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Présidentielle 2017 : y aura-t-il un candidat Démocrate Musulman dans la course ?

Précieux sésame dans la véritable course d’obstacles qu’est la présidentielle, les 500 parrainages d’élus sont aussi indispensables que difficiles à décrocher pour les « petits » candidats. Alors que la date fatidique du 17 mars approche à grands pas, Oumma a voulu s’enquérir auprès de Nagib Azergui, fondateur et président de l’Union des Démocrates Musulmans Français, de l’état d’avancement de sa recherche de signatures.

Sous le slogan fédérateur « L’Union fait la France », Nagib Azergui appelle à un éveil urgent des consciences, un préalable essentiel au changement.

Avez-vous bon espoir d’obtenir les 500 parrainages d’élus pour présenter la candidature de Kamel Messaoudi ? Quels sont les obstacles majeurs auxquels vous vous heurtez ?

Le chemin est tortueux pour parvenir à récolter les 500 parrainages qui nous permettraient de nous présenter à ce scrutin. Les règles ont été totalement changées et nous sommes dans l’incapacité de pouvoir comptabiliser réellement les promesses de parrainage, puisque cette année, ce sont les élus qui envoient directement leurs parrainages auprès du Conseil Constitutionnel. Tous ces parrainages seront rendus publics et il va de soi que beaucoup craignent des représailles et sanctions de la part de leur parti.

Bien entendu, il n’est pas chose aisée d’obtenir les 500 signatures dès la première participation à ce rendez-vous, d’autant plus pour un parti comme le nôtre. Les règles pour concourir à cette élection ont été faites de manière à ce que seuls les gros partis puissent en réalité s’y retrouver entre eux, afin de se partager le pouvoir avec un faux-semblant d’alternance. C’est donc un système volontairement cloisonné de l’intérieur.

Nous sommes par conséquent contraints de bouleverser cet ordre établi, car si l’UDMF n’obtient pas ses 500 signatures aujourd’hui, nul doute qu’elle y parviendra tôt ou tard. C’est un travail sur la durée, certes difficile, mais ces épreuves ne doivent jamais avoir raison de notre engagement premier.

Et je dois dire que je suis fier du travail accompli, tout au long de l’année 2016, par l’ensemble des équipes UDMF ! Cette course aux parrainages s’est traduite par la mise en place de comités de soutien pour notre candidat et d’une logistique pour les prises de rendez-vous avec des rencontres initiées avec des élus, et cela partout en Métropole jusqu’en Outre-mer. Pour la plupart d’entre eux, ces responsables politiques ne connaissaient pas du tout l’UDMF et cela a été l’occasion pour nous d’élaborer une vraie campagne de communication à leur intention. C’est l’un des premiers jalons indispensables à poser dans le parcours politique qui nous attend.

Subissez-vous encore la défiance, voire la diabolisation des grands partis et médias mainstream ?

Dès son lancement,  l’UDMF a été attaquée par l’ensemble de la classe politique, depuis Cambadélis nous comparant à des terroristes lors des Départementales de 2015, (accusations peu crédibles au demeurant de la part d’un repris de justice), jusqu’à la droite et son extrême. Et même si ces attaques persistent, les Français ont, d’une manière générale, commencé à s’habituer à notre présence et comprennent progressivement notre approche et notre démarche.

Nous avons eu droit à toutes sortes d’accusations, venues de l’extérieur mais aussi de l’intérieur, avec des trahisons, comme c’est malheureusement la règle en politique. On a pu lire que l’UDMF était une officine de la franc-maçonnerie, une création de l’UDI, l’œuvre des frères musulmans, et même récemment que nous n’existions plus parce que les membres fondateurs et dirigeants auraient quitté le parti. Ces mêmes personnes, colporteurs de « scoop », se sont d’ailleurs approprié les résultats de l’UDMF des régionales de 2015.

