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Chronique d’un racisme ordinaire contre ces Français entièrement à part

« Et je veux dire aux enfants des quartiers difficiles, quelle que soit leur origine, qu’ils sont tous les filles et les garçons de la République. Nous ne construirons rien de durable sans le respect, nous ne construirons rien de durable si nous laissons monter, d’où qu’ils viennent, le racisme, l’intolérance, l’injustice, l’outrage. Nous ne construirons rien de durable sans combattre ce poison pour la société que sont les discriminations. C’est dans les mots et les regards avec le cœur et dans les faits que se marque le respect auquel chacun a droit » – Président Jacques Chirac https://www.youtube.com/shorts/EA8lpMwRxgU

Résumé

Un drame épouvantable a eu lieu. Le 27 juin 2023, à Nanterre, Nahel, un adolescent de 17 ans, a été assassiné à bout portant par un policier. Quelles que soient les raisons invoquées, elles ne sont pas valables, même si la loi de 2017 est considérée comme un permis de tuer. Encore une fois, le feu mal éteint de la mal-vie des banlieues a trouvé un exutoire.

Pendant six jours, ce fut une explosion de colère qui, il faut le regretter, s’est traduite par des incendies et des pillages qui ont arrangé tous ceux qui, à des degrés divers, avaient intérêt à semer le trouble. Sans être exhaustif, il y a, paraît-il, le commerce de la drogue, les manipulations possibles par des extrémistes téléguidés, et enfin des réfugiés ukrainiens qui, comme cela a été rapporté, seraient payés pour créer le chaos.

Encore une fois, le problème des banlieues s’invite de façon récurrente. Les remèdes apportés par la Gauche ou la Droite ont été totalement inopérants. 

Quant à l’extrême droite, elle compte dans ses rangs une horde de « plus royalistes que le roi », tels que les Zemmour, Bardella ou le dernier venu dans l’hallali mais le plus enragé, l’Egyptien Messiha, né Hosseim Boutros, qui sont tout au plus des migrants de la deuxième génération. Tous veulent une France expurgée de ses émigrés et appellent à l’instauration de l’Etat d’urgence pour se livrer à une Reconquista à l’envers, en tirant l’échelle maintenant qu’ils ont assuré leurs arrières. 

En fait, ces mal aimés que sont les enfants des quartiers dits « difficiles ou sensibles » ont plus que jamais besoin d’encadrement, tant les banlieues où ils sont parqués sont un véritable tonneau des Danaïdes…

L’Algérie, naturellement, n’a pas à interférer dans une affaire franco-française, mais chacun sait que l’émigration peut représenter une réelle chance de créer un pont dans l’égale dignité des deux peuples.

Qui était Nahel, l’ado de 17 ans à la vie brisée par un contrôle routier ?

Le jeune homme est décrit comme un « gars tranquille », au casier judiciaire vierge, bien qu’il ait eu quelques démêlés avec la justice pour des refus d’obtempérer. Sa mort a embrasé les quartiers populaires et braqué tous les regards sur la France. Nahel M., 17 ans, menait une vie semblable à celle de nombreux autres jeunes des cités, entre débrouille et petits accrocs avec la justice.

Il vivait dans une barre d’immeubles de la cité Pablo-Picasso, au pied du quartier d’affaires de La Défense. C’est là qu’ont éclaté les premiers troubles, peu après le tir d’un policier qui lui a été fatal. Dévastée, sa mère Mounia a décrit son fils comme son « meilleur ami ». 

Devant les médias, cette femme douloureusement éprouvée a laissé éclater sa « révolte », tout en refusant de jeter l’opprobre sur l’ensemble du corps policier. Son fils avait, par ailleurs, entamé un « parcours d’insertion » au sein de l’association Ovale Citoyen, dont la vocation première est d’accompagner les jeunes par le sport.

Personne n’en disconviendra, il est fort dommageable que des infrastructures publiques ou privées soient incendiées et que des automobiles, des poubelles, des camions, du mobilier urbain soient détruits. Les dégâts importants ont de surcroît endommagé des lieux de socialisation dédiés aux jeunes. Cependant, ce mouvement n’a pas jailli du néant. C´est un feu mal éteint qui a été brusquement ravivé par une mort violente insupportable. 

