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Le confinement, Netflix, le Messie & l’Apocalypse…

« L’homme de la masse est incapable de saisir une idée dans sa nudité originelle. Il faut la lui personnaliser, l’adapter en lui donnant soit des ailes blanches, soit une queue fourchue. Tout débat d’idées, pour l’intéresser, doit prendre la forme d’une chasse aux démons. Il ne peut concevoir l’hérésie sans penser à l’hérétique qu’il faut capturer, condamner et brûler. »

Mencken H.L, Comment peut-on être américain, (1922), trad. fr. L. Bury, Paris, éd. Saint-Simon, 2004, p. 41.

« Par son volume et ses exigences métaphysiques, la manifestation du 11 janvier nous a clairement indiqué que la France vivait une crise religieuse. »

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Emmanuel Todd, Sociologie d’une crise religieuse, Qui est Charlie ?, éd. Points.

« Croire signifie refuser de savoir ce qui est vrai. »

Nietzsche, L’Antéchrist, éd. Folio, essais.

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En ces temps anxiogènes de confinement où les informations les plus contradictoires circulent, à propos du Covid-19 ou de la possibilité ou non de se soigner avec de la chloroquine sur fond de guerre de lobbys pharmaceutiques et d’enjeux, voire d’incompétences politiques du gouvernement Macron1. Beaucoup se retrouvent enfermés chez eux soit à regarder les infos en boucle, soit à lire ou à s’occuper de jardinage ou de bricolage pour ceux qui ont la chance d’avoir un jardin. Ou alors de se lover dans leur canapé sous la couette pour regarder un épisode d’une série ou d’un film sur Netflix, du moins ceux qui ont un abonnement et une connexion Wifi. Sans parler du télétravail et des aides aux devoirs pour les enfants (via le CNED ou EcoleDirecte) assez contraignants et révélateurs des inégalités sociales (possession d’un ou plusieurs ordinateurs), pendant que les plus optimistes parlent d’une reprise en début mai.

Les plus alarmistes nous annoncent un Krach boursier suite à la récession et la chute du PIB comme on ne l’avait pas vu depuis la seconde guerre mondiale. D’aucuns expliquent remédier à la situation en aggravant la dette. Et pendant ce temps, sont votées des réformes en douce, cassant le Code du Travail, et privatisant les hôpitaux les aéroports, et la réduction de postes, la suppression de lits dans les hôpitaux2 ; l’ubérisation et la précarisation généralisée, et bientôt la disparition de tout notre système social tel que nous l’avions connu depuis le Conseil National de la Résistance et le Général de Gaulle, héritage des idéaux du Front Populaire et de Jean Jaurès. Cet ultralibéralisme, comme on l’a vu depuis la crise de 2008, s’inscrit-il dans une volonté d’égaliser les salaires et le niveau de vie dans toute l’Europe, comme en Espagne, en Grèce ou en Europe de l’Est ?

En somme, ce confinement c’est le calme avant la tempête… Et juste avant cela, sur les écrans Big Brother nous parlait de réformes, de croissance, de mouvements en Marche, de maintien de l’ordre… Novlangue et images chocs s’entrecroisent, celles de CRS qui tabassent des manifestants, qui attachent des lycéens, et des pompiers pris dans une mêlée avec les forces de l’ordre. Comment oublier ces amputés et ces éborgnés, ces femmes et ces manifestants, personnels hospitaliers traînés à même le sol, matraqués, gazés ?

Et nos journalistes ainsi que ces pseudo-experts la bouche en cœur nous affirmant que tout va bien, pour le meilleur des mondes possibles.

Nulle intention de faire le procès de Netflix, au contraire, il incarne un phénomène culturel mondial indéniable. Et s’inscrit dans l’air du temps. L’annonciation de l’avènement du chaos à l’heure de la mondialisation, loin du Léviathan d’Hobbes. Systématisée dès les années 1970 par des auteurs comme Robert Nozick, Ayn Rand et Murray Rothbard, le libertarianisme se présente en effet comme une mutation en utopie du libéralisme classique à travers un double processus de généralisation et de subversion. L’utopie libertarienne projette d’une part la logique du marché sur toutes les sphères du vivre ensemble et mue, d’autre part, la défense des libertés individuelles en une lutte contre l’État3. En l’occurrence, à la façon d’un Ronald Reagan ou d’une Margaret Thatcher, nous vivons ce que nos amis anglais et américains ont connu il y a de cela une quarantaine d’années4, aggravé depuis le traité de Maastricht et une Union européenne axée sur la monnaie unique et la Finance.