Le terrain politique est semé d’embûches, nous le savons, voilà pourquoi nous avons préféré ignorer ces calomnies de bas niveau pour concentrer toute notre énergie dans les combats que nous menons depuis le début. S’arrêter sur ces attaques, en faire l’étalage ne ferait qu’entretenir l’idée reçue selon laquelle les citoyens de confession musulmane ne savent que s’entretuer, au lieu de s’organiser entre eux pour porter un projet politique à maturité et pour le bien commun. Cette vision ferait le jeu des identitaires et des islamophobes qui sont nos réels adversaires.

C’est dans cet état d’esprit que nous avons, tout au long de l’année 2016, déployé des sections sur l’ensemble des territoires français. Nous sommes présents aujourd’hui en dehors de l’Ile-de-France, à Lyon, Montpellier, Agen, Nice, Gex, Rennes, Metz, mais aussi à Casablanca, dans la 9ème circonscription des Français de l’étranger, jusqu’à Mayotte. Et nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin.

Nagib Azergui présentant l’UDMF à Vaulx-en-Velin

Votre parti n’en est qu’à ses prémices, même si sa percée lors des dernières élections régionales, notamment en Seine-Saint-Denis, fut un encouragement à poursuivre sur votre lancée. Pourquoi concourir dès maintenant à la présidentielle ?

Nous avions, dès la création du Parti, annoncé notre intention de nous présenter à tous les rendez-vous électoraux, y compris celui de la présidentielle de 2017. Rares étaient ceux qui pensaient que nous parlions sérieusement.

Beaucoup n’ont pas compris l’essence de notre parti, sa raison d’être et encore moins ses ambitions. On nous a expliqué que nous devrions nous frotter exclusivement à des élections locales très ciblées dans le but de gagner, peut-être, quelques élus, de-ci de-là, comme s’il était impensable de faire les deux.

En réalité, nous comptons aujourd’hui, dans bon nombre de communes, de nombreux élus (majoritairement des conseillers municipaux) issus de l’immigration, comme on aime à le rappeler. Des élus de l’opposition ou de la majorité qui n’ont en réalité pas la possibilité de changer les choses localement et encore moins à l’échelle nationale, puisque ce sont les maires et au travers eux, les grands partis politiques qui les gouvernent, qui ont ce pouvoir.

Il faut aujourd’hui ouvrir grand les yeux et admettre cette triste réalité. Nous ne pesons rien politiquement, ni à l’échelle locale et encore moins à l’échelle nationale.

Il nous faut donc travailler différemment en assumant pleinement ce que nous sommes et en arrêtant d’être des vitrines factices.

S’assumer est une étape déterminante car, étrangement, toutes les listes qui se sont présentées aux élections locales passées, représentées par des citoyens au patronyme “pas très français”, ont toutes été taxées de communautarisme. Et pourtant, elles portaient l’appellation de listes citoyennes.

Certains “stratèges” ont été jusqu’à mettre des personnes considérées par la norme comme “Français de souche” et donc Français légitime, pour éviter de tomber sous le coup de cette accusation de communautarisme. « Communautarisme », ce procédé qui n’est en réalité que le moyen de marginaliser toute tentative de revendications émanant de « Français issus des colonies ».

Il est donc temps de changer durablement notre façon de voir, de penser et de faire. Il est temps de nous affranchir de ces procédés coloniaux qui consistent à nous museler et à nous cacher perpétuellement.

Voilà pourquoi NOUS ne devons plus nous limiter, NOUS ne devons plus nous censurer mais au contraire assumer ce que nous sommes pour devenir enfin de véritables citoyens à part entière et non à part.

C’est donc la raison pour laquelle NOUS estimons être aujourd’hui parfaitement légitimes pour nous adresser à l’ENSEMBLE de la Nation, pour l’intérêt commun et en parfaite cohérence avec nos ambitions de départ.

Vous avez choisi d’être représenté par Kamel Messaoudi qui habite loin de la métropole, à Mayotte. Quels sont ses principaux atouts et qualités pour porter le projet de l’UDMF ?

