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Sayida Ounissi, la nouvelle députée des Tunisiens de France, incarne le renouveau d’Ennahda

Aux âmes talentueuses et ayant une haute idée de l’exercice de la politique, la valeur n’attend pas le nombre des années, surtout quand, à la faveur d’élections législatives cruciales, elle éclate au grand jour, propulsant sur le devant de la scène publique tunisienne l’incarnation du renouveau générationnel et féminisé d’Ennahda : Sayida Ounissi, la députée de la circonscription France Nord, fraîchement plébiscitée par les urnes.

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître : à seulement 27 ans, la candidate, fer de lance du parti de Rached Ghannouchi dans l’Hexagone, qui cristallisait bien des espoirs, a été à la hauteur de la confiance placée en elle, et loin de se laisser griser par le tourbillon de la victoire, c’est les pieds bien sur terre et avec une remarquable maturité qu’elle a accueilli l’annonce de ses résultats.

Heureuse, elle l’est bien évidemment, mais la joie de voir sa campagne de terrain et sa démarche résolument pédagogique couronnées de succès est intériorisée, la prise de conscience aiguisée du défi de taille qui l’attend l’emportant sur tout autre sentiment. "Mon but est atteint et c’est une grande satisfaction. Cependant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, je suis traversée par des sentiments ambivalents. Ce qui prédomine chez moi depuis mon élection, c’est le sens aigu des responsabilités et des devoirs qui m’incombent, à la fois envers mon pays et mes électeurs. Je ne veux pas perdre la formidable dynamique de ma campagne, je veux rester dans le feu de l’action pour relever les grands challenges qui ne manqueront pas de jalonner mon mandat, dans un contexte national difficile où nous devons unir nos compétences pour le redressement de la Tunisie", confie la très volontariste Sayida Ounissi, déjà pleinement habitée par la fonction de parlementaire, se projetant avec solennité dans le centre névralgique du pouvoir tunisien sans prendre le temps de savourer l'instant présent.

Tombée dans la marmite de l’engagement politique dès sa plus tendre enfance, à l’âge de cinq ans précisément, quand ses parents posèrent leurs valises en France après avoir fui la tyrannie de Ben Ali, cette brillante doctorante en sociologie à l'université de Paris I, qui fit ses classes dans la sphère institutionnelle en sa qualité de vice-présidente de l’ONG "Jeunes Musulmans d’Europe", se dit extrêmement touchée par les suffrages des Tunisiens vivant en France, car ils n’ont pas hésité à voter pour une jeune femme et une nouvelle venue dans l’arène politique, signe de leur profonde aspiration au changement, tant sur la forme que sur le fond. 

Ce désir de faire de la politique autrement, aux antipodes des vieux briscards des petits intérêts particuliers et des sombres calculs politiciens, experts des promesses non tenues, a toujours animé Sayida Ounissi, aussi loin que sa mémoire remonte. Soucieuse de sceller un vrai pacte de confiance avec ses compatriotes de la circonscription de France Nord, reposant sur une exigence d’éthique rassurante et une franchise rafraîchissante, elle n’a eu de cesse de parler vrai, d’expliquer, de dissiper les doutes, et de nouer des liens de proximité tout au long d’une campagne menée tambour battant, qui fut riche d’enseignements.

"Les Tunisiens que j’ai rencontrés sur le territoire français ont en commun le souhait de se réapproprier la politique et un immense besoin de réassurance. J’ai été agréablement surprise par le vif intérêt suscité par ma candidature, et lorsque je répondais aux questions, j’étais écoutée avec attention. Cela m’a encouragée à poursuivre dans ce sens, en prenant toute la mesure du ras-le-bol de mes compatriotes. Mon parti Ennahda a parfaitement compris ce message fort envoyé par la population tunisienne, et c’est la raison pour laquelle il a su miser sur le potentiel de la nouvelle génération pour le représenter, avec un seul mot d’ordre : être au service de notre peuple, au service de l’intérêt général pour faire réussir la transition démocratique de notre pays", s’enthousiasme Sayida Ounissi, en relativisant la « défaite » de sa formation politique à l’échelle nationale dont certains médias se sont empressés de faire leurs choux gras, à la lumière d’écarts qui se sont resserrés au fil des jours avec le parti déclaré grand gagnant Nidaa Tounès.

"C’est loin d’être un scénario catastrophe pour Ennahda comme certains gros titres l’ont affirmé hâtivement. Nous sommes très fiers d’avoir remporté 69 sièges sur les 217 qui composent la représentation nationale, et bien sûr nous tirons les conséquences du signal adressé par les urnes. C’est l’occasion idéale pour se poser les bonnes questions sur les réajustements à faire, sur de nouvelles réorientations et autres stratégies à infléchir ou à mettre en place", analyse-t-elle avec lucidité et sans complaisance, en insistant sur la volonté d’Ennahda de jouer un rôle clé dans l’hémicycle de l’Assemblée constituante, mais aussi au sein d’un gouvernement d’union nationale.

Sayida Ounissi est un symbole à elle seule, personnifiant la méritocratie républicaine, la compatibilité entre islam et démocratie, ainsi qu'entre islam et féminisme, dont les esprits chagrins et autres Cassandre s’évertuent à nier la réalité, ayant à cœur de réinventer la Tunisie et de prendre à bras-le-corps les problèmes prioritaires de ses compatriotes résidant en France.

A peine élue, et déjà en selle pour s’attaquer aux questions sociales essentielles, en collaboration avec les autres députés tunisiens de France, et au-delà des frontières hexagonales, avec l’ensemble de la diaspora disséminée aux quatre coins du monde, la nouvelle porte-parole des Tunisiens de France s’est fixée une feuille de route ambitieuse dont elle ne déviera pas. Les Douanes, l’immigration clandestine, la situation de grande détresse des sans-papiers tunisiens sur le territoire français, le code de la nationalité, entre autres dossiers épineux et urgents mis tout en haut de sa pile, Sayida Ounissi en fait le serment : elle sera sur tous les fronts et de tous les combats.

En phase avec son temps, la députée de France Nord souhaite pérenniser la relation privilégiée établie avec ses électeurs, et que ce soit via la communication virtuelle (vidéos explicatives diffusées sur les réseaux sociaux, les livechat une fois par mois, les lettres d'information…), ou la communication en chair et en os dans l’enceinte de sa permanence électorale dont le lieu reste à déterminer, elle sera hyperconnectée avec le terrain et reviendra régulièrement vers ses compatriotes pour leur rendre des comptes.

Sayida Ounissi a fait un rêve, celui de servir son pays avec dévouement et dignité afin de le mettre sur les bons rails d’un Etat de droits, favorisant l’éclosion des initiatives dans un espace de créations unique, où la justice sociale ne sera pas un vain mot et l’égalité des chances une chimère, et après l’avoir partiellement touché du doigt en devenant députée, elle compte bien le réaliser pleinement au cours de cinq années de tous les possibles.

Fabienne Doucet
A voir ou à revoir, l'interview de Sayida Ounissi, alors tête de liste d'Ennahda, réalisée par Tawfik Mathlouthi dans le cadre de son émission "Tunisie Politique".

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