Résignés les déçus, ceux qui nourrissaient des rêves de liberté via Internet, nostalgiques d’une époque du téléchargement (P2P) et de libre accès. Pourtant, comme le dit si bien cet article de Yoann Compagnon5, ce qui inquiète et retient l’attention c’est cette manière empreinte d’égalitarisme de mettre tout contenu culturel au même niveau, et de ne plus discerner les rapports de domination, ou encore les enjeux politiques tels que le permettait la presse libre et les médias traditionnels. De même que la fin des intellectuels6 réduits à des analyses en sciences politiques de pseudo-experts conformes à la doxa des tenants du choc des civilisations ou des partisans de l’économie spéculative, sous l’emprise ou la pression de grands groupes industriels et banquiers, et autres lobbys d’influences voire think tank7.

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Au détriment du vrai savoir, nous nous retrouvons dans une forme de compassion humaniste 2.0, basée sur l’émotion face à l’instantanéité du buzz médiatique, et non plus sur la durée longue8 et la réelle réflexion9. Et pourtant à bien y regarder de plus près, il y a tant à dire. De la dématérialisation des supports physiques, à l’annonce des Bitcoin comme monnaie virtuelle, serait-ce l’avènement d’un nouveau monde, où les drones voleraient sur la tête des citoyens comme sur la tête des terroristes sous d’autres cieux10 ?

Dans ce climat du tout sécuritaire et de surveillance généralisée11, devant cet ennemi invisible, « Nous sommes en guerre » avait dit le président Macron. Lui qui est impliqué dans une affaire de privatisation des Autoroutes de France, alors qu’il était ministre de l’économie sous François Hollande12. Nous ne nous attarderons pas sur la réalité des oligarchies politico-financières, et la fausse promesse de l’ancien président de combattre la Finance, ni sur la puissance des banques et des grands groupes, dans ce que d’aucuns qualifient de Nouvel Ordre Mondial. Non plus sur la réalité de ces GAFA13 qui changent notre façon de consommer, en se déployant dans le cyberespace, en dévoilant leurs services, leurs serveurs, à travers la terre14. Tout en se jouant des contraintes terrestres, des contraintes réglementaires et fiscales : Minimum Government, Maximum Freedom, telle est la devise libertarienne dans un monde multipolaire ou les Etats-Nations en perte de souveraineté font face aux réaffirmations nationalistes et populistes15. Et un contrôle des populations via des algorithmes, nos historiques et nos données, prévoir, du moins connaître nos centres d’intérêts, et anticiper sur nos prochains achats. Julian Assange le symbole de la liberté d’expression avait mis en garde contre le monde qui allait advenir, et que celui-ci aurait fait rougir d’envie la Stasie ou les anciens organes d’espionnage et de contre-espionnage16.

Nous ne pouvons nier la richesse des choix et l’ergonomie que propose la plate-forme Netflix avec ses multiples offres et leurs qualités indéniables quant à la possibilité de satisfaire tous les goûts et de donner l’illusion de la prise en compte du point de vue de chacun. En effet, comment ignorer et passer à côté de ces excellents documentaires tels que The Sugarman, ou Miles Davis Birth of the cool, et bien d’autres pour les amoureux de la musique. De même que ces documentaires sur des figures historiques à l’instar de Qui a tué Malcom X ?, où l’implication du FBI et des membres de la Nation of Islam n’est plus à prouver. Et ceux plus ludiques sur les richesses gastronomiques Street Food, ou écologiques sur la beauté du monde Notre planète. Et à l’inverse, ces documentaires chocs, qui nous font rentrer dans la tête d’un Ted Bundy ou encore d’un Charles Manson. Que dire aussi de ceux plus conspirationnistes tels que The Family la menace fondamentaliste, très critiques à l’égard du mouvement messianique néoconservateur évangéliste, réseau mis en place depuis Nixon jusqu’à Trump et encadré par un certain Doug Coe, qui éclaire de façon saisissante la place de la religion et du messianisme dans les politiques américaines (intérieures et extérieures). Ce qui explique aussi les relations incestueuses entre les Etats-Unis Israël et le régime saoudien, ainsi que le financement17 du terrorisme18 dans ce projet de guerre par factions interposées pour contrecarrer l’arc chiite soutenu par la Chine et la Russie, dans un projet de nouvelle guerre de religion19. Nous y reviendrons avec les deux séries Messiah et Kalifat.