Kamel Messaoudi, radiologue de 57 ans basé à Mayotte, illustre effectivement parfaitement le combat que porte l’UDMF depuis sa création. C’est un homme engagé sur le terrain depuis de nombreuses années, notamment à Mayotte où il œuvre à sensibiliser les Mahorais sur les difficultés liées à la santé, l’instruction et l’éducation. Il travaille notamment à la rédaction de rapports sur l’état des lieux sanitaires de l’île à destination des parlementaires et des élus locaux. Il est membre élu auprès du conseil de l’ordre départemental des médecins de Mayotte, président de la section veille et prospective auprès du conseil économique, social et environnemental du département de Mayotte. Son engagement et son expérience ne sont donc plus à prouver.

Nous évoquions à l’instant les procédés coloniaux toujours ancrés dans les mentalités et il est regrettable de voir comment les départements d’outre-mer sont aujourd’hui encore relégués au rang de colonie.

C’est un paradoxe qui perdure. Tous les candidats que nous connaissons entretiennent justement un communautarisme primaire dangereux, contraire à l’esprit républicain. Nous avons toujours affaire à une élite oligarchique composée principalement d’hommes “de race blanche”, dixit Mme Morano et “de culture judéo-chrétienne”.

Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Chrétien Démocrate (PCD), fut candidat à la primaire de la droite sans que cela ne suscite des réactions hostiles. Personne ne reproche au PCD de vouloir instaurer la monarchie chrétienne en France ! On voit bien que les mentalités ne sont pas les mêmes lorsqu’il s’agit de l’UDMF, à qui l’on reproche d’emblée de vouloir  « islamiser » la République.

Voilà pourquoi il est temps de changer les mentalités sur ces paradoxes en expliquant aux Français qu’un Kamel Messaoudi, issu d’un parti Démocrate Musulman et vivant à Mayotte, peut être en 2017 le président de tous les Français. Cela ne doit plus choquer personne.

Les législatives, autre scrutin majeur, auront lieu les 11 et 18 juin. Avez-vous trouvé des candidats qui défendront vos couleurs sur l’ensemble du territoire national ? La parité hommes/femmes sera-t-elle respectée ?

Dans le cadre de notre « Tour de France de l’UDMF » entamé il y a tout juste un an, nous avons pu rencontrer des hommes et des femmes qui sont dans le rejet absolu de ce qui s’apparente à la politique. Nous les invitons à réfléchir à la meilleure attitude à adopter. Devons-nous rester des citoyens spectateurs d’une société dirigée par une classe politique discriminante et éloignée des vraies problématiques du pays ? Ou, par la force des choses, devenir acteurs afin de reconstruire une cohésion sociale pour un meilleur avenir commun. Par cette réflexion et ce dialogue de proximité, des candidats émergent, désireux de s’investir pleinement et de porter le projet UDMF sur l’ensemble du territoire national.

Nous y travaillons avec le souci de respecter la parité hommes/femmes bien entendu, parité que nous avons déjà parfaitement respectée lors des élections régionales 2015, en Île-de-France.

Meeting UDMF à Vaulx-en-Velin

L’affirmation de votre attachement républicain et la lutte contre toutes les discriminations sont au cœur de vos priorités. Comment ces deux engagements phares se traduisent-ils sur le terrain ?

Nous sommes en train d’initier un véritable travail pédagogique à l’attention des Français. Nous avons tous été contaminés par des décennies de discours qui ont eu pour effet de pervertir les mentalités et de travestir nos valeurs, ainsi que nos principes républicains. Il faut aujourd’hui décontaminer les esprits et cela commence par un devoir de mémoire pour comprendre notre passé, dans le but de ne pas reproduire les erreurs qui l’ont émaillé, ni de revivre les heures les plus sombres de notre Histoire.

