- Pour comprendre les enjeux de reconnaissance des minorités religieuses.
- Pour explorer les réactions politiques autour de cet événement symbolique.
Seize monuments emblématiques de l’État de New York ont été illuminés en vert le 2 janvier, à l’initiative de la gouverneure démocrate Kathy Hochul, pour marquer le Muslim American Heritage Month, officiellement proclamé pour la première fois à l’échelle de l’État. Parmi les sites concernés figurent notamment le One World Trade Center, le pont Mario M. Cuomo, Grand Central Terminal, ainsi que plusieurs bâtiments administratifs à Albany. Selon la gouverneure, cette initiative vise à reconnaître « les valeurs, la foi et les traditions des communautés musulmanes américaines », dans un État qui abrite la plus importante population musulmane du pays. L’exécutif new-yorkais affirme également vouloir adresser un message clair de lutte contre l’islamophobie, les discriminations religieuses et les violences ciblant les minorités.
Mais l’illumination en vert de certains sites, en particulier du One World Trade Center, a rapidement suscité de vives réactions. Sur les réseaux sociaux, des élus républicains et plusieurs figures conservatrices ont dénoncé un geste jugé « inapproprié » et « insensible », en raison de la charge symbolique du lieu, érigé sur le site des attentats du 11 septembre 2001. Certaines critiques ont ravivé des amalgames anciens, liant abusivement l’islam dans son ensemble aux attaques terroristes perpétrées par Al-Qaïda. Ces réactions ont provoqué une onde de choc dans le débat public américain, révélant une nouvelle fois la persistance de lectures idéologiques et émotionnelles autour du 11-Septembre, au détriment d’une distinction claire entre terrorisme et communautés musulmanes, elles-mêmes profondément marquées par ces événements et par les conséquences qui ont suivi
À l’inverse, de nombreuses voix politiques et associatives ont salué une reconnaissance jugée tardive mais nécessaire. Le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, premier maire musulman de la ville, a rappelé que les musulmans « font partie de l’histoire de New York depuis des siècles ». Il a souligné leur contribution à la vie économique, culturelle et sociale de la métropole, des petites entreprises aux professions médicales, en passant par les services publics.
Plusieurs élus musulmans de l’État et responsables associatifs ont également exprimé leur soutien à l’initiative. Le Conseil des organisations musulmanes de New York a évoqué la résilience de la communauté depuis 2001, malgré une hausse durable des actes islamophobes dans les années ayant suivi les attentats. Selon l’Institute for Social Policy and Understanding, les musulmans occupent une place significative dans des secteurs clés de la ville de New York : ils représentent notamment 12,5 % des pharmaciens, 40 % des chauffeurs de taxi et plus de la moitié des vendeurs de street food. Des chiffres souvent absents du débat public, mais révélateurs d’un ancrage profond dans le quotidien urbain.
Au-delà de la polémique, l’illumination en vert de seize monuments à travers l’État pose une question plus large : celle de la reconnaissance symbolique des minorités religieuses dans l’espace public, et des résistances persistantes qu’elle continue de susciter. Pour ses soutiens, ce geste constitue un signal d’inclusion. Pour ses détracteurs, il ravive des blessures non refermées. Entre mémoire, identité et politique, le débat reste ouvert.



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