Et aussi, d’excellentes séries telles que Mad Men qui n’ont rien à envier à la philosophie de « l’égoïsme rationnel » d’Ayn Rand, celle du Self-Made-Men que glorifie le président Trump. Il y en a pour tous les goûts, tous les courants de pensée, tels que le post-humanisme avec Love Robots, ou des fictions dystopiques comme avec Black Mirror, ou encore les adeptes de transgenre ou de lesbianisme décomplexés comme dans The Orange is Black, en auront pour leurs yeux.

Même les laissés pour compte de la banlieue française peuvent exprimer leur point de vue, comme avec Banlieusards de Kerry James, hymne au savoir et à l’intégration citoyenne. Loin des polémiques du cinéma français20 et de l’accueil mitigé du film Les Misérables relatant les violences policières en banlieue.

Même à travers la série Kalifat, les scénaristes de Netflix essaient de donner un regard croisé en humanisant les victimes et les bourreaux de Daesh, en faisant des aller-retour haletant entre la Syrie et la Suède, donnant plus de complexité que la série Homeland, même si toutefois il y a beaucoup à redire. Et enfin plus messianique la fameuse série Messiah, annonciatrice de ces nouveaux temps chaotiques.

Et que dire de ce sentiment étrange en ces temps de confinement lorsqu’on visionne la dernière saison de The Walking Dead, rassurés de ne pas être contaminés par le Covid-19, tout en croisant son prochain lors des sorties autorisées avec la même appréhension que pour ces zombis sur l’écran.

Heureusement que nous pouvons nous tourner vers des films plus classiques qui ont fait leurs preuves, et les comédies romantiques et plus légères à la Woody Allen. Indéniablement il y a l’embarras du choix.

Cependant, comme le rappel l’excellent article de Yoann Compagnon21 aux accents d’un militant marxiste :

« La culture n’est pas neutre, et les spectacles et comédies dont nous sommes abreuvés éclipsent tant d’autres réalités et cultures qui n’ont pas voix au chapitre dans cette mondialisation culturelle. Netflix contribue à la diffusion d’un ordre moral en adéquation avec l’ultralibéralisme, en croisant les peurs paniques qu’il inspire et le réconfort illusoire qu’il procure. Les velléités de certaines séries portant des discours taxables d’anticapitalistes, puisqu’elles axent leur histoire sur un braquage de banque parfait (« La casa de papel ») ou les démêlés d’un hacker anarchiste (« Mr. Robot »), ne doivent pas faire oublier la capacité ultralibérale de faire de revendications ou d’actes révolutionnaires des objets culturels. Soudain, transformer un discours militant en œuvre d’art permet de le désaxer de la réalité, de le sanctuariser, de l’éloigner de la lutte.

(…) représentation romantisée des sexualités et de l’amour, green-washing, torpeurs de petits bourgeois urbains, reproduction des normes esthétiques, impérialisme culturel, satire de la religion, exotisation des non-blancs, psychologisation des rapports de domination. On comprend que Netflix ne choisisse pas plutôt une forme similaire de liste de tags. Avec 15 % du trafic vidéo mondial, la plateforme pèse lourd dans l’impensé et la construction sociale des individus. Les rapports sociaux mis en scène dans l’écrasante majorité de ses séries renvoient à la société occidentale, patriarcale et impérialiste, aseptisée et individualisante, qui psychologise le moindre mal pour ne pas lui opposer d’analyse matérialiste, qui ne s’offre le goût du drame ou de la confrontation que pour s’encanailler, pour les classes bourgeoises, oublier sa condition ou rêver d’une autre, pour les classes populaires. L’algorithme existe pour adapter la forme, pour correspondre à ce qui peut être consulté sur smartphone, dans le métro, en moins de trente minutes, une minisérie, une comédie, avec tel acteur apprécié, en français. Quant au fond du propos, ce qu’on pourrait appeler la charge symbolique du contenu, il reste, la plupart du temps, inchangé. Il colonise notre imaginaire culturel. L’algorithme est une fonction de la création de nouveaux besoins factices, de nouvelles modes et tendances. Il existe pour anticiper nos goûts de consommation. Il n’a que faire de nous forger un esprit critique, de révéler, de confronter. Il ne fait qu’orchestrer, il nous enferme dans du factice. Et Netflix est la double victoire du faux, l’alliance du cinéma et de la puissance algorithmique nous englue dans un puissant faux, dans un rapport au monde préconçu et moral. »