Voilà pourquoi nous avions lancé, dès l’élection municipale de 2014 à Bobigny, le projet de création du tout premier musée dédié à l’Histoire de la colonisation française. Etrangement, il n’existe aucun musée dédié à cette Histoire en France. C’est un déni qui perdure.

Nous avions sélectionné Bobigny, parce que cette commune est un carrefour important et symbolique dans cette Histoire que nous incarnons.

En effet, beaucoup ont oublié que derrière Bobigny, préfecture de la Seine-Saint-Denis, et ses présumés territoires perdus de la République, se trouve d’abord le tout premier cimetière Franco- musulman de la métropole, bâti en 1935. Cet établissement avait été placé sous l’autorité directe de la préfecture de police de Paris en plein débat sur le projet de loi Blum-Viollette, moment où les Algériens, dits “indigènes”  parce que musulmans, étaient privés de la nationalité française en raison de leur religion. Un véritable racisme institutionnalisé.

Tous les patients musulmans hospitalisés sur le reste du territoire y furent acheminés de force et des interrogatoires musclés y furent menés.

Plus de quarante ans se sont écoulés, mais la citoyenneté reste encore un sujet toujours aussi complexe et semble bel et bien être dans l’impasse. Depuis la marche pour l’égalité en 1983 à aujourd’hui, ce principe républicain reste une chimère dans la réalité et cela à cause de tout un tas de discours sectaires et civilisateurs, issus d’un autre âge, qu’il nous faut à présent balayer.

Durant la campagne présidentielle, certains candidats ont même osé parler de l’apport positif de cette colonisation française. Cette position partisane doit TOUS nous alerter et nous mobiliser.

Déjà en 2003, une proposition de loi avait été conduite par des députés de la majorité gouvernementale en faveur de cette «œuvre positive» de la présence française, notamment en Algérie.

Proposition inquiétante, niant une réalité effroyable d’un passé jusqu’ici trop peu enseigné et attisé aujourd’hui par des courants identitaires.

« Avec la triste histoire du jeune Théo, on voit bien que les origines coloniales des pratiques actuelles des forces de l’ordre ne font aucun doute, et ceux qui trouvent que «bamboula» est une expression acceptable en font la démonstration exemplaire », a déclaré récemment l’historien Oliver Le Cour Grandmaison.

Voilà pourquoi notre projet d’un musée de l’Histoire de la colonisation est une nécessité absolue. Un paradoxe que nous voulons lever pour amener enfin notre pays vers l’avenir, à l’heure où tant d’autres ne cherchent qu’à revenir en arrière avec des thèses zemmouriennes.

Et en ce sens, il est aisé de voir que l’UDMF incarne véritablement la modernité et l’esprit républicain.

La France, de tous bords, se targue de préserver l’égalité hommes/femmes. Mais sur le front de l’emploi et dans la sphère politique, des disparités criantes subsistent. Quel regard portez-vous sur cette anomalie française ?

Quand on constate, au sein même de l’Assemblée Nationale, que le peu de femmes ayant un siège (comparativement aux hommes) continuent d’être méprisées, subissent des railleries, des paroles déplacées, et pire encore parfois, par ceux-là mêmes qui votent les lois « en faveur des femmes », on comprend que la grande réforme à mener est celle des mentalités. Nous sommes dans une société profondément machiste qui ne tient pas du tout compte des droits des femmes et se moque de leurs convictions et choix personnels.

Il nous faut aujourd’hui mettre en application les fondements mêmes de nos Républiques, à défaut de les rappeler en commençant par l’article 1 de notre Constitution qui dit : «La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ». Il est temps de sanctionner ces pratiques, en contrant de surcroît ces voyous de la République.

Parmi les préjugés tenaces qui entourent l’islam et les musulmans, le machisme et la soumission des femmes leur sont systématiquement accolés. Que répondez-vous à cela ?

