
Publicité

La pratique de la science du Kalâm n’est pas propre aux premiers siècles de l’Hégire, elle est étudiée et enseignée encore de nos jours. Mais, ce qui nous intéresse ici, relativement à la problématique du sujet, c’est cette plasticité de la science du Kalâm qui se déployait ouvertement sur les exigences de son contexte, non pas pour s’adapter aux idéologies naissantes, mais pour les examiner avec esprit critique à la lumière des Textes.

En guise d’illustration, on ne peut faire l’économie de la pratique sur l’espace public de cette science par les savants de ce qu’on appelle « la renaissance ». Mohammed Jamâl Ad-Dîn Al-Husaynî connu sous le nom d’Al-Afghânî, Mohammed ‘Abduh et Mohammed Iqbâl en sont les principaux représentants. Al-Afghânî, ‘Abduh et Iqbâl ont tous lutté contre la colonisation, avec ce qu’elle contenait de fausses idéologies, en diffusant les véritables enseignements islamiques.

Par exemple, Al-Afghânî a répondu au philosophe Ernest Renan qui, lors d’une conférence, a prétendu que l’Islam et les musulmans sont incompatibles avec la science et l’esprit scientifique. ‘Abduh a, dans son ouvrage « Le rôle respectif du christianisme et de l’islam dans la science et la civilisation », montré les caractéristiques scientifiques et civilisationnelles constitutives de l’Islam. Mohammed Iqbâl a, quant à lui, appelé à une « reconstruction de la pensée religieuse » – un renouvellement de la science du Kalâm, en réalité – en usant de méthodologies et concepts intellectuels produits par la culture occidentale, car il s’adressait dans ce livre aussi bien aux musulmans qu’aux non musulmans.

Publicité
Publicité
Publicité

De ces trois figures réformistes, nous pouvons tirer quatre enseignements :

  • Ces trois figures réformistes ont eu cette conscience responsable de l’existence de guerre idéologique contre la légitimité de la religion elle-même.
  • Ces trois figures réformistes ont eu une compréhension et un usage dynamiques de la science du Kalâm, dans la mesure où ils ont traité de questions philosophiques et épistémologiques qui se sont présentées à eux sous une forme tout à fait nouvelle.
  • On retient aussi de ces trois figures, a fortiori dans le cas de Mohammed Iqbâl, qu’un intellectuel doit parler le langage de ses interlocuteurs, en clarifiant l’usage des concepts et méthodologies de ceux à qui l’on s’adresse.
  • Al-Afghânî et Mohammed ‘Abduh sont l’archétype de ce que devrait être un Faqîh. Tous deux nous donnent, en effet, une définition beaucoup plus large de ce qu’est un savant. C’est-à-dire ouvert sur son contexte et capable de produire des réponses claires et adéquates aux problématiques du moment, sans se borner aux questions juridiques tournées sur l’individu en matière de licite et d’illicite. Précisons que Moahammed Iqbâl a été considéré plus tard comme l’un des principaux fondateurs de l’Etat du Pakistan.

Dans cette même perspective, depuis un peu plus d’un siècle, les publications relatives au renouvellement de la science du kalam se multiplient, s’accélérant durant les dernières décennies. Les appels à la refondation de cette discipline deviennent insistants, eu égard aux épreuves que traverse la communauté musulmane. A titre indicatif, voici quelques publications sur le sujet : la collection « Questions islamiques contemporaines » a publié un numéro intitulé « L’ijtihâd Al-Kalâmî. Méthodologies et opinions diverses sur le nouveau Kalam » sous la direction du penseur et théologien Abdel-Jabbar Arrifâî, un numéro dans lequel ont publié des intellectuels comme Mahammed ‘Imâra, Mohammed Mujtahid Chabastarî et Hassan Hanafî.

Ce dernier, par exemple, insiste dans ses deux interventions sur la nécessité de renouveler la science du Kalâm, renouvellement déjà entamé dès la fin du XIXème siècle en réaction aux méfaits de la colonisation sur l’intérêt de la communauté musulmane, selon Hanafi, et d’ajouter : « donc la nouvelle science du Kalam est plutôt l’expression de ce que souhaite l’action réformatrice dans le monde musulman (…) et, par suite, elle constitue une nouvelle relation entre le réel politique, le réel social et les intérêts des gens » (p. 24-25).

Il en est de même de l’excellent ouvrage du penseur et théologien Haydar Hobbollah intitulé « La science du Kalam contemporain », où il traite du Kalam chez les théologiens Tabâtabâî, M. B. Assadr et M. Hussein Fadlallah, ainsi que les nouvelles thématiques de la nouvelle science du Kalam.

Publicité
Publicité
Publicité

13 commentaires

Laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Chargement…

0

Cour Pénale Internationale : une nouvelle étape pour la Palestine et pour le droit, une claque pour Israël

La place de l’être humain dans le Projet divin