En effet, nous sommes loin de l’autobiographie de Richard Hoggart, 33 Newport Street, celle relatant l’ascension d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises, ou encore de l’éloge et de la crainte de la disparition de la culture populaire face à la consommation de masse à travers les écrits de Pasolini, tels que Ecrits Corsaires, ou Henry Miller avec Le cauchemar climatisé, et bien d’autres encore… De même que les souvenirs d’une Alice Erneaux avec La place, à l’époque où les travaux de Pierre Bourdieu préfiguraient l’avènement d’une Ecole pour tous, et une démocratisation de l’accès au savoir et à la Culture.

En effet, nous ne pouvons ici nous attarder sur une période où la nostalgie, qui n’est que le voile de l’innocence, voire de la naïveté, faisait l’impasse sur la réalité politique d’alors. L’époque « bénie » de Touche pas à mon pote et de la Françafrique22 et d’une culture politique par chancelleries et ambassades interposées23. L’époque où la France n’avait pas de pétrole mais des idées. C’était avant le tournant néoconservateur de Sarkozy et de son messianisme en Libye24. Où notre système social ne souffrait pas de la concurrence mondiale, dans un monde encore régit par ce que nous appelions la Guerre froide. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts25.

Nous voudrions ici revenir notamment sur deux séries, Messiah et Kalifat pour aller dans le sens de cette analyse critique, et comprendre les apories que peut avoir le spectateur et les ambiguïtés auxquelles il peut être confronté s’il n’est pas en possession d’un vrai savoir. La série Messiah est d’autant plus intéressante, parce qu’elle a pour titre l’appellation qu’en donnent les néoconservateurs évangélistes26 et un certain messianisme juif 27 (Mashiah). Et pourtant, dans cette première saison celui-ci se fait appeler Al-Masih (appellation arabe et musulmane), et cela n’est pas un détail. Comme si ce chaos était l’œuvre principalement des musulmans et que l’interventionnisme militaire de G.W. Bush ne s’inscrivait pas dans une volonté de reconfigurer cette région, sous l’appellation pompeuse de « politique du Grand Moyen Orient »28. Ne pas réintégrer ces données historiques, c’est à n’y rien comprendre et s’empêtrer dans ce que Georges Corm qualifie de « chaos mental »29. De plus, lorsque l’on connaît les sources scripturaires eschatologiques musulmanes, on sait qu’Al Massih ou Messiah viendra de cette région lors de Ulamat Sa3a (Signes de la fin des temps), soit de Syrie ou d’Iran, suite à un chaos qui annoncera sa venue. Même si selon les musulmans, il sera considéré comme Al Massih Dajjal ou le faux messie (Antéchrist chez les chrétiens), tout comme ces salafistes djihadistes aux crânes rasés et cités par les hadiths prophétiques portant des drapeaux noirs et qu’il faudra fuir comme la peste30.