Nous vivons dans un pays où près de 9 femmes sur 10 déclarent avoir été victimes de harcèlement sexiste dans les transports en commun et, comme rappelé précédemment, le machisme est présent jusque dans les rangs de l’Assemblée Nationale. Ce problème comportemental typiquement masculin est fortement présent dans nos sociétés et cultures occidentales, il ne s’agit en aucun cas de pratiques véhiculées par les musulmans de France, me semble-t-il.

C’est une fois de plus le moyen d’islamiser tous les débats, afin de ne pas regarder la réalité en face en lui préférant des clichés bien plus vendeurs sur l’islam et sur les musulmans.

Sur le plan social et économique, quelles sont vos mesures essentielles et contre quoi vous dressez-vous ?

Comme évoqué précédemment, nous continuons à conduire notre projet d’un musée dédié à l’Histoire de la colonisation pour mieux comprendre notre passé et construire notre futur. En parallèle, nous militons également pour la mise en place d’un véritable audit de notre dette publique.

En effet, depuis plus de 9 ans à présent, notre pays est entré, par paliers successifs, dans une crise sans précédent. Alors que nous savons pertinemment que les marchés financiers ont joué un rôle majeur dans son déclenchement, nos politiques ont très vite rejeté ses causes sur le train de vie des Français.

Cependant le PIB, dans notre pays, n’a pas augmenté depuis plus de 20 ans, alors que les coûts du sauvetage de la finance et de la récession ont fait exploser les déficits et donc les dettes publiques. L’austérité, comme unique modèle économique, a clairement démontré ses faiblesses et ne permet pas de traiter le problème à sa source.

Les Français ne sont pas les responsables du poids de notre dette, voilà pourquoi nous exigeons un audit précis de notre dette publique, afin de voir ce qui a été réellement emprunté pour les dépenses des Français et ce qui a servi à la spéculation des marchés. C’est l’un des moyens d’entrer enfin en guerre contre le monde de la finance.

D’autre part, à l’heure où le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer, où les ouvriers se privent chaque jour un peu plus de tout pour pouvoir survivre, où des individus meurent dans la rue, une infime partie de la population continue de vivre bien au-dessus de ses moyens sans se soucier de cette « sous France ». Ceux qui nous gouvernent nous en font justement l’illustration et l’affaire Fillon en est un parfait exemple.

Ironie du sort, ces mêmes candidats osent parler de la mise en place de réformes « courageuses » pour réduire nos dépenses, en se focalisant exclusivement sur la classe moyenne, les travailleurs, les chômeurs, les ménages dans la précarité. Ils s’attaquent « courageusement » en premier lieu à la France d’en bas, car dans l’incapacité de se défendre.

Nous préférons, quant à nous, mettre un frein à ces privilèges qui bénéficient à ceux qui, aujourd’hui, vivent dans un système d’assistanat déloyal en supprimant, par exemple, pour les sénateurs les primes de nuit, même lorsqu’ils ne travaillent pas en heure non ouvrée, et la “prime informatique” de 1 000 euros versée tous les mois, puisque cela ne veut plus rien dire. Et nous exigerons également que la Cour des Comptes puisse enfin avoir un droit de regard sur les comptes du Sénat, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Nous avons publié récemment la réaction indignée de Kamel Messaoudi devant les violences policières subies par le jeune Théo Lukana, à Aulnay-sous-Bois. Observez-vous ces graves dérives avec inquiétude et que suggérez-vous pour les prévenir, voire les enrayer ?

Depuis 2005, avec la mort de Zyad et Bouna et l’embrasement des banlieues, nous pouvons constater, avec la mort d’Adama Traoré et l’affaire du jeune Théo, que rien n’a changé. Nous avons affaire à un déni des violences policières dans notre pays. Nous avons aujourd’hui des élus de la République qui soutiennent et légitiment ces pratiques, au risque de les encourager. Comment enrayer cette dérive ?

