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Peuple de France, réveille-toi !

Certains de tes enfants ont décidé il y a 70 ans que d’autres parmi leurs frères et sœurs n’étaient pas de toi. Ils les ont livrés crapuleusement à la mort en leur collant une étiquette. Bien qu’ils aient eu en eux tous le même ADN que toi, ils étaient, à leurs yeux, devenus tout d’un coup exclusivement juifs. Leur seul "tort" était celui-là.

Et ton cas était loin d’être singulier en Europe. Cette Europe – qui se targue aujourd’hui d’être judéo-chrétienne – n’était, alors, pas chrétienne. Encore moins juive. Elle était anti-juive. Le juif, dont les noms d’oiseau dans la langue courante étaient plus que monnaie-courante, va subir une nakba – qui est des pires que l’humanité ait connues.

N’oublie pas ! S’il te plaît, n’oublie pas ! Tu es trop intelligent pour oublier pareille catastrophe. Tu portes en toi pour toujours les stigmates de ce lourd et monstrueux passé. Réveille-toi, s’il te plaît.

Musulman ou Rom, il faut sans cesse se justifier

Ça recommence. Le juif d’aujourd’hui est aussi musulman et Rom. Comme autrefois, il ne fait pas bon d’être musulman, ni Rom. On est ou voleur potentiel, ou terroriste potentiel. On n’a plus le choix. Sans cesse on doit se justifier.

Le voleur, parmi tes enfants, le serait parce qu’il est Rom, musulman, arabe ou noir. Le terroriste ne saurait être que musulman. Voilà ce qu’on est de nouveau en train de faire d’une partie de tes enfants. 

Mais, comment appellera-t-on la catastrophe qui s’organise contre eux ? Déportation. On étudiera, sans doute, alors, dans 70 ans, la déportation des musulmans. Les gares risquent cependant d’être multiples. Les ports aussi. J’allais oublier les aéroports et les stations de tramway et de bus. Parce que tes enfants de confession musulmane sont plus de six millions. C’est-à-dire ton dixième.

Où les enverra-t-on ? Aux bleds. Aux pays d’origine de leurs parents. Ce sont eux qui auraient cela dans les gênes.

Je t’écris une lettre d’amour, à toi, rien qu’à toi

Au moment où certains intellectuels, parmi tes enfants, envoient des courriers au monde musulman, je t’écris, moi un de tes enfants adoptifs, une lettre d’amour, à toi, rien qu’à toi. Parce que je t’aime et parce que j’ai foi en ta capacité de changer le monde, comme tu l’as fait il y a un peu plus de 200 ans.

Ta révolution ne s’est pas arrêtée aux frontières de la France. Elle a servi et continue de servir de modèle partout où un désir de changement politique et de liberté s’opère. Aussi longtemps que l’homme peuplera la terre ta révolution lui servira de modèle. C’est donc à ce point que je t’estime. C’est donc à ce point que je t’admire.

Tu n’es pas seulement 65 millions de personnes, tu es le monde, car ce que tu fais résonne dans les moindres recoins de la planète. Tel est ton destin, tu ne peux guère le changer.

Tu te souviens de l'affaire Dreyfus

Peuple de France, tu sais que tu n’as jamais été "monosanguin". Tu es un creuset qui a toujours su amalgamer les différentes vagues migratoires qui t’ont constitué. D’aucuns exigent aujourd’hui, pourtant, qu’il faut qu’une de tes vagues migratoires cesse d’être elle-même pour que tu l’acceptes parmi les tiens.

Feignant d’ignorer ton passé, ils te présentent comme exclusivement judéo-chrétien. Quelle hypocrisie ! Cette expression aux temps de l’affaire Dreyfus aurait sans doute suscité un tollé, puisqu’un juif était considéré comme le responsable de la défaite de la nation française face à l’Allemagne.

Tu t’en souviens, je n’en doute pas. Un de tes enfants épris de justice et soucieux du bon vivre ensemble de tous tes enfants, quelles que soient leurs confessions et leurs idéologies, publia, au reste, son "J’accuse… !", afin que ne soit pas condamné l’innocent qu’était le jeune capitaine Dreyfus.

Le même publia avant cet article son "Pour les juifs", non sans chercher à faire en sorte que les citoyens de confession juive puissent pleinement jouir de leur citoyenneté.

Cela est à peine vieux de plus d’un siècle.

L’homme se déshumanise de jour en jour

Comme autrefois, ce qui exacerbe cette tension c’est une crise économique. Mais pas seulement. Il est vrai que la peur de perdre son emploi et de se retrouver du jour au lendemain sans toit rend tout le monde nerveux, rend tout le monde extrêmement sensible. Cette surnervosité et cette sursensibilité viennent surtout de ce que tout est mercantilisé, même la vie.

L’homme se déshumanise de jour en jour. Nous avons réussi à rendre le monde avide de réussite matérielle. Nous ne possédons plus, mais sommes possédés.

Nos enfants sont aujourd’hui éduqués dans un monde dont les codes leur sont moins connus que ceux du monde virtuel. Nous ne sommes plus aussi réels que les personnages des jeux vidéo. Mais c’est une réflexion qui mériterait d’être développée ailleurs.

Je voudrais seulement dire qu’aujourd’hui pour une bête la pire des insultes serait d’être traitée d’homme.

Nous nous drapons dans des considérations

C’est donc une crise morale profonde que traverse le monde. Sauf qu’au lieu de le reconnaître, nous nous drapons dans des considérations, pour certains religieuses, pour d’autres nationalistes, pour d’autres encore civilisationnelles.

Les hommes étaient, hier, séparés les uns des autres par la distance, au point d’ignorer l’existence de leurs semblables sur la même planète. Et quand ils se découvraient, les uns, parce qu’une machine les avait déclarés forts, exploitaient voire tuaient les autres. Le désir de domination propre à tout homme s’en trouvait ainsi exaucé, chez les premiers, tandis que chez les derniers se développait un autre désir humain, non moins puissant, celui de la vengeance. Et selon les temps et les humeurs, les hommes se rangent dans un groupe ou dans un autre.

Aujourd’hui, ils se sont découverts mais ne se supportent plus. Des alliances se font par certains pour être plus forts que d’autres. Une identité est née – qui divise le monde en deux pôles, celui des nantis et celui des démunis. Le problème est que depuis toujours et pour toujours dans toute organisation humaine se trouvent des pourvus et des dépourvus, des grands et des petits, des plus clairs et des plus foncés. 

Peuple français, tu oublies vite

Il en est des hommes, comme d’une meute de chiens, ils se "bouffent" entre eux, s’ils n’ont rien à se mettre sous la dent. Leurs identités se font et se défont selon les circonstances.

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