En se gardant bien de donner des leçons ou de nous immiscer dans des problèmes franco-français, force est de constater que la mal-vie actuelle des banlieues ne peut pas être réduite uniquement à un problème de dealers, de territoires où la loi de la jungle règne. Il y a certainement des milliers de jeunes qui veulent s´en sortir, se forger un avenir ailleurs, loin des banlieues à l’horizon bouché, bref, qui aspirent à être des citoyens ordinaires, avec des devoirs mais aussi des droits.

« Emeutes raciales » pour les uns, « guerre civile » pour les autres : l’extrême droite, égale à elle-même, donne libre cours à son racisme crasse au grand jour. Elle y voit, pour sa part, des « émeutes raciales ». 

Le pire de la fachosphère s’est mis en ordre de bataille, ses pyromanes de la cohésion sociale s’employant à souffler sur les braises, avec à leur tête le fulminant Eric Zemmour, qui désigne les banlieues comme « des enclaves étrangères [qui] ont encore montré de quoi elles étaient capables : émeutes, attaques, incendies, pillages, saccage des services publics» (1)

La différence avec les émeutes de 2005 : la vidéo accusatrice

Les émeutes qui ont éclaté après la mort de Nahel sont-elles historiques ? Pour rappel, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, déclara lors d’un déplacement dans une cité vouloir « nettoyer la cité au Kärcher et la débarrasser de la racaille ».

Le Dr. Renaud Epstein, professeur de sociologie, a analysé les derniers événements. Tout le monde a immédiatement fait le parallèle avec les grandes révoltes de 2005 : «  En 2005, il avait fallu longtemps avant que la vérité n’éclate sur les circonstances de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois, face aux mensonges des policiers relayés par leur ministre, Nicolas Sarkozy. Là, une vidéo du drame a coupé court à tout mensonge. La question fondamentale, c’est : pourquoi en France, plus que partout ailleurs en Europe, existe-t-il de telles relations de défiance et de violence entre la police et les habitants des quartiers populaires ? (…) »  (2) 

Le nombre de personnes tuées a doublé depuis 2020

Un indicateur important est le nombre de morts suite à des contrôles de police qui auraient mal tourné.

Ivan du Roy et Ludovic Simbille écrivent à ce sujet : « Le constat est accablant Les décès dus à une ouverture du feu des forces de l’ordre ont considérablement augmenté, avec respectivement 18 et 26 personnes abattues en 2021 et 2022, soit plus du double que lors de la décennie précédente. 

« Il y a un an, écrivent Ivan du Roy et Ludovic Simbille, les policiers ont tué quatre fois plus de personnes pour refus d’obtempérer en cinq ans que lors des vingt années précédentes. En cause : la loi de 2017 venue assouplir les règles d’ouverture de feu des policiers avec la création de l’article 435-1 du Code de la sécurité intérieure. « Avec cet article, les policiers se sont sentis davantage autorisés à faire usage de leur arme », estime un commandant de police À cela « vous rajoutez un niveau de recrutement qui est très bas et un manque de formation, et vous avez le résultat dramatique que l’on constate depuis quelques années : des policiers qui ne savent pas se retenir et qui ne sont pas suffisamment encadrés ou contrôlés. Certains policiers veulent en découdre sans aucun discernement. » (3)

« Tout à fait autre chose avec les gendarmes qui font preuve de retenue  : « Au point que les gendarmes s’inquiètent très officiellement de la réponse adéquate à apporter face aux refus d’obtempérer. Tout refus d’obtempérer doit être enregistré avec un minimum de renseignements pour ensuite pouvoir s’attacher à retrouver l’auteur par une double enquête administrative et judiciaire », expliquait la commandante de gendarmerie Céline Morin.

« Pour reprendre une phrase du directeur général de la gendarmerie : « Jamais une poursuite ni une verbalisation ne justifieront de briser une vie. » Si 2021 et 2022 ont été particulièrement marquées par les morts par balles lors d’interventions policières, qu’en sera-t-il en 2023 ? À notre connaissance, Nahel est au moins la huitième personne abattue par des agents assermentés depuis janvier dernier » (3).

1980 : Coluche et les « violences policières »

Est-ce que le racisme est tombé du ciel ? Ou est-ce une donnée structurelle du corps social français dans ses franges extrêmes, au nom du mythe des races supérieures et de la nécessité de tenir d’une main de fer l’indigène algérien, le bougnoule ?

Mutatis mutandis, les banlieues françaises concentrent les laissés-pour-compte de la République et les descendants de la quatrième génération des émigrés, lesquels sont confrontés aux mêmes violences, au même ostracisme, au même racisme.

