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L’escalade islamophobe

Depuis la loi du 15 mars 2004 interdisant l'école publique aux élèves musulmanes portant le foulard, des exclusions se sont multipliées, non seulement à l’encontre des élèves mais aussi à l'encontre des mères d'élèves, que ce soit pour l'accompagnement des sorties scolaires ou pour la participation à des réunions au sein de l'école. 

Malgré un avis de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Égalité), rappelant que l'interdiction du foulard ne s'applique pas aux parents d’élèves, le ministre Luc Chatel a annoncé en 2011 son intention d'instaurer par décret cette nouvelle discrimination. La proposition a été reprise dans le programme de l'UMP pour 2012 – parmi 26 propositions tout aussi inquiétantes, légalisant notamment la discrimination à l’embauche contre les femmes portant le foulard, y compris dans le secteur privé ! 

Le collectif MTE Mamans toutes égales est né de la rencontre entre quelques mères d’élèves scolarisés à l’école Paul Lafargue de Montreuil et le groupe Féministes pour l’égalité. Ces mères constataient que si elles étaient les bienvenues pour les sorties des classes maternelles, elles étaient refusées par les professeurs et le directeur quand il s’agissait des sorties des classes élémentaires.

L’une de ces mères a fait une requête devant le tribunal administratif de Montreuil, et elle a été déboutée. MTE a rencontré l’inspecteur d’académie de Seine St Denis en décembre. Celui-ci prétend que les lois, pourtant claires, qui interdisent cette discrimination, ne s’appliquent plus. Le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, a déclaré l’été 2011, qu’on ne pouvait pas changer la loi de 1905.

Mais il a publié en octobre un code de la laïcité qui, selon lui, « donne de précisions » sur cette loi ; en fait de précisions il s’agit d’ « instructions sur des règlements » qui encouragent les écoles à stipuler l’interdiction des mamans accompagnatrices voilées dans leurs règlements intérieurs. Ainsi le gouvernement annule en douce les lois ; et escompte que dans cette jungle les milieux islamophobes imposeront leur loi « sur le terrain » ; la loi ratifiera ensuite ce rapport de forces, appelé « débat de société ».

Un nouveau degré dans l’escalade

En octobre 2011, une sénatrice radicale de gauche propose une loi qui imposerait la « neutralité »–entendre l’absence de foulard—à tous les personnels des « structures privées en charge de la petite enfance ». Cette loi imposerait, si elle était votée par le Parlement, cette interprétation de la  laïcité  aux crèches et centres aérés privés recevant une aide publique — aussi minime qu’elle soit — sauf à ceux qui se déclarent ouvertement « confessionnels ».

Mieux encore, elle imposerait aux femmes gardant des enfants chez elles de déclarer dans le contrat de travail « si elles ont l’intention de manifester une appartenance religieuse », de façon que les parents puissent choisir de ne pas exposer leurs bambins de 0 à 3 ans à la vue dangereuse d’un foulard ou autres objets « islamique » : c’est leur propre appartement que les assistantes maternelles devraient, si elles ne déclarent pas cette intention, « neutraliser ».

Quel est ce pays qui humilie et traumatise ses enfants ?

L’exclusion des sorties des mères voilées fait du tort à celles-ci, mais surtout à leurs enfants. Ils pleurent de voir leur mère rester sur le trottoir quand le car scolaire part ; ils ne comprennent pas (ou comprennent trop bien) pourquoi leur mère est rejetée par l’instituteur ; ils subissent un ostracisme de la part de leurs camarades ; ceux-ci les traitent de « Musulmans », comme si c’était un mot d’injure, et refusent de jouer avec eux.

Quel est ce pays qui se trouve de « bonnes raisons » de barrer aux femmes le chemin déjà difficile de l’indépendance économique ?

La loi contre les assistantes maternelles, que la presse a baptisée « loi-nounous » s’attaque encore une fois aux possibilités d’emploi des femmes portant foulard. Elles sont déjà exclues de la majorité des emplois : dans les fonctions publiques, nationale et territoriale, éducative, hospitalière mais aussi administrative ; et chez les employeurs privés qui ont maintenant plusieurs possibilité légales pour refuser de les embaucher. L’un des rares métiers que ces femmes peuvent encore exercer leur sera désormais interdit aussi ?

Ces deux événements de 2011 ne sont que le dernier chapitre, à ce jour et en attendant le suivant, d’une offensive commencée il y a maintenant 8 ans par le gouvernement Chirac, et poursuivie par le gouvernement Sarkozy ; il semble maintenant qu’elle sera continuée par les socialistes s’ils arrivent au pouvoir en 2012. La liste commence à être longue des mesures d'exception prises contre les femmes musulmanes. A chaque fois en effet, c’est l’islam qui est visé, mais les femmes qui sont atteintes.

C’est au nom du principe de laïcité qui, selon le sénateur Richard, « porte les valeurs de respect, de dialogue et de tolérance », et au nom de l’égalité hommes-femmes qu’on enferme chaque fois un peu plus les Musulmanes chez elles ; on veut interdire leur visibilité, ce qui est déjà illégal, mais c’est leur simple droit de vivre qu’on brime. On empêche les unes d’étudier, les autres de participer à la vie scolaire de leurs enfants, et toutes de gagner leur vie. Ce n’est pas leur foulard qui les empêche de vivre normalement : ce sont les politiques qui, au prétexte de leur foulard, les privent de leurs droits les plus élémentaires.

Il est donc plus que temps de réagir, et d’exiger que la jouissance pleine et entière de leurs droits humains garantis par la Constitution et par les Conventions européennes et internationales soit rendue aux femmes musulmanes comme à toutes les femmes ; d’exiger une laïcité vraie : que l’Etat traite également toutes les convictions politiques ou religieuses, sans préférence ni exception. D’exiger en somme ni plus ni moins que l’application de la loi de 1905—ce qui implique l’abrogation des lois dérivées des interprétations tendancieuses qui la défigurent aujourd’hui.

C'est pour préparer cette riposte que le collectif Mamas Toutes Egales organise un meeting public ce jeudi, 9 février, en présence notamment de : Anissa Fathi, Rokhaya Diallo, Mireille Fanon Mendès-France, Jean Baubérot, Lila Charef, Esther Benbassa, Ismahane Chouder, Joël Roman, Alima Boumediene, Christine Delphy, Saïd Bouamama, Françoise Vergès, Ndella Paye, Pierre Tevanian, Monique Crinon, Djamila Bekioui,Olivier Besancenot, Houria Bouteldja, Sonia Dayan Herzbrun … et bien d’autres.

Ce meeting se tiendra au Cin'Hoche, 6 rue Hoche 93170 Bagnolet (métro Gallieni) à partir de 19H00

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