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L’opportunité de l’Islam dans les quartiers populaires

Difficile de traiter d’un tel sujet sans attirer l’attention des ténors auto-proclamés de la laïcité ou des laïcards. Néanmoins, c’est bien dans l’esprit de la loi de 1905, qui garantit la liberté de conscience et de culte, que s’inscrit notre réflexion.

L’enquête dirigée par Gilles Kepel à Clichy-sous-bois et à Montfermeil (Seine-saint-Denis), banlieues de la République, a établi une étroite corrélation entre le malaise social sévissant dans ces zones sensibles et les pratiques religieuses de leurs habitants. En d’autres termes, le retour à la religion ou le repli communautaire serait la conséquence ou le symptôme d’une relégation sociale et géographique dans certains quartiers de France. Or, sans nier la pertinence du rapport publié par l’institut Montaigne, cette conclusion nous semble simpliste, car ayant fait abstraction d’un facteur majeur et déterminant, celui du capitalisme. La réflexion devrait donc se faire en amont du constat soulevé.

Ce retour à la foi, qui révèle à notre sens plus une quête de sens qu’un malaise social, est la conséquence indéniable d’une idéologie désastreuse et aliénante ayant fait miroiter aux citoyens de l’Hexagone un bonheur illusoire. Le capitalisme, en effet, est la cause des principales anomalies sociétales ayant engendré une réelle cacophonie politique ainsi que de profondes injustices sociales. Notre société délectera la paix et la justice que lorsque la monnaie cessera d’être le seul régulateur des relations humaines et sociales.

C’est donc à ce stade idéologique que doit s’opérer une véritable réforme visant à reposer la question du sens et des finalités qui fait énormément défaut à la politique régissant la société et par incidence, provoque de véritables troubles particulièrement dans les banlieues. D’ailleurs, l’économie parallèle qui sévit dans ces milieux n’est que le reflet de cette philosophie de l’avoir et de la possession. Les jeunes des quartiers ne sont au demeurant pas plus assoiffés d’argent que les principaux dirigeants politiques de notre pays. Le problème doit être traité à la source.

L’Islam est, certes, dans les quartiers populaires un espoir existentiel dû à une société en perte de valeurs morales et spirituelles mais aucunement suite à un déficit de confiance en la République. Cette quête de sens est d’ailleurs patente dans l’ensemble de la société française qui depuis plusieurs années prend conscience du caractère illusoire de la consommation à outrance en cherchant appui dans une spiritualité qui donnerait sens à leur vie. Le succès du roman initiatique l’alchimiste de Paulo Coelho dans les années 90 est, à ce propos, révélateur de cet état d’esprit.

Et ce n’est pas un hasard si le Dalaï-lama, aujourd’hui, notamment à travers la littérature bouddhiste devenue très à la mode, prend autant de place dans le cœur de beaucoup de citoyens. Dans les années soixante, les jeunes manifestaient de l’intérêt pour des personnalités politiques comme Che Guevara ou de Gaulle dont les visages ornaient les chambres des étudiants. Aujourd’hui, la jeunesse penche plutôt pour des personnalités spirituelles et morales. A ce titre, l’expérience de Michel Serres illustre bien nos propos : « il y a trente ans, lorsque je voulais intéresser mes étudiants, je leur parlais politique ; lorsque je voulais les faire rire, je leur parlais religion. Aujourd’hui, c’est l’inverse : lorsque je veux les faire rire, je leur parle politique… »

Ce retour à la spiritualité dans les quartiers populaires est une forme de réponse à l’idéologie capitaliste qui alimente la majorité des politiques occidentales. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, la laïcité dans ses principes fondateurs garantissant la libre traduction de sa propre conception du bien et du mal, doit briller de tout son éclat afin de permettre l’épanouissement spirituel et moral particulièrement dans les « banlieues ».

L’Islam, de ce fait, qui selon l’enquête menée par Kepel est très présent dans ces zones sensibles, doit, dans le cadre de la loi de 1905, jouer un rôle majeur en donnant une orientation intellectuelle juste et objective, tenant compte du principe de modération et de globalité du message islamique, aux aspirations spirituelles et morales des aspirants. L’Islam est à notre sens une opportunité entre les mains de la laïcité pour préserver les citoyens des quartiers populaires de l’auto-exclusion et du renfermement.

Cette religion, en effet, comme l’ensemble des religions monothéistes, est porteuse d’une lumière en termes de spiritualité et d’éthique capable de briller positivement dans la société à travers ses citoyens de confession musulmane. Un bon musulman fidèle à ses principes et doté d’une compréhension juste de sa religion est par nature un bon citoyen.

C’est pourquoi, à l’issue du rapport de l’institut Montaigne, il est fondamental qu’un véritable travail d’enseignement et d’éducation islamique soit mené dans les quartiers populaires pour éviter non seulement que les jeunes, sous l’emprise de cette quête de sens, deviennent des proies faciles entre les mains de certains rigoristes, mais aussi pour mettre leur foi au service de leur citoyenneté. Autrement dit, selon la distinction de Rawls, de mettre leur conception du Bien au profit du Juste.

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