A l’aube des années 80, Coluche avait eu le courage de dénoncer cette situation : « Nous sommes le 10 mars 1980, Coluche est l’invité du journal de la mi-journée d’Antenne 2. «violences policières». Il souhaitait débattre avec un représentant syndical des forces de l’ordre qui avait décliné l’invitation. (…) Le comédien  dégaine une feuille de papier sur lequel il lit une liste de blessés ou de tués présumés par les forces de l’ordre depuis le début de l’année. Car, «Il faudrait quand même qu’à la fin de l’année, il y ait moins de mort du côté des assassins que du côté de la police. Il ajoute la police « n’a pas un rôle facile en général » ? tout en interrogeant : « Expliquez-moi pourquoi un policier qui fait son devoir tire toujours sur un arabe, en lui tombant dessus par derrière, dans le dos ? Expliquez-moi ce que les policiers foutent dans le dos des arabes avec un révolver à la main, et à chaque fois, il tombe ! Pourquoi ! » Le problème, c’est que les policiers se croient extrêmement couverts (…) Et de conclure : « On a vraiment l’impression d’être attrapé par une bande de brigands quand on va au commissariat. Ça fait peur ! »  (4)

Les émeutes en France et la presse européenne  

Dans les pays voisins, la presse européenne a vu dans les violences qui ont secoué la France durant plusieurs jours l’éruption d’une colère qui couvait depuis longtemps : « Le constat est le même pour le Sunday Times qui décrit une « nation fracturée », où « les relations interraciales sont devenues plus tendues au cours des deux dernières décennies avec l’augmentation de la population immigrée ».     

De son côté, le Frankfurter Allgemeine Zeitung juge la comparaison avec l’automne 2005 « guère rassurante ». Car depuis, les smartphones et les réseaux sociaux ont fait leur apparition. Et « internet attise le feu plus rapidement que ne le pouvaient les images télévisées ». Le journal évoque un mal-être des banlieues, notamment face à la police, déjà décrit dans La Haine, le film de Mathieu Kassovitz sorti en 1995. 

Les pays étrangers s’interrogent sur le modèle social français et l’intégration, la sécurité, ou encore l’affaiblissement du président Macron. L’une des réactions les plus remarquées est venue du chancelier allemand Olaf Scholtz, qui s’est dit « préoccupé » par la situation en France » (5) 

Même les Nations Unies ont réagi : « Le comité de l’ONU a demandé à la France de veiller à ce que l’enquête sur la mort de Nahel soit “approfondie et impartiale”, et appelé à interdire le profilage racial. Il recommande de s’attaquer en priorité “aux causes structurelles et systémiques de la discrimination raciale. Cette situation se “traduit fréquemment par des meurtres récurrents, de façon disproportionnée, dans une quasi-impunité”. (6)

Chronique d’un racisme ordinaire : les Français et le racisme dans la police  

Une plaie qui existe depuis que le monde est monde est le racisme consubstantiel de toute société, que l’on peut définir selon Wikipédia comme suit :  le racisme est une idéologie consistant à hiérarchiser des groupes naturels humains, désignés souvent sous le terme de «races», à partir d´attributs naturels, visibles ou non (physiques, psychiques, culturels, etc.) des caractéristiques morales ou intellectuelles s´appliquant à l´ensemble de ce groupe. Au nom du racisme, il y a eu l´esclavage, la traite des Noirs, le code noir, le code de l´indigénat.

Il est vrai qu´au XIXe siècle, les chantres des races supérieures, tels que Arthur de Gobineau (De l´inégalité des races) Renan et Joseph Chamberlain en Angleterre, entretenaient avec conviction le filon du racisme. Jules Ferry n’est-il pas allé jusqu´à proclamer à l´Assemblée que «les droits de l´homme ne sont pas applicables dans nos colonies» ? Bien plus tard, on aurait espéré une accalmie en France, notamment après la Coupe du monde de football de 1998, arrachée par une équipe de France comprenant  8 joueurs noirs et arabes, il n’en fut rien ! Les «beurs» ont une façon à eux de résumer leur situation en trois phrases: « Tu peux gagner des médailles d´or pour la France, pour les flics tu resteras toujours un macaque. Tu peux gagner la Coupe du monde pour la France, pour les flics tu resteras toujours un raton ».  

