Le front judéo-islamique chasse les idées reçues

Esther Benbassa, professeur juive, et Fatiha Kaoues, journaliste musulmane, ont tordu le cou de concert à que

mercredi 26 octobre 2005

Il est heureux pour l’humanité que Juifs et Arabes aient choisi de se faire la guerre. Quand par hasard il leur arrive d’embrasser la même cause, leur puissance de feu réunie ne laisse à l’adversaire qu’une issue  : coiffer le casque lourd et se jeter à plat ventre.

Boutade mise à part, c’est l’impression qu’ont pu ressentir les consommateurs du café historique, samedi après-midi au Pénalty. Esther Benbassa, professeur juive, et Fatiha Kaoues, journaliste musulmane, ont tordu le cou de concert à quelques idées reçues sur le communautarisme, nouvel épouvantail de la pensée unique qui voit dans tout comportement collectif fondé sur des valeurs étrangères à ses propres convictions une dangereuse entorse à la règle du conformisme républicain.

Procédant d’une légitime recherche identitaire, le communautarisme est partout. Chasseurs, bretons, baba-cool cultivent une forme de communautarisme et n’en sont pas moins d’excellents citoyens. Mais tous les groupes humains n’inspirent pas la même sympathie. On applaudit le Nouvel An chinois et la Gay-Pride. Applaudirait-on un défilé de musulmans derrière leur mouton le jour de l’Aït-el-Kébir  ? « Seul, le fait religieux pose question, dès lors qu’il est visible » constate Fatiha tandis qu’Esther enfonce le clou : « A une laïcité éclairée conçue comme l’acceptation de la religion de l’autre a succédé un laïcisme fondamentaliste qui rejette toute expression religieuse à l’intérieur de la sphère privée ».

Les deux intervenantes ont évoqué les grandes heures de la guerre française du foulard, « symbole qui revêt de multiples significations et ne peut en aucun cas être réduit aux dimensions d’une simple soumission féminine » affirme Fatiha dont le décolleté prêche en sa faveur, tandis qu’Esther rappelle que la neutralité imposée à l’école républicaine s’applique au contenu de l’enseignement qu’elle dispense, pas à ceux qui le suivent !

Le seul communautarisme inquiétant, c’est celui qui procède de la relégation sociale : on compte 33 % de chômeurs dans certaines banlieues, un terreau sans doute fertile pour quelques prédicateurs barbus. Mais pas de quoi faire trembler sur ses bases une République forte. Oui, mais justement : la République est-elle forte ? « La force d’une société réside dans sa capacité à gérer son pluralisme. A leur manière, les pays anglo-saxons y sont parvenus ». La France, si fière d’avoir inventé les droits de l’homme, aurait-elle des leçons de tolérance à recevoir ?

Article paru le 17/10/2005 dans le quotidien régional La Nouvelle République

Note : Fatiha Kaoues est membre de la rédaction d’oumma.com

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