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Angleterre: la fille d’un octogénaire musulman, sauvagement assassiné, fustige Donald Trump et le silence politico-médiatique

Elle est le pilier sur lequel se repose sa famille dévastée par la mort atroce d’un père et grand-père aimant – Mohammed Saleem, 82 ans, poignardé à Birmingham, en avril 2013, sur le trajet familier qui le menait de la mosquée à son domicile – Maz Saleem, sa fille aînée, sort aujourd’hui du silence pour dénoncer une rhétorique politicienne inflammable qui arme le bras d’assassins néo-fascistes, mais aussi l’insupportable omerta politico-médiatique qui entoure des crimes islamophobes, lâches et sauvages.

Tombé sous la pluie de coups de couteau assénée avec une fureur inouïe par le fanatique Pavlo Lapshyn, un extrémiste de droite ukrainien, la disparition tragique de l’octogénaire a certes horrifié la population locale et la justice britannique, qui a condamné à 40 ans de prison son meurtrier et terroriste en puissance, reconnu également coupable d’avoir posé trois bombes à proximité de mosquées dans les West Midlands, mais n’a guère ému les hautes sphères politiques, et encore moins les médias dominants.

 

Le regretté Mohammed Saleem à gauche, et son assassin néo-fasciste Pavlo Lapshyn à droite

« Le fanatisme attisé par Donald Trump contribue à légitimer les crimes islamophobes commis par des groupes d'extrême-droite », a fustigé avec force Maz Saleem, dont la fibre militante anti-raciste vibre à nouveau, dans une interview à The Indepedent, en s’insurgeant contre le deux poids deux mesures flagrant qui règne dans le traitement de ces agressions abominables.

 « Pavlo Lapshyn purge actuellement la peine de 40 ans de prison pour l'assassinat de mon père et trois tentatives d’attentats visant des mosquées dans les West Midlands. Ce sont des actes terroristes, et pourtant, à ce jour, les médias, le gouvernement, l’institution policière ne s’en sont pas emparés avec la même indignation que s’ils avaient été commis par un terroriste musulman », déplore-t-elle vivement, en établissant un parallèle avec la tempête médiatique déclenchée par le meurtre du soldat Lee Rigby et l’effroi qui a gagné tout le royaume, de Buckingham Palace aux rives de la Tamise, en passant par l’Angleterre profonde, voire au-delà des frontières.

« Quand Lee Rigby a été assassiné, trois semaines après mon père, son meurtre a bénéficié d'une large couverture médiatique et soulevé des protestations à l’échelle nationale et internationale. Tandis que l’agression similaire qui a foudroyé mon pauvre père, au soir de sa vie, a été passée sous silence ou n’a fait l’objet que de rares entrefilets dans la rubrique des chiens écrasés », se désole-t-elle, révulsée par la spirale infernale de violences islamophobes et son cortège de victimes âgées, parmi lesquelles figurent Muhsin Ahmed, 81 ans, tué à Rotherham sur le chemin de  la mosquée, et Abdul Jamil Kamawal, 68 ans, assassiné chez lui, la semaine dernière, dans l’Oregon, aux Etats-Unis.

« La montée de l'intolérance exacerbée par Donald Trump et ses partisans galvanisés, au cours des derniers mois, a encouragé les groupuscules néo-nazis et islamophobes à passer à l’acte. Les crimes de haine deviennent monnaie courante aux Etats-Unis, en raison de la propagande médiatique anti-islam et de la chape de plomb du silence qui pèse sur les assassinats ciblant les musulmans, notamment les plus âgés et vulnérables d’entre eux », a renchéri Maz Saleem, avant de pousser un vibrant cri d’alarme :  « Quel espoir y a-t-il pour les générations à venir si nous ne nous dressons pas publiquement contre toutes les formes de haine et leurs crimes abjects? Et comment peut-on escompter vaincre le mal pernicieux de l'islamophobie, si nous ne nommons pas le fléau que nous devons combattre de toutes nos forces ? ».

Frappée par un deuil cruel, Maz Saleem a trouvé dans la lutte contre l’islamophobie, violente et meurtrière, l’exutoire à sa souffrance et sa colère. Le royaume de Sa Gracieuse Majesté devra désormais compter avec elle pour faire ouvrir les yeux à ceux qui détournent le regard, avec mépris ou couardise, ou ont l’indignation affreusement sélective.

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