Un sondage mené par YouGov pour le « HuffPost », au lendemain de la mort de Nahel, a clairement démontré que le racisme gangrène les rangs de la police. En tout, c’est presque  7 Français sur 10 (67 %) qui considèrent que le racisme est bel et bien présent dans la police. Un chiffre plus haut du côté des électeurs de la NUPES (82 %) et de la majorité présidentielle (71 %), plus bas auprès des électeurs des Républicains (59 %) et du RN (51 %). (7)

A propos du racisme, Mustapha Kessous, journaliste du Monde, nous rapporte quelques faits : « Le ministre de l´Immigration Brice Hortefeux doit me recevoir (…) Je patiente avec ma collègue Laetitia Van Eeckhout dans cet hôtel particulier de la République. Brice Hortefeux arrive, me tend la main, sourit et lâche: « Vous avez vos papiers? » (…) Je pensais que ma «qualité» de journaliste au Monde allait enfin me préserver de mes principaux «défauts»: être un Arabe, avoir la peau trop basanée, être un musulman (…)  j´ai dû effacer mon prénom arabe de mes conversations (…) Au départ, je me rendais seul dans les agences immobilières. Et pour moi – comme par hasard – il n´y avait pas grand-chose de disponible (…) Combien de fois la police  m´a-t-elle contrôlé, y compris avec ma mère qui a plus de 60 ans, plaqué contre le capot de la voiture en plein centre-ville, fouillé jusque dans les chaussettes ?». (8)

Les plus royalistes que le roi 

Comme si cela ne suffisait pas de dénigrer et de livrer à la vindicte populaire les Français issus de l’émigration, y compris ceux de la cinquième génération, il s’avère que des « intellect-cruels », fraîchement français, hurlent plus fort que les loups, en se livrant à une surenchère de solutions radicales pour se débarrasser de ces Français de seconde zone.

Nous avons aussi Jean Messiha, de son vrai nom Hosseim Botros Messiha, un Egyptien né au Caire en 1970 et naturalisé en France en un éclair, qui pousse le bouchon toujours plus loin en écumant les plateaux de télévision. Il est la parfaite incarnation de la haine de soi.

Messiha, ce fils d’un  diplomate  égyptien, un copte « élevé chez les sœurs du Caire », a grandi au Caire, avant d’arriver en France à l’âge de huit ans. Il ne connaissait alors pas un traître mot de français. En 1990, à 20 ans, il est naturalisé français (9)    

« Sur le plateau de Jean-Marc Morandini sur CNews. Une discussion vive oppose Hosseim Botros Messiha à Aziz Senni, président de “Quartiers d’affaires”; elle porte sur l’’émigration et l’égalité des droits. Aziz Senni l’interpelle en lui rappelant ses racines : « C’est un migrant d’Egypte, ancien du parti socialiste, qui vient dire ça ? Si on avait appliqué ce que vous dites à vos parents, vous ne seriez pas assis là à défendre quelque chose qui vous dépasse (…) Vous en faites trop ! Votre histoire, votre parcours, d’où vous venez… Et aujourd’hui, vous arrivez pour donner de la morale sur des sujets qui vous dépassent. Soyez un peu plus humain”, “Je paye plus d’impôts que vous… C’est méprisant ce que vous dites. Qu’est-ce que vous apportez à la France ? C’est scandaleux (…) Vous venez me cracher à la figure ! Vous ne servez à rien, vous êtes un parasite Monsieur » (10)

Jean Hosseim Messiha aime multiplier les propos polémiques, racistes, il invente de nouveaux concepts aux relents nauséabonds, comme le « Français de souche par naturalisation » ou encore  « Arabe à l’extérieur, français à l’intérieur ». Pourtant, d’après le sens qu’en donne l’INSEE, c’est toujours un immigré ! 

Il se dit, sans avoir la frousse des mots, « Souverainiste », à l’instar d’un Gaulois résistant à Alésia. Il affiche crânement des positions radicales sur l’immigration et l’islam, qu’il juge « incompatible avec la République». Il n’hésite pas à parler du « grand remplacement ». 

Prenant de court l’extrême droite, Jean Hosseim Messiha, ce personnage abject, a poussé l’indécence jusqu’à lancer une cagnotte pour soutenir Florian M., le policier responsable de la mort de Nahel, dont il salue le mérite en ces termes : « il a fait son travail et en paie aujourd’hui le prix fort ». 

