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Les musulmans à l’heure de la Gauche

La victoire du Parti Socialiste signe-t-elle la fin de l’oligarchie ? Ou, plutôt, le rétablissement d’une démocratie époumonée ? On serait bien tenté d’y croire. A tout le moins, d’y espérer…  Vaines espérances ? Peut-être. En effet, la campagne présidentielle de François Hollande particulièrement alimentée par un discours pétainiste banalisé – qui dans l’arène politique n’est au demeurant plus l’apanage de l’extrême droite – désignant à la vindicte publique les adeptes de l’Islam, ne contenait rien d’enthousiasmant pour les musulmans.

La communauté musulmane n’a, pour l’instant, nullement espoir en un parti en total déphasage avec ses propres idéaux, qui n’a pas hésité à faire le jeu de l’extrême droite en puisant aussi dans l’arsenal vichyste pour faire de l’Islam un sujet politiquement lucratif. Le plus marquant fut d’ailleurs cette loi discriminatoire proposée par le Sénat sitôt passé à Gauche stigmatisant les nounous voilées sous couvert d’une laïcité complètement dénaturée.

Les propos déplacés et opportunistes du nouveau Président de la République au sujet de la présence de Sarkozy, alors Ministre de l’intérieur, au salon du Bourget organisé par l’UOIF « où, s’insurge-t-il, les femmes et les hommes sont séparés »,  a, par ailleurs, laissé apparaître au grand jour l’ubiquité droitière de la Gauche. Sans oublier, les sornettes du belliciste doué dans l’amateurisme politique, Manuel Valls, qui reprocha, sur un ton condescendant, au parti de l’UMP de ne pas avoir fait assez contre l’Islam.

La victoire de la Gauche, cela dit, est-elle un espoir pour les musulmans et les minorités en général ? La Gauche dans son esprit originel, oui… mais au sein de l’actuel Parti Socialiste, j’en doute fort. En effet, force est de constater que le fossé qui sépare les idéaux incarnés par Jaurès au XIX-XXème siècle et l’engagement des socialistes de la Vème république, au premier rang desquels Mitterrand, est abyssal !

C’est d’ailleurs sous le pouvoir de ce dernier qu’a eu lieu la première affaire du voile en 1989, alors qu’il entamait son second mandat. Cet opposant à de Gaulle était, en outre, avant de rejoindre la Résistance et de participer à la formation du Parti Socialiste en 1971, un nationaliste avéré travaillant pour le gouvernement de Vichy. D’ailleurs, bien qu’il fût paradoxalement à l’origine de l’abolition de la peine de mort au lendemain de son ascension au pouvoir, en 1981, il ne s’est opposé, lorsqu’il était Ministre de l’intérieur, à aucune guillotine exécutant des nationalistes algériens durant la guerre.

Aussi, Hollande ne devrait-il pas s’inspirer de l’engagement humaniste de Jaurès plutôt que de s’adonner à un mimétisme mitterrandien et ainsi revitaliser au sein de son parti l’esprit des Lumières – même si certains  reprochent à ce mouvement du XVIIIème d’avoir, bien qu’involontairement, provoqué les totalitarismes du XXème siècle –  en commençant par soumettre à la critique kantienne le système politique dans son ensemble.

On ne peut en effet se réclamer d’un siècle qui prônait l’autonomie de la raison et être en même temps soumis à l’autorité… de l’argent – qui s’est substitué au fil du temps, de façon subtile, au pouvoir de l’Eglise ! Il faut, à ce propos, cesser d’observer la démocratie uniquement sous le prisme de l’économie comme s’il s’agissait de l’objet presque exclusif de la politique !

Ceux qui aujourd’hui se réclament encore du fondateur de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) et du journal l’Humanité, semblent être complètement à la marge des combats qu’il menait. Jean Jaurès, tribun éloquent épris d’humanisme, avait placé la justice au-dessus de tout intérêt et était sur tous les fronts pour porter haut et fort la démocratie française.