Nous ne reviendrons pas en détail entre les divergences du messianisme juif31 et des débats passionnés entre rabbins hassidiques et sionistes32 que l’on retrouve en filigrane dans une certaine littérature sur la création et le retour en Israël pour qu’advienne le Messie. Nous ne referons pas le débat sur la différence entre antisémitisme et antisionisme33. La série occulte sciemment, avec le sourire incrédule et septique de Tomer Sisley en agent de sécurité intérieure, que l’Etat d’Israël est fondé sur un mythe et un espoir messianique34. De même que le soutien inconditionnel des USA incarné par le rôle de l’agent de la CIA n’est pas un hasard. Les divergences entre chrétiens, juifs et musulmans, sur ce sujet sont connues, qui pour les premiers voient en l’avènement du Messie le retour de Jésus confirmant la vision chrétienne, alors que pour les seconds le Messie sera un descendant de David confortant le royaume d’Israël, et enfin pour les derniers il sera l’antéchrist (Al Massih Dajjal) tué par le Mahdi ou Jésus, qui confirmera l’islam et le message du sceau de la prophétie (Muhammad, saws). Ce qu’il y a en commun avec ces trois scénarios, pour reprendre l’intuition Nietzschéenne, c’est que le Messie incarnera l’inversion des valeurs, et qu’il n’apparaîtra qu’après l’instauration du chaos. Leopold Weiss (connu sous le nom de Muhammad Asad), avait dans son livre, Sur le chemin de la Mecque35, expliqué que nous sommes déjà dans la civilisation du Massih Al-Dajjal ou antéchrist, qui est décrit par la tradition islamique comme étant borgne, et Maître de l’inversion des valeurs36. Il expliqua que toutes civilisations jusqu’ici respectaient et s’appuyaient sur deux réalités, temporelles et spirituelles37, et que la civilisation moderne ne tient plus que sur une vision matérielle, détruisant toutes les valeurs traditionnelles du bien et du mal. Cela s’applique aussi bien à la tragique réalité du soi-disant Kalifat incarné par Daesh, qui est en total déphasage avec la réalité historique et théologique du principe de Justice, de Paix, et du Djihad38 dans l’islam classique39 qui n’est que l’effort employé en vue d’obtenir ces conditions propices à la civilisation40. De plus, comme le souligne Georges Corm41 ce qui a laissé dans l’impasse le monde arabe de cette région sont des déterminants extérieurs, à savoir l’interventionnisme militaire et le diktat imposant une économie de rente, et que ce sont des questions politiques bien plus que religieuses qui sont ici en cause. L’instrumentalisation du religieux date depuis la chute de l’Empire ottoman, la disparition du Khalifat à proprement parlé, pour être remplacé par le modèle d’Etat-Nation que tous les pays arabes ont accepté dans l’espoir de se moderniser et de rattraper le retard sur les autres pays42.

Ce qui est certain, c’est que ces séries Kalifat et Messiah n’ont pas laissé indifférent dans le monde musulman, voire suscité des polémiques vue la réalité chaotique qui règne dans la plupart de ces régions du monde, aggravant la situation politico sociale sous le joug impérialiste, voire néocolonial imposé au nom de la lutte contre le terrorisme, comme je l’ai explicité plus haut43.

Et pour conclure, devant l’inquiétude des scientifiques44 quant à la réalité alarmante du réchauffement climatique, de l’extinction des espèces, tout tend à nous amener au cœur du problème, que les membres du G20 ne cessent de détourner, notamment les deux grandes puissances La Chine et les USA, afin de continuer à augmenter leurs productions, obsédés par la croissance et le profit dans un jeu de folie des grandeurs et de rivalité économique féroce. Il aura fallu cette pandémie mondiale du Coronavirus pour que viennent les premières critiques de cette mondialisation.

Or toute cette complexité, tous ces facteurs, toutes ces réalités que met en écran Netflix, ne sont que les inquiétudes, les doutes, les peurs d’un monde incertain et inquiétant, que ne contrôlent plus que des algorithmes dont même les financiers et les traders à la Bourse peinent à suivre45. Il ne tient qu’à nous de nous poser des questions sur la longévité de notre système capitaliste ultralibéral, et les modes d’individualisme et de surconsommation, qui ne peuvent pas être un modèle pour l’humanité et surtout pour la survie de toute vie sur terre. A nous d’établir de nouvelles solidarités, au-delà des propagandes messianiques telles que le choc des civilisations46. La situation actuelle, celle d’un chaos qui comme une onde de choc se répand à travers le monde47, ne peut se comprendre si l’on ne saisit pas que suite à l’effondrement de l’Union soviétique par le soutien américain aux tendances les plus rigoristes du monde musulman48, malgré une richesse de la pensée politique depuis le XIXème siècle49 attestant de la vitalité et de la diversité de la pensée arabe. Et les politiques coercitives du FMI, de la Banque Mondiale, imposées par les puissances de l’OTAN, ne sont que les mêmes méthodes appliquées aujourd’hui à la population civile de France et d’Europe via les oligarchies politico-financières. Ou encore, le sort des populations sud-américaines qui manifestent pour leurs droits face à des régimes corrompus ayant fait allégeance avec le système ultra-libéral qui leur impose les mêmes réformes et le même système inégalitaire fondé sur la privatisation tout azimut, et la destruction de tout système social ou de redistribution des richesses. Imposé par le nouvel ordre oligarchique mondial, complexe et multipolaire, où les firmes multinationales et les nouveaux réseaux sont en conflits, ou imposent, de nouvelles dépendances et un nouveau rapport de force en défiant les souverainetés étatiques, ayant pour conséquences une fragmentation du pouvoir et des interdépendances de plus en plus complexes50.