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Cette cagnotte de la honte a dépassé les 1,5 millions d’euros, ce qui donne une idée de la puissance des adeptes d’un racisme assumé. La cagnotte pour la mère de l’adolescent n’a pu recueillir, elle, que 200.000 euros ! Aux dernières nouvelles, la somme de 1,6 million d’euros a été remise a la femme du policier, aujourd’hui sous les verrous, en détention provisoire. En définitive, on peut penser que le crime paie…

Un autre boutefeu est Jordan Bardella. Fils d’Olivier Bardella, le jeune et très ambitieux président du Rassemblement national, grand pourfendeur de l’immigration, est lui-même issu d’un foyer d’origine italienne. Mieux encore, le père de sa grand-mère paternelle (Réjane Mada), était algérien. Il s’appelait Mohand Seghir Mada et était venu en France dans les années 1930 pour travailler dans le bâtiment à Villeurbanne. 

 Jordan Bardella

N’ayant pas de diplômes universitaires, Jordan Bardella s’est investi très tôt dans la politique, dès 2012. Il a gravi les échelons de manière fulgurante, jusqu’à se hisser au sommet du RN, ex-FN créé par Jean-Marie Le Pen, en misant sur la diabolisation des émigrés, de l’Islam et naturellement de l’Algérie ! Un juteux fonds de commerce…

On sait enfin que le lobby franco-sioniste, dépositaire du monopole sur les médias, impose sa doxa au Parlement  français, afin de réduire au silence toute forme de contestation politique ou sociale en France : « Zemmour aurait pour mission de maintenir à flot l’indispensable haine du Musulman et de l’Arabe, en en traçant la parfaite caricature. En transposant sur l’Islam la propagande des années 20 et 30, avec l’objectif d’aplanir la voie vers l’État d’urgence, puis la loi martiale » (11)

Les causes du mal-être. D’abord le racisme, ensuite la mal-vie économique

On aura tout dit sur les banlieues, la drogue et l’islamisme. On ne peut pas le nier. Mais est-ce que les banlieues, ce n’est vraiment que ça ? 

Le sociologue Michel Kokoreff, spécialiste des quartiers populaires, considère que « la colère des quartiers populaires est légitime, au regard des conditions socio-économiques de leurs habitants, des relations tendues avec la police et du racisme subi. Il montre la seule sortie de crise possible : revenir sur l’article de loi de 2017 permettant un usage facilité des armes à feu par les forces de l’ordre. Il explique que « les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les problèmes sociaux sont toujours les mêmes et s’accumulent. La pauvreté, le chômage, la précarité, l’échec scolaire et la déscolarisation sont des causes structurelles, auxquelles se superposent des causes ethnoraciales, avec ce sentiment d’exclusion, le racisme, l’islamophobie, les discriminations de tous ordres, notamment les contrôles discriminatoires dits au faciès ». (12)   

Les banlieues ne croulent pas sous l’argent public   

Vincent Grimault est catégorique : Non, les banlieues ne croulent pas sous l’argent public !

« L’extrême droite, écrit Vincent Grimault, dénonce un supposé traitement de faveur dont bénéficieraient les banlieues. Ces gens-là sont gorgés – je dis bien gorgés – d’allocations sociales et de privilèges de toutes sortes. » Interrogé sur les révoltes dans les banlieues, Eric Zemmour a profité d’un passage sur Cnews pour enquiller des contre-vérités… »  

Pour Renaud Epstein, professeur de sociologie politique : «  En 2005 comme aujourd’hui, les facteurs de révolte étaient et restent multidimensionnels. On peut observer qu’il y a un contexte commun qui est la situation socio-économique très dégradée des quartiers et une étincelle commune causée par la mort de jeunes de ces quartiers lors d’une intervention policière… « Aucune politique ne sera légitime dans les banlieues tant qu’on n’affrontera pas le racisme et les discriminations » (13)

Dans cette droite ligne, comme rapporté par le journal le Monde : « Le rang des enfants dans la distribution des revenus de leur cohorte y est fortement corrélé au rang de leurs parents.  Une partie de l’explication est à chercher du côté des inégalités d’accès à l’enseignement supérieur. Seuls 35 % des jeunes dont les parents appartiennent au décile le plus bas de la distribution des revenus accèdent à l’enseignement supérieur, ce taux monte à presque 90 % parmi les jeunes dont les parents sont dans le décile le plus élevé ».  (14) 

Les lanceurs d’alerte se heurtent à l’autisme de la République

Il ne faut pas croire que ces émeutes sont spontanées. Le terreau est connu, c’est celui de la mal-vie et de la désespérance de tous les instants, émaillées de contrôles au faciès quotidiens, l’une des humiliations ordinaires gratuites… 