Il s’est engagé contre l’abolition de la peine de mort, contre le colonialisme, pour la cause ouvrière et il n’a eu de cesse de mettre en garde contre les dangers de la politique belliqueuse qu’encouraient les nations européennes. C’est d’ailleurs un militant d’extrême droite, quelques jours avant le déclenchement de la Grande Guerre, qui mit un terme à la vie du dreyfusard.

C’est à une Gauche à l’image de ce dernier que nous aspirons, qui se bat en faveur des minorités discriminées plutôt qu’aux côtés d’une caste d’oligarques insatiables. Malheureusement, le PS n’a pas su se distinguer positivement durant la campagne présidentielle et a au contraire davantage terni la toile démocratique notamment en ayant contribué à la falsification et à l’instrumentalisation de la loi de 1905.

La laïcité prônée par le socialiste Aristide Briand au début du XXème qui avait clairement souligné que la loi de 1905 était une œuvre de raison et de justice et non de représailles et de haine, ne semble plus avoir d’écho sur celle véhiculée par les prétendus gauchistes actuels, à l’instar de Valls. Elle s’est au contraire lepénisée au sein même du Parti Socialiste laissant présager des lendemains critiques pour les musulmans.

Malgré ce bilan historique nauséeux, une majorité écrasante des musulmans de France, 73% selon le sondage réalisé par l’institut OpinionWay, a fait le choix – par défaut – du PS au second tour, davantage par opposition au sarkozysme que par adhésion au projet d’Hollande. Cela va sans dire. Les français de confession musulmane ont pesé de tout leur poids lors des élections pour, d’une part, abolir le sarkozysme et plus largement le populisme de droite qui durant toute la campagne a fustigé à coup d’estocade l’Islam et a débagoulé sur la communauté musulmane toute sorte d’inepties et de balivernes à des fins électoralistes, et, d’autre part, pour montrer que l’avenir de la France ne se fera désormais plus sans eux.

Ils ont décidé d’aller aux urnes… les choses vont changer dès à présent… La France aura un autre visage. La Gauche devra cela dit tirer des enseignements de sa modeste victoire car la voix des musulmans est encore à gagner – et loin d’être acquise -, particulièrement aux législatives ! Ce sera selon sa capacité à renouer avec ses propres idéaux, à réconcilier la République avec ses valeurs et la démocratie avec ses principes.

En somme, à combattre toutes les formes d’injustice et à permettre le vivre ensemble. D’un point de vue pragmatique, la Gauche doit être solennellement interpelée à la veille du « 3ème tour », quant à la question de l’islamophobie en vue de proposer, notamment sur le plan normatif, des solutions concrètes pour stopper ce racisme standardisé.

Et, osons le dire même si cela peut paraître scabreux, le point de départ d’une nouvelle aventure démocratique serait, à notre sens, de mettre sur la touche les figures politiques qui sont aux antipodes de la République et des valeurs du PS en particulier, en l’occurrence le notoire pro-israélien Manuel Valls. Nommer ce belliqueux islamophobe en tant que Ministre de l’intérieur ou des affaires étrangères malgré son incompétence et son impopularité noté lors des primaires socialistes causerait le plus grand tort à la démocratie et au parti au pouvoir !

Dans l’espoir que cette parole n’entre pas dans l’oreille d’un sourd… On juge, cela dit, une démocratie, pour paraphraser Gandhi avec une certaine nuance, à sa façon de traiter les minorités.  Ainsi, le résultat surprenant de l’UMP au second tour, malgré sa xénophobie notoire et son mandat chaotique, prouve que la République est tangiblement malade, le peuple ayant été transformé en une véritable masse malléable.

Le PS saura-t-il y remédier ? Parler d’augmentation des salaires, de retraites, de logements, de diminution d’impôts, de prestations sociales, c’est bien ; parler de sens et de liberté, c’est mieux. Parce que le peuple a besoin de stimulants, pas de calmants…

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