Peut-être que l’explication à la vue du déroutant Freud proposé par Netflix, à contre-pied de la vie et de l’œuvre du célèbre fondateur de la psychanalyse51, est encore plus révélatrice de ce paradoxe qu’Hermann Broch révélait dans Les somnambules. A savoir que, plus le monde moderne se targue de la Raison et plus il est manipulé par l’Irrationnel, préfigurant les guerres, les révolutions et les apocalypses. Gardons espoir qu’il y aura toujours des lanceurs d’alertes pour faire face à ces nouvelles mythologies52 qui permettent au monothéisme du Marché de diffuser sa doctrine via les nouveaux Clercs que sont les politiciens et les journalistes, et autres experts auto-proclamés de l’ultra-libéralisme. Car le vrai danger est là, une uniformisation de la Culture et de la Pensée.

Amine Ajar.

1 L’affaire Agnès Buzin, les conflits d’intérêts avec son mari, les fausses déclarations de stocks de masques suffisants, la réaction du gouvernement à l’annonce de reporter les élections municipales, alors qu’elle connaissait en tant que Ministre de la santé la gravité de la pandémie dès le mois de janvier. Des collectifs citoyens se sont constitués pour porter plainte.

2 CHRU de Nancy, Lettre de Laurent Hénart et Christian Rabaud adressée au premier ministre, le 4 avril 2020.

3 Caré Sébastien, Les libertariens aux États-Unis, (Res Publica) French Edition, Presses universitaires de Rennes. Ed. Kindle.

4 Ecole de Chicago, et l’influence de Milton Friedman qui était cependant moins radical que Hayek, et pour une économie monétariste.

5 Yoann Compagnon, Netflix chronique d’un carnage, in ACTA.ZONE, 30 octobre 2019.

6 Shlomo Sand, La fin de l’intellectuel français ?, de Zola à Houellebecq, éd. Flammarion.

7 Juliette Grange, Les néoconservateurs, éd. AGORA. Et sous la dir. de. Bertrand Badie & Dominique Vidal, Qui gouverne le monde ?, éd. La Découverte.

8 A ce propos, Erik Neveu, Sociologie du journalisme, éd. La Découverte.

9 Joseph Stiglitz, La grande désillusion, éd. Poche.

10 Vidéos choquantes qui ont circulé sur les réseaux sociaux, de contrôles musclés effectués par la Police dans le cadre du confinement dans certaines banlieues.

11 On a vu les débats hystériques sur les plateaux télé autour des gilets jaunes que l’on avait qualifié d’extrême gauche, puis d’extrême droite, et même usant de techniques proches des Frères Musulmans !

12 France Culture, Episode 4 : L’orchidée et les autoroutes, série Des citoyens qui changent le monde, 28/02/2017.

13 GAFA, Google Apple Facebook Amazon.

14 Le Nouveau Magazine Littéraire, Enquête sur la doctrine GAFA, Détruire l’Etat, Abolir la vie privée, Nier la mort, Avril 2018, N°4.

15 Bertrand Badie & Michel Foucher, Vers un monde néo-national ?, CNRS éditions.

16 Pas pour rien que le livre 1984 de George Orwell fait un tabac.

17 Richard Labévière, Les dollars de la terreur : Les Etats-Unis et les islamistes, éd. Grasset, Ou encore, Terrorisme, face cachée de la mondialisation, éd. Pierre Guillaume De Roux.

18 Ce qui n’est pas explicité dans le documentaire, amis dont on fait le lien quand à cette vision messianique de créer le chaos (Armageddon citée dans la Bible) dans cette région du Proche Orient, afin qu’advienne le Messie.

19 Georges Corm, La Nouvelle question d’Orient, éd. La Fabrique.

20 Dans une atmosphère nauséabonde suite aux scandales de l’affaire Weinstein et de la remise des Césars à Roman Polanski, malgré les accusations de viol sur mineure après s’être enfui en France pour échapper au jugement de la justice américaine.

21 Ibid. Yoann Compagnon, Netflix chronique d’un carnage, in ACTA.ZONE, 30 octobre 2019.

22 Saïd Bouamama, « Planter du blanc », Chroniques du néocolonialisme français, éd. Sillepse.

23 Pierre Vermeren, Le déni français, éd. Albin Michel.

24 https://youtu.be/QfTtvna_EeYé vidéo de l’interview Léa Salomé face à Bernard Henri-Levy met en exergue la posture du philosophe des salons parisiens en tant que Messie libérateur de la Libye en se comparant à Jonas, L’esprit du judaïsme, éd. Grasset.