« J’ai été accusé, écrit Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID, d’exagérer lorsque j’ai évoqué le basculement de la France. Où va la France? Aujourd’hui, on le sait mieux. Vers l’explosion sociale, vers son inévitable répression policière puisque la fermeture des canaux démocratiques contraint la protestation à la violence émeutière, et vers l’instauration d’un régime paresseusement qualifié d’«illibéral  Tout cela était prévisible et fut prévu, comme était attendu l’embrasement des quartiers populaires. Les paroles d’apaisement furent vaines. Car la mort de Nahel, loin d’être une simple bavure, était programmée. Elle est la conséquence mécanique de la démission du pouvoir politique, depuis trente ans, sous la pression corporatiste de la police qui n’a cessé de s’affranchir des règles de l’Etat de droit bien que lui ait été concédée, de gouvernement en gouvernement, une kyrielle de lois liberticides, jamais suffisantes, sous couvert de lutte contre le terrorisme, l’immigration et la délinquance. Jusqu’à la réécriture de l’article 435-1 du Code de la sécurité intérieure, en 2017, qui assouplit les conditions d’emploi des armes à feu par les forces de l’ordre » (15).

 « Annoncé, le résultat ne se fit pas attendre. Le nombre des tués par la police a doublé depuis 2020 par rapport aux années 2010. Le plus souvent pour «refus d’obtempérer à un ordre d’arrêt» :cinq fois plus de tirs mortels dans ces circonstances. Nahel est mort de cette modification du Code de la sécurité intérieure » (souligné par nous). Comme l’ont démontré depuis des années nombre de chercheurs, la violence policière est devenue la règle dans les «quartiers», et le refus des autorités politiques de prononcer ce vilain mot aggrave le sentiment d’injustice. Oui, la France bascule. Nul doute que l’explosion sociale dans les banlieues accélérera le mouvement.  Le climat politique en France en est bien là (…) »   (15)  

Qu’est-ce qu’être Français au XXIe siècle ?

En définitive, est-on français par le droit du sang, en remontant jusqu’à Vercingétorix, ou du sol ? Dans ces conditions, nombre de citoyens français nés « ailleurs » ne le sont pas ! 

A moins de rappeler que la France est un pays chrétien, de race blanche, qui admet à dose homéopathique les candidats à la nationalité, surtout s’ils sont blancs et, mieux encore, de religion chrétienne. 

Dans une déclaration oubliée par Marine Le Pen, son père Jean-Marie déclarait le 28 janvier 1958, à l’Assemblée Nationale.: « Ce qu’il faut dire aux Algériens, ce n’est pas qu’ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d’eux.(…) J’affirme que dans la religion musulmane rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire, sur l’essentiel, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale. D’autre part, je ne crois pas qu’il existe plus de race algérienne que de race française Vous êtes la jeunesse de la Nation? »  

Véronique Anger, parlant de la notion de souche, abonde dans ce sens : « Cette expression ‘de souche” me fait doucement rigoler car si les Français qui se prétendent ‘de souche” avaient la curiosité -ou l’honnêteté- de rechercher leurs origines ethniques dans un test ADN, ils seraient nombreux à tomber des nues en découvrant qu’ils ont du sang coloré dans les veines… Dans le monde d’aujourd’hui, notre conception « ethnique » de la nation, qui repose sur l’idée que les Français « de souche » partagent des racines communes (ethniques, religieuses, culturelles…) est non seulement une illusion, mais un concept d’un autre âge. Il serait temps d’en prendre conscience et de transmettre l’idée qu’une Nation se forge aussi de manière « élective ». Rappelons-nous que tous les citoyens français sont libres et égaux devant la Loi (mêmes droits, mêmes devoirs) et qu’on peut être Français sans avoir à rougir de ses origines, ni à nier les différences liées à sa culture ou sa religion.» (16)

