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Franck Ribéry, le Zadig du foot français

Il est des histoires dignes de contes de fées, mais pour Franck Ribéry, ce serait plutôt un conte de faits. Des faits marquants au sens propre, comme au sens figuré, ayant des effets, qui le marqueront à jamais. Celui qui, à l’âge de 2 ans, dans l’insouciance et l’innocence de l’enfance, est victime d’un accident dont son visage en garde les conséquences. Il était écrit que Franck aurait un destin hors du commun. D’ailleurs, Voltaire n’a-t-il pas nommé son œuvre Zadig ou la destinée ? Laissez-moi vous conter, et même vous compter, les péripéties de l’enfant terrible du foot français. Franck Ribéry naquit durant le printemps de l’année 1983 à Boulogne-sur-Mer, au sein d’une famille humble du Pas-de-Calais.

C’est donc deux ans plus tard que le destin du Divin devait se réaliser. Cet accident qui lui a valu la cicatrice qu’on lui connaît. Une cicatrice qui transcende son visage, tel un éclair en une nuit d’orage. Lorsqu’à l’âge de six ans il rejoint le FC Conti de Boulogne-sur-Mer, il est loin de se douter des fulgurances et des éclairs de génie qu’il allait réaliser. Loin de se douter des étincelles dont il allait nous gratifier. Le soleil est alors en train de briller. Au zénith de son enfance, il rejoint à 12 ans le centre de formation du LOSC, un des meilleurs aujourd’hui en France. Malheureusement, les résultats scolaires ne suivent pas ceux des terrains, et suite de son destin, Franck est renvoyé 4 ans après.

Les premiers nuages font leur apparition. Notre Zadig commence alors à être éprouvé. Il ère durant des années dans l’obscurité du championnat National, à des années-lumière des projecteurs qui sont braqués sur lui désormais. Il y évoluera respectivement à l’Union Sportive de Boulogne (de 1999 à 2002), puis à Alès (2002-2003). Dans le Nord, il exerçait le dur métier de terrassier, comme un rappel des valeurs de la région d’où il venait. Une épreuve qu’il n’est pas prêt d’oublier, lui qui a failli tout jeune y rester. Le ciel commence à se couvrir pour ce jeune Boulonnais. Il devint sombre et lugubre quand, en 2003, son club d’Alès met la clé sous la porte. Franck doit se résigner et patienter… C’est alors qu’une douce brise venue de Bretagne va peu à peu éclaircir l’horizon de Franck.

Lors de la saison qui suit, en 2003-2004, Ti’ Franck est recruté par le Stade Brestois. Là-bas, la mèche commence à prendre feu : Franck enflamme les pelouses du National et dynamite les défenses. Ribéry explose littéralement et contribue grandement à la montée des Brestois en Ligue 2. Jean Fernandez, le coach du FC Metz, brûle d’envie de le voir flamber sous ses couleurs. Franck s’engage la saison qui suit (2004-2005) chez les Grenats en Ligue 1.

La France découvre alors au grand jour ce feu-follet à la balafre saillante et aux courses déroutantes. Il enchaîne les performances de haute volée et plane sur la Ligue 1. Les portes des Espoirs lui sont grandes ouvertes. Ribéry est en Bleu. Le ciel l’est aussi. Entre temps, notre Zadig épouse sa Sémire : le 10 Septembre 2004, Franck et Wahiba se disent oui. Le soleil brille. Ribéry aussi. Quelques grands clubs ont pour lui les yeux de Chimène, notamment le prestigieux Galatasaray, au public bouillonnant. Pas de choix cornélien pour Franck, qui jette son dévolu sur ce club qui lui ressemble tant.

Les supporters turcs l’adulent et lui donnent les surnoms de « Scarface » en hommage à sa légendaire cicatrice et « Ferraribéry » pour ses accélérations foudroyantes. L’idylle ne durera que six mois, le temps pour Franck de gagner une Coupe et une place de vice-champion de Turquie. L’homme est pressé, sans doute a-t-il entendu les sirènes de la cité phocéenne l’appeler. Les dirigeants Stambouliotes refusent de le quitter, les histoires d’amour sont parfois compliquées. Advienne que pourra, Franck est décidé : c’est pour l’OM et Jean Fernandez qu’il veut (re)jouer. En Juin 2005, F. Ribéry s’engage avec les « Ciel et Blanc », inutile de préciser que l’horizon est alors dégagé. Il rayonnera d’autant plus quand, un mois après, la petite Hiziya naît.

