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Cachemire indien : les représailles contre les musulmans s’intensifient. L’ONU dénonce une « punition collective » et craint des « disparitions forcées »

La France « demeurera attentive à ce que les intérêts et les droits des populations civiles » soient « dûment pris en compte » au Cachemire. Ces mots adressés par Emmanuel Macron à Narendra Modi, lors de leur rencontre, jeudi dernier, dans le château de Chantilly, trouveront-ils un écho chez l’ultra-nationaliste Premier ministre indien, viscéralement islamophobe et xénophobe ?
Cette mise en garde en douceur, toute diplomatique, que le pays des droits de l’homme s’est senti obligé de lancer pour ne pas ternir sa réputation, risque fort de se heurter à la surdité de l’ancien leader du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), tant ce dernier est farouchement déterminé à mener à bien sa politique de discriminations et de représailles contre les musulmans.

Alors que des voix s’élèvent pour dénoncer les persécutions qui s’abattent sur les musulmans en Inde, en les comparant à l’effroyable épuration ethnique subie par les Rohingyas – la minorité musulmane de Birmanie qui compte parmi les plus martyrisées au monde – Narendra Modi, drapé dans sa toute-puissance, a révoqué, le 5 août, l’autonomie constitutionnelle du Cachemire indien peuplé majoritairement de musulmans.
Ainsi, d’une main de fer, le gouvernement nationaliste hindou a brutalement mis fin au statut spécial qui régissait cette région, également revendiquée par le Pakistan. Et au diable la Constitution indienne qui garantissait à l’Etat du Jammu-et-Cachemire, le seul Etat majoritairement musulman au sein de la fédération indienne, sa spécificité !
En ébullition depuis ce 5 août de sinistre augure, la région du Cachemire indien est sous le coup de restrictions insupportables, qui entravent la liberté de circulation et de communiquer de la population musulmane, et sont de nature à exacerber le fort ressentiment général. Les interpellations pleuvent (plus de 4 000 personnes ont été arrêtées), et plus de 150 civils auraient été blessés dans les heurts qui se multiplient.
À Srinagar, la principale ville de la région soumise à un black-out, des manifestants ont défié l’interdiction de se rassembler. Les forces de l’ordre ont aussitôt riposté, en faisant usage de gaz lacrymogènes pour les disperser.
Inquiet devant la situation explosive du Cachemire indien, savamment orchestrée par New Delhi, un groupe d’experts de l’ONU, chargés des droits de l’homme, a exhorté l’Inde, ce jeudi, à lever le black-out sur les communications et les restrictions à la circulation, condamnant une « punition collective injustifiée ».
« Le blocage de l’internet et des réseaux de télécommunications, sans que le gouvernement ne fournisse de justification, contrevient aux critères fondamentaux de nécessité et de proportionnalité», estiment ces cinq experts indépendants dans un communiqué.
« Ce blocage est une forme de punition collective des habitants du Jammu-et-Cachemire», affirment-ils, jugeant les restrictions imposées par New Delhi «intrinsèquement disproportionnées». Ils s’inquiètent aussi du couvre-feu imposé dans la région, avec l’appui de renforts « massifs » de troupes envoyés par l’Inde, « particulièrement dans la vallée du Cachemire ».
Ces plus de 4 000 citoyens musulmans jetés en prison l’ont été en vertu d’une loi très controversée sur la sécurité publique, qui permet aux autorités d’emprisonner une personne jusqu’à deux ans sans accusation, ni procès. Parmi eux, certains ont été transportés hors du Cachemire, ce qui ne présage rien de bon, les experts alertant sur un « risque accru de disparitions forcées ».
A leurs yeux, « ces détentions sont susceptibles de constituer de graves violations des droits de l’homme ». Aussi appellent-ils New Delhi à diligenter, toutes affaires cessantes, des enquêtes sur ces rafles, à en sanctionner éventuellement les responsables, et à « utiliser le minimum de force pour contrôler les mouvements de protestation ».

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