Conclusion   

Les paroles de compassion de Jean-Michel Apathie sont plus éloquentes que cent discours : « Nous connaissions l’existence du fossé, mais nous nous abstenions de trop le regarder. Ce gouffre porte un nom, ou plutôt un prénom,: Nahel. (..)  Nous savons depuis des décennies que des jeunes Français, issus de cette histoire singulière que nous nommons immigration, peinent à trouver leur place dans la société. Louer un appartement quand on porte un prénom venu d’ailleurs est difficile, parfois impossible. Combien de jeunes qui n’ont pas la peau blanche ont raconté leurs expériences quotidiennes, le tutoiement dans l’interpellation, « tes papiers, s’il te plaît », une fois, deux fois, trois fois dans la journée, quinze fois dans la semaine ? Jamais, nous qui avons la peau blanche, nous ne nous demandons ce que ça fait d’être méprisé. Trop de quartiers à la périphérie des villes se structurent autour du trafic de stupéfiants. Grandir avec autour de soi la délinquance comme une seconde peau fabrique une mentalité de ghetto. L’échec est patent : des millions de personnes consomment des produits théoriquement interdits. Ce refus de l’admettre fait prospérer une économie souterraine qui enferme et effraie ceux qui, dans ces lieux maudits, voudraient vivre dignement et honnêtement.   Et pourtant, nous les abandonnons   Les violences qui en résultent ne doivent ni ne peuvent être acceptées. Il faudra s’occuper du fossé et ne pas s’en détourner   comme nous le faisons depuis si longtemps »  (17) 

Dans le même ordre, je veux donner la parole à ces forgerons de la fraternité humaine. Dans une belle lettre à sa fille Le prix Nobel Jean-Marie Le Clezio à sa fille, dans laquelle il explique, en creux les racines de la mal-vie des Français musulmans: «J’entends dire qu’il s’agit d’une guerre. Sans doute, l’esprit du mal est présent partout, et il suffit d’un peu de vent pour qu’il se propage et consume tout autour de lui. Mais c’est une autre guerre dont il sera question, tu le comprends: une guerre contre l’injustice, contre l’abandon de certains jeunes, contre l’oubli tactique dans lequel on tient une partie de la population en ne partageant pas avec elle les bienfaits de la culture et les chances de la réussite sociale. Le premier souffle de vengeance qui passe les a embrasés, et ils ont pris pour de la religion ce qui n’était que de l’aliénation. (…) Il faut remédier à la misère des esprits pour guérir la maladie qui ronge les bases de notre société démocratique.»(18.).

Toutes les sociétés humaines sont, à des degrés divers, racistes. Il n y a donc pas donc de singularité française en la matière. Il n’y a pas de sociétés indemnes de cette haine qui nous vient du fin fond de l’humanité. Nous l’avons vu récemment avec les ultras des sociétés nordiques, où il est permis de brûler le Saint Coran en toute impunité.

La Révolution de 1789, en son temps, fut une aventure humaine comme lhabeas[AC1]  Corpus, en consacrant les droits de l’Homme : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. 

Il est vrai que la lepénisation des esprits, voire les actuelles zemmourisation et messihasation des esprits, aussi ignobles les unes que les autres, ont travaillé le corps social français pour le convaincre que les problèmes cruciaux de la société française viennent des mélanodermes des Arabes, responsables de tous les maux. D’autant que leurs discours fielleux et leur démagogie de caniveau ne poursuivent qu’un seul but :  s’emparer du pouvoir, et en aucun cas proposer un projet de société œcuménique.  

Le bon sens commanderait de revenir urgemment à ce que préconisait le président Chirac : Réconcilier le corps social par le respect mutuel, la dignité et surtout l’écoute afin de répondre aux détresses et faire de ces Français entièrement à part, des Français à part entière.  

La France a développé un melting-pot où, en théorie, les citoyens qui respectent les lois de la République pourraient s’épanouir, n’était ce racisme institutionnel entretenu. L’immigration constituée par les Français d’origine algérienne et de confession musulmane devrait faire de cette double appartenance un trait d’union et développer une visibilité non pas en tant que beurs, mais en tant que Français à part entière, avec des devoirs et des droits.

Des Français portant fièrement leurs origines, à l’instar des Polonais, Italiens, qui ont toujours eu un ancrage apaisé dans l’Hexagone, afin d’en faire un vecteur culturel, susceptible d’enrichir leurs deux pays.