Cela commence par la reconnaissance de ces crimes et d’en appeler à des sanctions lourdes, avec une tolérance zéro à l’encontre de ceux qui salissent l’uniforme et ternissent le blason la République. Majoritairement, les policiers envoyés dans les quartiers difficiles sont de jeunes recrues, issues de province, qui arrivent dans ces milieux chargés d’idées reçues sur les habitants qui y vivent, souvent entretenues dans les centres de formation. La tentation d’en découdre et « de mater » ces jeunes de banlieue est forte.

Il est donc temps de mettre en place une véritable politique de formation, d’encadrement, de rémunération à leur égard, incluant des condamnations exemplaires envers ceux qui abusent de leur responsabilité.

Comment analysez-vous le phénomène de « radicalisation » d’une certaine frange de la jeunesse française et quel rôle positif pouvez-vous jouer en la matière ?

La radicalisation des esprits est devenue une tendance dans notre société, stimulée par des discours populistes et discriminants. Cela a conduit à la montée des extrêmes, à la propagation des idées et thèses de l’extrême droite, à des actes islamophobes par des individus qui pensent le plus sérieusement du monde défendre leur patrie contre « une invasion rampante », parallèlement au développement du phénomène de radicalisation chez une jeunesse française désœuvrée, qui se sait être mise à la marge de la société.

Ce radicalisme, qui a conduit à des attentats sanglants depuis 2015, est un phénomène relativement récent. Il a été présenté par des « experts » comme un fait religieux, alors qu’il est surtout l’aveu d’un échec social, ainsi que la résultante d’une stratégie politicienne pratiquée depuis plus d’une décennie, consistant à jouer sur les peurs et le rejet du musulman.

En « islamisant » tous les débats à des fins électorales, nos responsables politiques et médiatiques n’ont fait qu’accroître des sentiments de rejet et d’injustice. Ils ont fait le jeu d’organisations sectaires terroristes, telles que Daesh. Nos politiques ont sciemment joué le jeu de ce groupuscule, en leur offrant les arguments leur permettant de mieux enrôler ces jeunes en perte de repères.

La responsabilité en revient donc au champ politique et non au religieux. Les profils touchent bien plus souvent des jeunes marginaux que des fidèles habitués aux mosquées.

Nous avons eu droit à la théorie de la radicalisation express, aux signes extérieurs permettant de déceler la radicalisation, tels que le fait de faire la prière, de manger halal, de porter une barbe ou un voile et de se rendre à la mosquée… Bref, être ou ressembler à un musulman pratiquant, en somme.

Notre projet consiste donc à contrer cette surenchère qui consiste à vendre à la criée la haine des musulmans, puisqu’elle est clairement une des causes objective de la montée de ce phénomène. Nous devons rappeler sans cesse que les musulmans sont les premières victimes de cette barbarie et que l’idéologie de Daesh est une idéologie morbide, basée sur la mort. Ce groupuscule met en scène la mort et cela n’a rien à voir, ni de près ni de loin, avec l’esprit de l’islam.

Il est temps que cette diversité prenne aujourd’hui la parole et le LEAD pour se faire entendre. La jeunesse des quartiers, notamment, doit à présent devenir actrice et non plus spectatrice des décisions qui se joueront demain dans notre pays. Il est temps d’investir le terrain public, et donc politique, en sanctionnant dans les urnes ceux qui l’ont marginalisée et mise à l’index.

Voici pourquoi le terrain politique est le terrain propice aux changements durables, pour faire en sorte que cette jeunesse, en manque de repères, puisse prendre sa place dans ce pays qui est le sien. A l’évidence, notre République va mal et a besoin de tous ses enfants pour lui venir en aide.

Il est temps de montrer la formidable diversité que nous représentons et son apport considérable à la Nation. Nous avons d’abord payé le prix du sang sur les champs de bataille européens pour défendre le drapeau, avant de jouir du droit du sol, et sommes les descendants directs de ceux qui ont contribué à sa libération et à sa reconstruction.

Aujourd’hui, nous contribuons activement à la vie économique, associative, artistique et culturelle et donc à son rayonnement. Demain, nous le serons également sur le terrain politique.

