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Ce qui fait l’homme, plus que l’idée de liberté, c’est l’action

Chroniques d’un croyant (perplexe).

Lorsque l’on s’intéresse à l’Islam et que l’on est jeune, en France, le plus souvent ce n’est pas le soufisme qui intéresse d’abord mais le néo-wahhabisme. Une jeunesse en déshérence morale cherche d’abord ce qui lui « paraît » être à la fois concret et simple. Faut-il rappeler que, le néo-wahhabisme offre non pas le Réel mais une sorte de visibilité hystérique et qu’il est d’un simplisme ravageur annihilant des siècles de richesses culturelles, intellectuelles et civilisationnelles. 

Le soufisme, qui est une discipline demandant une certaine virilité morale, grâce à la fidélité aux valeurs universelles et la véridicité intérieure, deux exigences religieuses qui doivent être sans cesse revisitées par l’introspection, rebute les jeunes aspirant à l’Islam. Malheureusement, les mosquées qui doivent vivre avec cette vague d’un genre nouveau, celle d’un nihilisme « postislamique », s’accommodent de sa présence et se voient contraintes à céder davantage le terrain religieux à certaines de ses revendications et notamment, celle consistant à effacer de la communauté musulmane la mémoire du Prophète de la miséricorde et ce, en excommuniant quiconque célèbrerait sa présence. 

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Certaines autorités politiques françaises ayant fait le choix depuis les années 2000 de certains pays du golf redonnent, sur le territoire national, de la vigueur à l’idéologie nauséabonde du wahhabisme au détriment de l’Islam lumineux. Certains hommes d’Etat ont ainsi, pris le parti de l’instinct de destruction en se compromettant avec l’idéologie mortifère « saoudienne ».

Cette idéologie se retrouve bien implantée et structurée dans une dizaine de grandes villes françaises qui va de Paris à Marseille en passant par Reims et Mulhouse. Depuis ces villes, la propagande se dilue dans le reste du territoire laissant la communauté musulmane et les élus locaux, ensemble, à lutter contre l’idéologie « nihiliste » qu’est le wahhabisme. L’on peut parler d’une véritable trahison d’une certaine élite, une trahison qui ne se dit pas et qui se fait malheureusement à l’insu de l’intérêt de la communauté nationale qui se désagrège toujours un peu plus dans un matérialisme vulgaire. 

Plus que jamais, les valeurs spirituelles et morales présentes dans le Coran et la sainte-coutume du Prophète (Sunna) et qui ont été si bien réalisées et incarnées par les soufis, doivent être protégées en combattant la désinformation dont ces derniers sont victimes et qui est malicieusement organisée par les mêmes.

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L’homme du Coran possède plusieurs dimensions qui vont structurer plusieurs aspects de sa « nature » et faire de cette création un être à la fois riche et fragile. Deux aspects fondamentaux caractérisent l’homme : son pouvoir d’agir et son pouvoir de connaître. Deux puissances qui lui sont données et qui vont l’engager pour l’éternité. Il y a, n’en déplaise aux nihilistes, une anthropologie coranique : une connaissance de l’homme toute révélée.

N’oublions pas comme l’a si bien exprimé notre compagnon spirituel Massignon, maître incontesté et incontestable de l’Islam virginal, que le Coran est ce « code révélé qui nourrit la mémoire et déclenche l’action sans que la réflexion ait à hésiter beaucoup » et il est en ce sens ce « dictionnaire du pauvre » qui permet à l’ouvrier comme au savant de déchiffrer sa vie, son origine et sa destinée d’homme. 

Ce qui fait l’homme plus que l’idée de liberté c’est l’action. Maurice Blondel voyait en l’action la « substance de l’homme ». L’action génère la liberté déterminante. Par ailleurs, il m’apparaît que la plus belle résolution ou dirions-nous la plus efficace clarification de la notion de liberté présente chez l’homme-testimonial est celle que nous a transmise notre maître Hassan al Basri dans sa définition du tafwid (soumission libératrice) : « l’homme est un agent libre mais cette liberté le dépasse et donc, il ne pourra en user bien que s’il l’abandonne à Dieu ».

Une action morale fondée ou révélée est la liberté même. L’homme-testimonial n’en reconnaît pas moins à Dieu Son Omniscience et Son Omnipotence et ce bien que le matérialisme considère cela comme invalidant ipso facto la liberté humaine.

Il faut ainsi se mettre dans l’état d’un homme investi, c’est-à-dire qu’il nous faut « reprendre » conscience que « La » Réalité-ultime nous met en possession d’un pouvoir immense, nous plaçant sur la cime du monde physique et métaphysique et pouvant néanmoins nous ramener jusque dans les abîmes de l’horreur dès lors que l’action est détournée de sa réalité à la fois métaphysique et morale. C’est pourquoi cette « investiture divine » ne se dissocie jamais de la notion de responsabilité (taklif). 

Lorsque l’on parle de spiritualité, nous la réduisons à un état de contemplation planant au-dessus du monde réel loin de l’action. Or, la spiritualité primitive n’est qu’action morale engageant l’homme dans le monde afin qu’il le change éthiquement de ses « propres mains », car « faste salaire des agissants » rappelle le Coran (39, 74).

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Une tendance actuelle néanmoins, semble apparaître chez une partie de la jeunesse française (encore très minoritaire) et qui est la redécouverte d’un soufisme confrérique, faisant suite aux multiples impasses qui se sont succédé depuis les années 80 dans l’approche de l’Islam. L’avantage de ces structures confrériques est qu’elles encadrent cette jeunesse désœuvrée, abandonnée et amnésique de son histoire spirituelle.

Elles évitent pour le dire autrement des séances de psychanalyse ou de thérapie de groupe. Mais contrairement à la psychanalyse qui ne nie pas le sujet malade et son individualité, le confrérisme efface l’individualité au profit du groupe et surtout au profit du « maître » (il y a parmi eux de véritables charlatans) ce qui a pour effet de ne pas remédier au mal puisque la voie spirituelle est et restera éminemment personnelle. 

L’inconvénient principal donc, est que ces mêmes confréries figent l’action spirituelle dans des méthodes religieuses qui ne correspondent plus aux mentalités des modernes, que sont devenus structurellement les musulmans actuels. Le soufisme, dans sa version originelle, est à la fois éminemment personnel et social. Il se défie des structures institutionnelles et des idéologies qui immobilisent l’homme, et ont une fâcheuse tendance à le dénaturer.

Il conviendra aux initiatives régénératrices d’offrir une méthode qui permette au musulman de lire sa réalité avec les yeux qui ne soient plus « ceux des morts mais du Vivant ».

Les méthodes datent d’une époque qui n’a pas vu la naissance de l’humanisme philosophique, celle de la révolution industrielle, du nihilisme, de l’existentialisme et pour demain du transhumanisme appelant à la naissance d’un homme augmenté (H+) qui se confrontera et s’opposera à l’homme-unifié (Hu) ; il s’agira ainsi, d’une gigantesque opposition entre un horizon anthropomorphique et scientiste, et un autre horizon théomorphique et spirituel, entre une philosophie techniciste et une philosophie de l’homme-testimonial ; il y aura deux mondes qui se feront face, à savoir celui d’une anthroposophie qui atrophie les potentialités spirituelles de l’homme et celui d’une religion révélée appelant ses partisans à construire l’avenir sur une base éthique.

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