Professeur émérite Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique

 

Notes :

1.https://www.liberation.fr/politique/mort-de-nahel-du-rn-aux-neonazis-on-denonce-des-emeutes-raciales-20230629_THW5NGR5CFAEHBDKVCFFSLQRB4/  29 juin 2023  

  1. Valérie Lehoux https://www.telerama.fr/debats-reportages/mort-de-nahel-m-la-difference-avec-les-emeutes-de-2005-ce-sont-les-images-7016244.php 30 juin 2023 

3.du Roy,LSimbille https://basta.media/Refus-d-obtemperer-le-nombre-de-personnes-tuees-pa

4.https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/coluche-violences-policieres-police-manifestation  

5.https://www.letemps.ch/opinions/revues-de-presse/face-aux-emeutes-en-france-la-presse-europeenne-fait-une-comparaison-guere-rassurante-avec-2005#

6.https://www.trtfrancais.com/actualites/nahel-un-comite-de-lonu-demande-a-la-france-dinterdire-le-profilage-racial-13942934

7.https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/racisme-dans-la-police-pres-de-7-francais-sur-10-estiment-qu-il-existe-sondage-exclusif_220232.html

8.Moi, Mustapha Kessous, journaliste au Monde victime du racisme. Le Monde 23 09 2009
9.https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Messiha 

10.https://www.jeanmarcmorandini.com/article-514111-jean-messiha-violemment-pris-a-partie-dans-morandini-live-hossam-messiha-migrant-d-egypte-qui-tient-ces-propos-c-est-pas-credible-et-vous-venez-nous-cracher-a-la-figure-vous-etes-un-parasite-video.html

11.https://www.tsa-algerie.dz/emeutes-en-france-letrange-agenda-deric-zemmour

12.http://lecourrier-dalgerie.com/elle-instrumentalise-le-drame-nahel-pour-sattaquer-aux-immigres-lextreme-droite-souffle-sur-les-braise

  1. https://www.alternatives-economiques.fr/renaud-epstein-aucune-politique-ne-sera-legitime-banlieues-tant/00107562 08/07/2023

14.https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/04/22/le-constat-sans-appel-de-l-etendue-de-l-inegalite-des-chances-en-france-devrait-provoquer-un-electrochoc_6170607_3232.html

15.Jean-François Bayart https://www.letemps.ch/opinions/debats/on-sait-mieux-ou-va-la-france     04 juillet 2023 

16.http://veroniqueanger.blogspot.com/2009/07/racisme-ordinaire.html

  1. http://opr.news/20631b0d230702fr_dz?link=1&client=news
  2. Le Clezio.http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/01/14/lettre-a-ma-fille-au-lendemain-du-11-janvier-2015-par-jmg-le-clezio_4556225_3260.html#oU8l6XPCJ2r52FRV.99

 

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6 commentaires

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  1. Mery je trouve que vous êtes trop complaisant avec un policier qui déjà est impliqué dans une affaire d’exhibition ( on se demande comment ça se fait qu’il fait encore partie de la police, mais faut pas être surpris quand on sait que darmanin est encore en place alors qu’il est impliqué dans une affaire de viol) . Il n’y a pas de racisme dans la police française ? Ce n’est pas l’avis de l’onu, des médias européens et même le gouvernement américain qui a sermonné la macronie. Expliquez moi pourquoi le policier a tiré à bout portant sur quelqu’un qui était désarmé à moins d’1 mètre de lui.
    Pierre palmade, qui a causé le mort d’un bébé, blessé gravement 2 personnes et qui a détruit une famille sous l,’emprise de l’alcool et des stupéfiants lui n’a comme par hasard pas été abattu, de même que le fils d,’eric zemmour qui a renversé 2 personnes en conduisant en état d’ivresse et bien eux comme par hasard n’ont pas été abattus, je vous laisse deviner la raison ( et pourtant ce qu’ils ont fait est bien plus grave que conduire sans permis)
    En tout cas, j’imagine que Poutine et le régime des mollasson en Iran ( ce ne sont pas des anges je tiens à le préciser) doivent bien se marrer . L’image de la France qui se dit ” pays des droits de l’homme ” et qui donne des leçons à certains pays ( mais pas d’autres) est fortement entachée, il n’y a qu’à voir le sentiment anti français de plus en plus persistant en Afrique.

  2. C’est toujours triste la mort d’un enfant, mais si la France était raciste, nous aurions un pouvoir raciste, pas d’immigration, et sûrement pas de zone de non droit.
    Le problème dans cette triste affaire Nahel, c’est que pour les musulmans son comportement était normal, et non pas délinquant.
    C’est le problème le plus important !

  3. Tant que nous ne parvenons plus à intégrer, il est nécessaire de limiter l’immigration. Celle-ci ne fait qu’aggraver les problèmes, une contre-société s’installe chez nous.
    Nous avons assimilé des Italiens, des Polonais, des Arméniens, des Portugais etc. Mais eux étaient proches de nous culturellement.

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