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Un footballeur de Nancy pris pour cible par l’islamophobie post-attentat de Charlie Hebdo

Salim Baghdad, c’est l’histoire, tristement édifiante, d’un joueur de football de l’AS Nancy-Lorraine qui a été littéralement soufflé par la violente déflagration nationale provoquée par l’attentat contre Charlie Hebdo, dans des vestiaires et depuis des tribunes qui ont cédé, sans garde-fous, à  l’hystérie islamophobe collective de l’après-11 janvier.

Une « islamoparanoïa » qui a pulvérisé en mille morceaux l’esprit de concorde qui régnait lors d’un dimanche qualifié d’historique, laissant derrière elle un long cortège de victimes collatérales de 7 à 77 ans, parmi lesquelles Salim Baghdad, ce jeune footballeur professionnel de 22 ans, honorablement connu, ne ressortira pas indemne. «Je suis un dommage collatéral de ce qui s’est passé à Charlie Hebdo», a-t-il confié à France Football, profondément marqué par les menaces et agressions qui se sont abattues sur lui avec une brutalité inouïe.

Pourquoi lui et pourquoi maintenant ? Ces deux questions qui l’ont longtemps obsédé et torturé, après qu’un supporter l’ait apostrophé en lui crachant dessus aux cris de « Sale Arabe, sale Bougnoule, on est tous des Charlie, la France aux Français, dégage à Toulouse Mohamed Merah, on sait que tu t’appelles Baghdad », ont trouvé depuis leur réponse qui s’impose comme la pire des évidences : le racisme anti-musulmans primaire et sauvage, celui qui se sent légitimé par un discours officiel et une aversion pour l’islam et les Arabes désinhibée pour franchir toutes les lignes jaunes, jusqu’à s’en prendre à l’épouse de ce dernier.

«Elle me dit que tout l’après-midi, des gens sont venus frapper à la porte. Ils ont laissé une poche devant la porte. Je regarde à l’intérieur, il y a des imprimés où il est écrit «Salim Baghdad, né le 11 septembre, est allé dans le même lycée que Mohamed Merah», mais aussi du porc, et le drapeau tricolore », raconte-t-il, encore sous le choc.

Mais celui-ci n’était pas au bout de ses cruelles désillusions. En effet, son coach, Pablo Correa, auprès de qui il s’était livré en confiance, tablant sur son soutien sans faille et la condamnation sans réserve du déchaînement de haine à son encontre, a préféré opter pour la courageuse politique de l’autruche… Pour couronner le tout, Salim Baghdad sentira soudainement peser sur lui le poids de l’horrible suspicion, lorsqu’un agent des renseignements généraux, après avoir rencontré son entraîneur et Paul Fischer, le directeur sportif lorrain, instillera le doute sur son « intégrisme » fantasmé…

« Il commence à me parler d’une  mosquée où j’allais à Toulouse, celle de Mohamed Merah. Il me sort une photo quand je suis à la mosquée un vendredi. Ce n’est pas une mosquée intégriste du tout. J’y allais avec des joueurs du TFC, du Stade Toulousain et avec les joueurs de Luzenac. Le mec des RG me sort même une photo de moi à la mosquée… Je lui dis que c’est ridicule et ce n’est pas parce que je vais à la mosquée qu’on a le droit de m’insulter de sale arabe, bougnoule ou sarrasin», se souvient-il, dépité. De son côté également, Paul Fisher, n’est pas prêt d’oublier cet épisode effarant :  «Salim est venu me voir en janvier pour me raconter son histoire : insultes, menaces et même filature. Je n’en revenais pas. Je sais qu’il y a des joueurs pris à partie parfois, un peu partout, mais un truc aussi poussé, aussi préparé, ça doit être rare», a-t-il expliqué.

Devant l’omerta générale, les regards qui se sont fait plus pesants et réprobateurs, et les nombreux faux-fuyants, le jeune sportif s’est alors muré à son tour dans le silence, tout en étant envahi par un irrépressible sentiment d’injustice devant l’ostracisme qui le frappait au même moment sur son terrain de prédilection. « Le coach Pablo Correa a commencé à ne plus me parler. Ils sont partis faire un stage à Nîmes, ils ont pris tout le groupe sauf un autre joueur et moi », dénonce-t-il, en s’insurgeant contre une mise à l’index qui fut une source de souffrance supplémentaire.

« On n’a pas senti un soutien indéfectible du club », déplore son agent, renchérissant : “J’attendais plus du management du club. Là, on te file une tape dans le dos, “T’inquiète pas, on est avec vous”, et derrière, on ne se rappelle même plus du nom du joueur. J’ai essayé de contacter le président Rousselot, sans succès». « L’ASNL n’a pas été à la hauteur du tout », affirme, pour sa part, un membre du club, en précisant : « Ils ont essayé de couvrir tout ça, l’ont mis à l’écart, bref Salim est presque devenu le fautif, ce qui est dingue quand même. Tous les joueurs lui ont témoigné leur soutien, tout le monde était choqué par cela. Certains ont même lancé l’idée de marquer publiquement le coup en portant un t-shirt: “Je suis Salim”. Mais le groupe n’est pas allé au bout. Car l’histoire datait de plus de deux mois déjà ».

Les séquelles psychologiques de Salim Baghdad sont autant de plaies béantes qui mettront du temps à cicatriser, et c’est loin de Nancy et de son club de football qu’il espère bien tourner la page, à un âge où il a tout l’avenir devant lui. « Je suis maghrébin, donc un peu bronzé (sic), je regarde derrière moi quand je sors du foot. Je fais maison-foot-maison… J’ai peur de recevoir ma mère chez moi, je suis toujours sur mes gardes quand un supporter vient me parler en me demandant : qu’est-ce qu’il va faire ? Je deviens parano. Je me dis qu’il va peut-être me mettre un coup de couteau», s’épanche-t-il amèrement, les yeux rivés vers une autre ligne d’horizon.

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