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Nagib Azergui, président de l’UDMF, répond à l’historienne Martine Sevegrand

Le récent entretien que nous a accordé Nagib Azergui « Législatives : « Osez l’UDMF, Votez pour vos libertés ! », exhorte Nagib Azergui » a fait réagir l’historienne Martine Sevegrand, qui l’a interpellé sur Oumma, à travers une lettre ouverte intitulée : « Réponse à Nagib Azergui, président de l’Union des Démocrates Musulmans Français ».

Voici le droit de réponse du président de l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF).

Chère Martine Sevegrand

J’ai lu avec attention la réponse que vous avez cru bon de m’adresser, en l’envoyant à Oumma.com, suite à mon interview.

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Je constate, à regret, que mes propos sur La France insoumise (LFI), qui vous a visiblement mandatée pour la représenter et la défendre, vous ont manifestement chagrinée.

Cette attitude peu courageuse de la part des Insoumis trahit d’abord une inquiétude, à laquelle nous nous sommes habitués ces dernières années.

En effet, à chacune de nos élections, LFI est apparue comme un adversaire particulièrement retors, allant jusqu’à s’approprier nos emplacements officiels pour y coller ses propres affiches.

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Naturellement, je comprends la crainte que suscite l’UDMF auprès de LFI, puisqu’elle sait que, depuis ses tractations avec l’Union Populaire, sa notoriété au sein des quartiers populaires s’estompe à mesure que la nôtre grandit.

Et désolé de vous le dire de façon aussi abrupte, mais votre vision néo-coloniale de Mélenchon, érigé en “chevalier blanc” de la communauté musulmane, a fini d’émouvoir les personnes comme moi.

Si, effectivement, l’électorat des quartiers populaires a voté pour lui à l’élection présidentielle, faute de mieux, ce choix stratégique ne l’a pas été par adhésion. 

Nous ne l’avons pas fait parce qu’il avait participé à une Marche contre l’islamophobie ou su caresser dans le sens du poil les muslims de France.

Ce serait vraiment nous faire offense que d’imaginer que nous avons oublié les positions extrêmes du leader de LFI, hier encore, envers le voile, légitimant l’islamophobie et fricotant avec les Zemmour et Rossignol, connus pour leur farouche hostilité à l’égard de la visibilité des musulmans.

Dans votre réponse, vous citez la loi “contre le séparatisme” que Jean-Luc Mélenchon souhaiterait abolir afin de nous voir soumis aux insoumis… Mais, étrangement, nous ne l’avons jamais entendu s’exprimer sur les dissolutions des organisations musulmanes qui ont subi la véritable purge de Darmanin.

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En effet, nous n’avons rien entendu au sujet de la dissolution de Baraka City, du CCIF et de la CRI, et rien non plus sur les centaines de mosquées qui ont été privées de leurs imams. Nous ne l’avons jamais entendu dénoncer les fermetures de l’école MHS Paris, de la maison d’édition Nawa ou du CRI.

Aujourd’hui, nous sommes comptables de leurs actes, non de vos sermons moralisateurs.

Nous n’avons jamais vu défiler les députés LFI à nos côtés contre cette loi scélérate. Alors, vouloir nous expliquer ce que nous devrions garder en mémoire, et ce que nous devrions oublier, est tout simplement de la supercherie.

Désolé Madame, je ne suis pas disposé à faire un chèque en blanc à celui qui convoite aujourd’hui le poste de Premier ministre.

Nous ne voulons plus être des « Arabes, noirs ou musulmans de service », tout juste bons à vous servir de caution auprès des nôtres ou à coller vos affiches de campagne, et à bas prix.

N’avez-vous pas vu l’enlisement de la condition sociale des quartiers populaires ? Ces quartiers sont pourtant gérés par vos amis depuis près d’un siècle de règne, comme c’est le cas à Nanterre, Bagneux, Bobigny ou encore Vaulx-en-Velin, pour ne citer que ceux-là.

Qu’ont-ils fait pour y rétablir l’égalité républicaine qui nous fait tant défaut ? 

Comment ont-ils lutté contre les idées hautement délétères de l’extrême-droite ? En participant à des anniversaires et dîners mondains de la fachosphère ?

Pardonnez notre intransigeance, mais pour combattre l’islamophobie, nous aurions plutôt préféré les voir se positionner sans compromis face à ceux qui attisent la haine des musulmans partout dans l’espace politique.

Si l’électeur musulman est tout juste toléré chez les vôtres, le citoyen musulman, dans sa personnalité et sa croyance, est, quant à lui, totalement méprisé.

Ceci montre clairement nos différences et illustre le caractère, non pas laïc propre à l’UDMF, mais plutôt athéiste de La France insoumise, qui ne cherche que l’effacement de toutes les religions, y compris de l’Islam.

Enfin, et pour conclure, j’affirme sans aucune ambiguïté que, grâce à la voie ouverte par l’UDMF, les citoyens de confession musulmane pourront par leurs propres moyens, et de manière totalement autonome, revendiquer un rôle majeur dans la vie démocratique de notre pays et une place légitime au sein du pouvoir républicain.

En résumé : ce que La France insoumise revendique pour elle-même, elle ne peut décemment le refuser aux autres.

Nagib Azergui
Président de l’UDMF

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