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New York : les officiers de police musulmans, inquiets devant la hausse de l’islamophobie, demandent à rencontrer Donald Trump

Retranché derrière les portes cossues de sa tour d’ivoire dorée, la Trump Tower, surplombant la très huppée cinquième avenue, l’outrancier Donald Trump, le requin des affaires devenu président des Etats-Unis, se mure dans un silence éloquent devant la requête récente, et non moins pressante, émise au nom des officiers de police de New York par Eric Adams, le président du district de Brooklyn.

Sortira-t-il de son mutisme qui en dit long pour s’asseoir autour de la table des représentants des 900 policiers musulmans de Big Apple, la plus grande force musulmane de la nation, et écouter leurs doléances inquiètes face à la flambée des actes islamophobes qui n’épargne personne, pas même un des leurs, depuis son grand soir ?

Eric Adams, l'auteur de la missive alarmée, ose encore l’espérer, après avoir soigneusement soupesé chacun de ses mots pour tenter de réveiller l’once de conscience qui sommeille en Donald Trump : des « tensions profondes » à la suite d’une « élection nationale ardue et électrique », tout en révélant l’effrayant record "une hausse de 115%" enregistré par les violences anti-musulmans dans les semaines qui ont suivi sa victoire fracassante, telle est, en substance, la teneur de son courrier adressé au nouvel homme fort de Washington, avec en guise de conclusion une demande de réunion urgente.

« Sans aucun doute, la rhétorique de la campagne a été un facteur déterminant dans un grand nombre de ces agressions racistes », martèle Eric Adams, lequel ne se résoud pas à se voir opposer une fin de non recevoir. Pour étayer son propos, il a notamment évoqué le cas de la policière musulmane voilée exemplaire, Aml Elsokary, louée pour sa bravoure en 2014 après avoir sauvé d’un immeuble en flammes un homme âgé et une fillette, qui a récemment subi la fureur d’un islamophobe en plein jour, dans la rue, alors qu’elle avait quitté son uniforme pour s’octroyer un week-end de repos en famille et faire ses courses en compagnie de son fils de 16 ans.

Arrêté chez lui au saut du lit, Christopher Nelson, 36 ans, le dangereux énergumène qui s’est brusquement dressé sur le chemin de Aml Elsokary, au cours d’un banal samedi après-midi de shopping à Brooklyn, injuriant, bousculant, malmenant la mère et le fils, tout en menaçant à grands cris de les « égorger comme Daesh », est aujourd’hui sous le coup d’une accusation pour « crime de haine et harcèlement grave ».

Revenue sous les feux des projecteurs, bien malgré elle, l’agent de police voilée qui fait l’unanimité parmi ses pairs est apparue, la semaine dernière, aux côtés du maire de New York, Bill de Blasio (à gauche sur la photo ci-dessus) et de Eric Adams (à droite), entourée des membres du bureau du syndicat  policier musulman, pour raconter publiquement la brutalité de l’attaque islamophobe qui l’a prise pour cible, elle et son fils, au seul motif qu’elle arborait un hijab.

« Je sais que mon ministère et ma ville sont ici pour me protéger », a-t-elle déclaré, en se disant convaincue que les New-Yorkais, dans la diversité de leurs composantes, seront de son côté.

« Le président Trump, fraîchement élu, doit entendre et répondre aux préoccupations exprimées par l’agent de police Elsokary, par les officiers de police musulmans et les autres membres musulmans de notre communauté », a insisté Eric Adams, avant de renchérir : « Ils ne sont pas seulement la première ligne de défense dans nos rues, ils sont les ambassadeurs de la diversité américaine ».

Reste à savoir si dans le luxe et la volupté de sa forteresse juchée à des hauteurs vertigineuses, en plein coeur de l’une des avenues les plus chères du monde, le 45ème président de la première puissance mondiale jouera les maîtres du monde inatteignables, sourd à la légitime anxiété qui gagne cette frange de ses concitoyens qu’il s’est acharné à stigmatiser et diaboliser à longueur de méga-meetings survoltés…
 

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