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Nous resterons unis même si cela dérange Manuel Valls

« L'Observatoire de la laïcité – qui est placé sous ma responsabilité – ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité. Il doit être clair sur les appels que l'on signe: on ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant d'un climat (nauséabond), ça n'est pas possible. » Ces mots sont prononcés par Manuel Valls, le Premier ministre de la république, devant le CRIF. Oublions les critiques contre Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, qui, au passage, n’est pas sous la responsabilité du Premier ministre contrairement à ce qu’il a affirmé. Parce qu’au-delà de Bianco, Valls s’attaque au collectif #NousSommesUunis.

Qu’est-ce que ce collectif ? Tout est parti le soir du 13 novembre d’un simple hashtag, #NousSommesUnis, lancé par Samuel Grzybowski, fondateur est ancien président de l’association laïque et interconvictionnelle "Coexister", dont je suis moi-même membre actif. Le samedi, comme le rappelle Samuel dans une tribune, le hashtag #NousSommesUnis est devenu le deuxième hashtag sur twitter. Vu le succès du hashtag qui a visiblement touché des millions de français, Samuel décide d’écrire un texte qui appelle à :

1.      L’établissement d’une ligne rouge à ne pas franchir : celle de la division programmée par nos adversaires djihadistes; 

2.      Un appel à l’action autour des organisations de la société civile, seules capables de tisser les liens d’une véritable coopération active sur le terrain ;

3.      Une injonction à la fraternité, conclusion de notre devise républicaine, valeur trop souvent écartée du débat public.[1]

Un texte bref qui n’appelle qu’à une chose : l’unité de tous les citoyens. C’est ainsi que des organisations, des acteurs associatifs, des intellectuels, des députés, etc., touchés par le message du fondateur de Coexister, ont décidé de signer la tribune (sans oublier les milliers d’anonymes qui l’ont, eux aussi, signée). Pour ne pas laisser ce beau message tomber dans les oubliettes de l’histoire, les signataires ont jugé nécessaire de créer le collectif #NousSommesUnis. Aujourd’hui, le collectif compte 28 organisations.

Qu’est-ce qui a pu déranger Manuel Valls dans cette démarche salutaire dont l’unique but est l’unité de tous les citoyens par-delà leurs convictions ? Est-ce le message de cohésion nationale qui devait être l’une des préoccupations principales du Premier ministre ? Est-ce l’appel à l’union et au refus de la division ? Loin de tout ça. En tout cas je l’espère.

En vrai, il se trouve que parmi les signataires, il y a le CCIF (Coordination contre l’islamophobie en France), une organisation qui, comme l’indique le nom, lutte contre le racisme anti-musulman (comme d’autres luttent contre le racisme anti-juif, anti-noir, etc.). Et c’est là tout le problème, parce qu’après tout, les islamophobes ne veulent pas qu’on les inquiète, d’où la diabolisation permanente de cette organisation que les gourous de ceux qui ont attrapé le symptôme de la défaillance intellectuelle, comme Mohamed Sifaoui, stigmatisent en la traitant d’organisation « islamiste » (un terme que je n’aime pas, mais bon).

Si ce qui dérange Manuel Valls, c’est le fait qu’une organisation française, qui s’occupe de problèmes des Français et qui se lève lorsqu’une personne est attaquée, agressée, stigmatisée uniquement à cause de son appartenance religieuse, qu’une telle organisation appelle à l’unité de tous les Français, si c’est seulement cela qui dérange notre Premier ministre, je me dis qu’il y a de quoi être inquiet.

Toutefois, nous vivons dans un pays où le débat public fait partie de ce qui caractérise la beauté de notre démocratie. Et j’en profite pour poser quelques questions : depuis quand le Premier ministre, qui est censé être le ministre de tous les Français, peut dire qui est ou non le bon ou le mauvais Français ? Le CCIF a au moins le mérite d’être une organisation qui s’occupe uniquement des Français. Qu’en est-il du CRIF, là où Valls a tenu ses propos indéfendables ? Comment interpréter le fait que notre cher Premier ministre n’a jamais dénoncé le CRIF lorsque ce dernier soutient, ici en France, la politique de nettoyage ethnique que mène l’État d’Israël ? (Oui je sais qu’il est fidèle à l’État Hébreu, comme il l’a dit lui-même). Notre cher Premier ministre n’est-il pas un homme de gauche qui doit se battre pour la justice et l’égalité sociale ? Comment peut-il se rendre auprès d’une organisation qui soutient un État qui colonise des terres qui ne lui appartiennent pas ? Entre le CCIF, qui s’intéresse uniquement aux problèmes des citoyens français, et le CRIF qui soutient la colonisation d’un pays, et un Premier ministre qui se rend en Arabie Saoudite pour leur vendre des armes, mon choix est vite fait.

Mais au-delà de cette histoire, ce qui m’inquiète est le fait que Manuel Valls n’a visiblement aucune idée de ce que veut dire la laïcité. Qu’est-ce que la Laïcité ? « Dans le rapport qu’il a consacré en 2004 à la laïcité, le Conseil d’État souligne que celle-ci ‘‘doit à tout le moins se décliner en trois principes : ceux de neutralité de l’État, de liberté religieuse (et pas seulement liberté de conviction comme le disent souvent les laïcistes) et de respect du pluralisme. » (Jean-Marie Woehrling, « Laïcité, Neutralité », in, Francis Messner, Dictionnaire de Droit des Religions, CNRS, 2010, p.436). Le premier principe de la Laïcité, comme l’a affirmé le Conseil d’État, est celui de neutralité de l’État. Or, en s’en prenant à une organisation pour l’unique raison de la conviction religieuse de ses membres, Valls trahit l’essence même de la laïcité. En plus, pour notre Premier ministre, c’est l’observatoire de la laïcité qui dénature la réalité de cette laïcité. (LOL)  Où es-tu Aristide Briand ? Pitié, reviens, Valls devient fou !

En tant que membre actif de Coexister (Coexister Strasbourg pour être plus précis), qui est à l’origine du collectif #NousSommesUnis, j’exalte la dignité et l’humanisme de toutes ces personnes qui ont jugé nécessaire de se retrouver ensemble pour porter un message clair et net :  Nous qui vivons en France, peu importe notre nationalité, nous qui sommes de convictions différentes, nous refusons de tomber dans le piège de Daech qui veut nous diviser. Puisque l’union fait la force, nous nous battrons tous ensemble pour que l’esprit du 11 janvier ne soit pas uniquement un sursaut républicain que l’on vantera dans les livres d’histoire. L’esprit du 11 janvier prouve que nous pouvons être unis, et que Manuel Valls le veuille ou non, #NousSommesUnis et nous resterons unis. 

Tel est le message du collectif qui se résume dans ce paragraphe de la tribune : « Un piège nous est tendu ! Nous devons refuser d’y succomber ! La division, la délation, la stigmatisation sont au cœur de ce piège sournois. Chaque fois que nous tentons hâtivement de désigner des responsables de ce crime dont seuls les auteurs sont coupables, nous tombons dans le piège d’une division programmée et orchestrée. »[2]

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