25 Jean-Claude Guillebaud, La trahison des Lumières, enquête sur le désarroi contemporain, éd. Points.

26 Alain Frachon & Daniel Vernet, L’Amérique des néo-conservateurs, L’illusion messianique, éd. Perrin, coll. Tempus.

27 Gershom Sholem, Le messianisme juif, Essai sur la spiritualité du judaïsme, éd. Les Belles Lettres.

28 Bernard Rougier, Champ libre Le Grand Moyen-Orient : un moment d’utopie internationale ?, in Critique internationale, 2005/1 (n°26), pages 79 à 94. CAIRN.INFO.

29 Ibid. Georges Corm, Nouvelle question d’Orient, éd. La Découverte.

30 Les signes de la fin des Temps dans la tradition islamique, Alif éditions, trad. A. Penot. Ou de Jean-Pierre Filiu, L’Apocalypse dans l’Islam, éd. Fayard.

31 Yakov M. Rabkin, Au nom de la Torah, une histoire de l’opposition juive au sionisme, éd. Les Presses de L’université Laval.

32 Chaïm Potock, L’élu, éd. 10/18.

33 Dominique Vidal, Antisionisme=Antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron, éd. Libertalia.

34 Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé ?, De la Bible au sionisme éd. Flammarion. Ou encore, Shlomo Sand, Comment la terre d’Israël fut inventée ? De la terre sainte à la mère Patrie, éd. Flammarion. Lire aussi l’excellent rappel historique sous la dir. d’André Kaspi, Histoire de l’Alliance israélite universelle de 1860 à nos jours, éd. Armand Colin.

35 Muhammad Asad, Sur le chemin de la Mecque, éd. Fayard. Lire aussi, Florence Heymann, Un juif pour l’Islam, éd. Stock.

36 Dans la tradition islamique, hadiths sahih, Il montrera le paradis (le Salut) comme étant l’enfer, et l’enfer (paradis illusoire de l’argent facile, et autres excipients artificiels) comme étant le paradis.

37 René Guénon, La crise du monde moderne, éd. Essai Folio.

38 Alfred Morabia, Le Gihâd dans l’Islam médiéval, préface Gilles Kepel, éd. Albin Michel.

39 Les guerres étaient régies par un code déterminé selon la tradition et l’interprétation des Ulamas et des Fuqaha (savants et jurisconsultes), fidèles aux cadres de guerres conventionnelles, troupes ennemis se faisant face, interdiction de tuer les civils ou de détruire les habitations, la végétation alentour, etc. Cette scène dans la série Kalifat où les terroristes se rasent les aisselles et le crâne en vue de commettre des attentats aveugles contre des civils, de même que les drones bombardant selon des informations plus ou moins vérifiées, est aux antipodes de la réalité de la tradition islamique. De même que les pseudo-experts qui expliquaient le port de plusieurs sous-vêtements lors de l’explosion d’AZF à Toulouse, pratiquent totalement inconnues par la majorité des musulmans et perçues comme ridicules. Puisque les compagnons du prophète Muhammad (saws) lors des batailles n’étaient ni rasés, ni ne portaient de tels sous-vêtements. Il faut comprendre pourquoi dès lors cette méfiance à l’égard de la propagande médiatique.

40 Lire à ce propos, Jack Goody, Le vol de l’Histoire, éd. Gallimard. Ou encore Breton, Bazar Renaissance, Les Liens qui Libèrent. Ou encore, Sigrid Hunke, Le soleil d’Allah brille sur l’Occident, éd. Albin Michel.

41 Georges Corm, La Nouvelle question d’Orient, éd. La Découverte. George Corm, Pour une lecture profane des conflits, éd. La Découverte.

42 Ibid, Voir l’analyse économique détaillée qu’en fait Georges Corm. Ou encore, Georges Corm, Pensée politique dans le monde arabe, Contextes historiques et problématiques XIXè-XXème siècle, éd. La Découverte. Lire aussi, Baudouin, Dupré, La Charia, des sources à la pratique, éd. La Découverte.