Ti’Frank désormais père, gagne les matchs et l’amour du public Marseillais. Notre Zadig séduit son monde et est élu Prince de la Ligue 1. Il est désigné par ses pairs Meilleur Espoir de la saison 2005-2006. Le Roi était cette année-là Brésilien : Juninho, l’homme aux pieds de satin. Qu’à cela ne tienne, Franck le deviendra. A son tour, il sera Roi. Dieu Seul le savait, Lui Seul en connaissait l’endroit… Au crépuscule de cette saison, alors que la nuit était déjà belle et dégagée, un évènement se préparait.

La Coupe du Monde approchait, et toutes les spéculations étaient émises sur qui y participerait. Le jour de l’annonce arrivait. Moment féerique, instant fantasmagorique : Franck serait de ce voyage unique. L’Histoire pouvait commencer, et la légende démarrer. En Allemagne, notre étoile filante s’associera à l’étoile solaire (Z.Z) pour constituer l’une des plus belles constellations.

Laborieux en début de partition, ce duo frôlera le génie face à l’Espagne pour jouer une symphonie magnifique. Ils tutoieront ensuite l’extase contre le Brésil, puis face au Portugal, pour se hisser en finale au prix, c’est vrai, d’une épopée fantastique. Arrive alors l’heure de vérité, celle que l’on appelle le moment fatidique. Les Italiens sont en face, nous sommes à Berlin, théâtre d’un combat à la fin tragique. La lutte fait rage, chaque équipe défendant son camp avec honneur et courage. Arrive alors cette fameuse 6ème minute. Un pénalty. Zidane réalise l’impensable. Un pénalty venu d’ailleurs, que même Candide n’aurait pas tenté, lui si optimiste à son heure. S’ensuit alors une succession d’évènements dramatiques : le but italien, la provocation de Machiavel (Materazzi), la vengeance de Zidane… La France sans arme, la France au bord des larmes.

Une étoile est partie, le ciel s’est terni. Les Italiens remportent la bataille, et sont sacrés en Allemagne. Franck, pour la seconde fois n’est pas Roi. Qu’à cela ne tienne, Franck le deviendra. A son tour, un jour, il le sera. Les jours passent, de l’eau coule sous les ponts, peu à peu les douleurs s’effacent, et laissent place à un nouvel horizon. La saison 2006-2007 est celle de la confirmation. Franck est intermittent : parfois plein de classe, d’autres fois moins sérieux, il termine néanmoins à la 2ème place et s’envole vers d’autres cieux. En 2007-2008, direction l’Allemagne et le Bayern Munich, avide de jeu technique et de tempérament fougueux, à l’image de Beckenbauer ou de Karl Heinz Rummenigge.

On retrouve alors notre vrai Ribéry, orfèvre du ballon rond, joaillier en pleine action, jouant son récital à la perfection. Il gratifiera ses fans d’un véritable diamant, lorsqu’il réussira à inscrire une Panenka, geste insensé, sauf pour les plus grands. La presse l’encense, les journalistes sont dithyrambiques, et ses dirigeants, tout simplement élogieux.

Le temps est alors radieux. Surtout quand sa famille s’est agrandie : le 9 Janvier 2008, Shahinez les rejoignit. Au terme de la saison, ce qui devait arriver arriva. L’Allemagne l’intronisa Roi. Son Destin se réalisa. Malheureusement pour lui, la vie n’est pas un long fleuve tranquille : quelques mois plus tard le rattrapent les soucis. Nous sommes à l’aube de l’Euro 2008 en Suisse. Zidane parti, les Bleus comptent plus que jamais sur Franck pour reconquérir l’Europe.

Mais la France n’est que l’ombre d’elle-même, et Ribéry se blesse à la cheville. Se suivent alors deux saisons marquées par les blessures où Ti’ Franck alternera le bon et le moins bon. Le ciel s’assombrit peu à peu. Jusqu’à cette terrible année 2010, où, un brin Ingénu, il se fait avoir par les charmes de la jeune Zahia et commet l’odieux. Il sera achevé ensuite par l’affaire du Bus de Knysna. Franck, lynché et posé sur le bûcher de la Nation, brûle sous les critiques. Le ciel est noir et menaçant pour Ribéry.

Une tempête médiatique sans précédent s’abat sur lui. Celui que certains surnommaient cyniquement Quasimodo fit alors le dos rond et laissa passer l’orage. Plusieurs mois de pénitence se succédèrent pour le mutin de Knysna, plusieurs mois à attendre que soit tournée la page. Jusqu’à cette main tendue par Laurent Blanc il y a quelques jours. Une nouvelle brise est venue disperser ces gros nuages… En espérant que le soleil soit pour lui de retour. Voici donc l’histoire de notre petit Zadig, en clair et sans détour, où se mêlent à la fois trahison et grand amour. La question se pose toujours : un conte de fées ou de faits ? On le saura bien un jour…

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