Voici, donc, ce formidable message d’espoir que nous adressons ici à tous ceux qui se sentent aujourd’hui exclus. Car, nous seuls, savons ce qu’ils vivent et ce qu’ils endurent au quotidien.

Que vous inspire en particulier ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Fillon », et de manière générale, cette culture des privilèges qui fait de la République française une monarchie républicaine ?

L’affaire Fillon nous confirme que le fonctionnement de notre classe politique s’apparente effectivement, comme vous venez de le préciser, davantage à une monarchie avec ses « nobles » et leurs privilèges plutôt qu’à une réelle démocratie.

Evidemment notre Nation a fait du chemin depuis la monarchie chrétienne, la fin de la royauté féodale et de la royauté absolue. Il demeure pourtant des privilèges entretenus par ceux-là mêmes censés incarner l’ordre et l’exemplarité.

Ces privilèges sont une plaie ouverte envers nos devises républicaines et cela nécessiterait de mener une nouvelle révolution envers cette « cour » qui nous gouverne. Pour nous, cette révolution doit se répandre massivement par les urnes, tel un tsunami pour balayer ce régime et ceux qui l’entretiennent.

 Un dernier mot à l’attention des Oummanautes ?

Nous lançons à tous les Oummanautes un appel à la mobilisation et à la responsabilité. Nous savons pertinemment que nous ne pouvons plus rien attendre de la part des partis traditionnels. Passerons-nous notre temps à attendre un candidat providentiel qui nous représentera réellement et qui ne retournera pas sa veste au lendemain des élections, lorsqu’il devra composer avec sa majorité?

Continuer à voter « contre » ou pour le « moins pire » ne sont pas des solutions pérennes. Il faut se lever, se prendre en main, et décider les changements nécessaires en commençant par renouveler les hommes et les femmes qui seront demain pleinement dévoués à l’intérêt général.

Nous profitons de ce passage sur Oumma pour inviter toutes celles et ceux qui veulent changer cette société en marge avec nos valeurs et nos principes républicains, à nous rejoindre et à renforcer l’UDMF.

Notre parti ne fonctionne qu’avec la force et la détermination des bénévoles et nous ne percevons aucune subvention.

Sachez enfin que si chacun d’entre vous choisissait d’adhérer à l’UDMF ou d’y effectuer un don symbolique, nous aurions alors l’assise nécessaire pour avancer plus efficacement et pour assurer sereinement notre présence à chaque rendez-vous électoral. Et c’est avec Vous, AUJOURD’HUI, que se construira la France de DEMAIN !

Propos recueillis par la rédaction d’Oumma

 

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4 commentaires

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  1. Ce sera censuré avec le nouveau système de modération d’oumma.com.

    Les pays musulmans pourraient-ils devenir des modèles par rapport à tout ce qu’un site islamiste reproche au pays qui accueille ?

    L’immigration se fait dans un sens et pas dans l’autre. C’est donc que les musulmans y trouvent un intérêt. Et une immigration trop rapide sans intégration nous mènera à la guerre civile. Il faut donc limiter l’immigration à nos capacités d’intégration.

    “La France de demain” ne devra pas ressembler au Liban d’hier…

    • “guerre civile”… votre texte est intéressant et je le partage, à part cette expression exagérée. Avoir des ghettos n’est pas la guerre civile.
      Vous ne répondez pas vraiment à l’interview de Nagib Azergui. Je trouve qu’il récupère à son compte les attentats récents, il a l’air d’oublier que nombre de terroristes étaient tunisiens, algérien, irakien, marocains, belges également, et donc pourquoi leur plaquer les conséquences d’une politique française ?

  2. Votez Asselineau il est le seul à vouloir faire sortir l’armée des pays musulmans. Sortir de l’euro de l union européenne et de l’OTAN
    Arrêtez les stigmatisation des musulmans en France

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