43 Ibid. Georges Corm.

44 Claude Lorius & Laurent Carpentier, Voyage dans l’Anthropocène, Cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, éd. Babel.

45 Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains, Le futur a-t-il encore besoin de nous ?, éd. Fayard.

46 Lire l’analyse et la critique pertinente et détaillée qu’en fait George Corm dans La Nouvelle question d’Orient, éd. La Découverte.

47 Sous la dir. de Bernard Badie & Dominique Vidal, Nouvelles guerres, comprendre les conflits du XXIème siècle, éd. La Découverte.

48 Georges Corm, Pour une lecture profane des conflits, Sur le « retour du religieux » dans les conflits contemporains du Moyen-Orient, éd. La Découverte.

49 Georges Corm, Pensée et politique dans le monde arabe, Contextes historiques et problématiques XIXè-XXIème siècle, éd. La Découverte.

50 Ibid. Sous la dir. de Bertrand Badie & Dominique Vidal, Qui gouverne le monde ?, éd. La Découverte.

51 Catherine B. Clément, Pierre Bruni, Lucien Seve, Pour une critique marxiste de la théorie psychanalytique, éd. ES.

52 Noam Chomsky, Propaganda, éd.

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  1. @ L’auteur, oui c’est ça, tous les peuples sont logés à la même enseigne suggère votre article, donc les Français souffriraient autant de l’ultra-libéralisme que les Indiens par exemple. Un peu comme s’il n’y avait pas de peuples dominants et de peuples dominés, vous vous moquez de qui là? Et non, je suis trop lucide pour croire une seconde que l’ère des peuples et des nations a laissé sa place au temps des intérêts croisés de l’ultra-libéralisme, ce n’est qu’un moyen, mais derrière un moyen il y a des hommes, des responsables. Les algorythmes fonctionnent seuls sur les marchés financiers, oui, si vous le croyez, les algorythmes dépendent de gens qui les ont finalisés, longues tirades où je me perds. Donc il n’y a pas lutte entre peuples et nations, c’est ça? Je ne crois pas, je ne crois pas, je ne crois pas.
    Croissant de lune.

    • Croissant de lune : Tu oublis, que toi même, tu es responsable, tu as fais le choix de vivre dans un pays, qui pratique l’ ultra libéralisme, tu critiques, soit, mais avec la télé, la coupole satellites, la voiture, c’est facile, de cracher dans la soupe. Va au bout de tes conviction, et, fait comme sœur Emmanuelle, vas vivre la-bas, et, là, tes critiques seront recevables. C’est dans la lecture du Coran, que tu as trouvé le moyen de te déculpabiliser avec la langue, alors que tout le reste de ton corps, vit le contraire ?
      Tu fais sans doute parti , de ces musulmans, qui croient que Dieu est aveugle !

  2. Ça me fait bien marrer de lire ces « lanceurs d’alerte » dissertant sur les dangers de la culture de masse, incarnée par Netflix, mais qui sont restés scotchés devant cet immonde Netflix à regarder presque tout le catalogue proposé (des documentaires aux séries fictions et apocalyptique).
    Refaire le monde devant son écran home cinéma et profiter largement des outils du libéralisme pour critiquer ce même libéralisme… Comment on appel ça déjà ?

  3. « Même les laissés pour compte de la banlieue française  » trouveront grâce aux yeux d’un fléau tombé à point nommé et d’un répit forcé, qui verront par le plus grand des miracles, tous les êtres humains sans distinctions ni particularismes, loger à la même enseigne, tant il est vrai que pour certains, ils ont été contraint de ranger richesses et éléments ostentatoires avec lesquels ils avaient d’exalter leurs différences. Attention aussi à ne pas réveiller les théoriciens de la pleurniche, ces confinés de la première heure qui se délectent d’outils gratuits au demeurant, tout en ignorant que ces derniers ont été conçus et mis tout spécialement à leur disposition, pour flatter leur suffisance, les maintenant dans un état de béatitude afin qu’ils ne se rebiffent jamais contre l’ordre établi.
    Sus aux arabes aussi : vis pacem para bellum…
    Après l’épisode du Covid-19, l’histoire se répètera-t-elle ? J’en doute fort mais il est à parier que Netflix ait déjà préparé quelques scénarios bien ficelés et prêt à être diffuser lorsque le moment viendra.
    Et sur la foi de Raout et pour le bon plaisir de tous des « con-finis », sera: in statu quo ante bellum

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