in

Maximilien Leroy, ce dessinateur pro-palestinien refoulé d’Israël et interdit de séjour pour 10 ans

A en croire nos médias à court de superlatifs pour qualifier ce dimanche 11 janvier 2015 d’historique, il n’y avait que des ardents défenseurs de la liberté d’expression parmi le cortège officiel que formaient les chefs d’Etat étrangers autour de François Hollande, tous marchant contre le terrorisme et en hommage à ses 17 victimes françaises, tous, dont Benjamin Netanyahou, le Premier ministre d’un Etat criminel, qui ne goûte guère l’art de la caricature caustique et engagée quand elle égratigne le vernis démocratique de sa « terre promise ». 

Alors que le bain de sang commis à Gaza au cours d’un été 2014 effroyable hante encore nos mémoires, c’est à un violent télescopage d’images que l’on a eu droit aujourd’hui à la vue de Netanyahou défilant à Paris et saluant la foule amassée aux balcons avec un plaisir non feint, dans une grande marche symbolique brandissant la bannière « Nous sommes tous Charlie ». Difficile de choisir entre le rire grinçant et le rire jaune pour ne pas être gagné par la consternation…

Comme le veut l’usage en France, l’excès de caricature loué par le ban et l’arrière-ban de la bien-pensance hexagonale n’est hilarant que lorsqu’il s’exerce sans garde-fous contre les musulmans, et il en va de même en Israël, ainsi que l’a appris à ses dépens, Maximilien Le Roy, un jeune dessinateur et scénariste pro-palestinien de 29 ans, devenu persona non grata pour ses albums militants. Celui-ci se souviendra en effet longtemps de son expulsion sans ménagement, le 13 octobre dernier, du premier festival de BD en territoire palestinien, avant d’être marqué au fer rouge de l’interdiction de séjour longue de 10 ans (rien que ça !) sur ce même territoire palestinien.

Sous ses coups de crayon incisifs et empreints de réalisme, son engagement a fait plutôt grincer des dents les autorités de l’Etat hébreu, comme il l’a relaté dans une interview, en date du 28 octobre 2014, accordée à l’Humanité, dont voici un extrait édifiant :

"J’avais été invité pour le premier festival de bande dessinée en territoire palestinien à l’occasion d’une exposition et d’un cycle de rencontres. Je m’étais déjà rendu quatre fois en Palestine et je connaissais ce type d’interrogatoires." "Je faisais la queue pour faire tamponner mon passeport, on m’a emmené dans un bureau et l’interrogatoire a duré près de quatre heures et demie, entre l’attente et les questions à répétition les plus absurdes."

"Ils savaient ce que j’écrivais et m’ont cité les titres de mes livres. Ils ont fouillé mes affaires, mon téléphone portable, en me questionnant sur les photographies des drapeaux du Parti communiste français et du Front de gauche, sur les noms arabes de mon répertoire, en me demandant pourquoi je portais la barbe. Ils m’ont posé dix fois les mêmes questions sur tous les tons, et en dernier, un représentant du ministère de l’Intérieur s’est montré très agressif. Ils m’ont expliqué, pour conclure, que si je pouvais critiquer Israël dans mon pays, je n’aurais plus le droit de le faire sur leur territoire. Je savais dès les premières minutes qu’ils allaient m’expulser, mais je ne ­m’attendais pas à une interdiction de séjour de dix ans. Ils m’ont traité comme si j’étais un terroriste."

La France, si prompte à exhumer Voltaire à tout propos, est restée étonnamment muette au sujet du refoulement manu militari de l’un de ses ressortissants, un artiste de surcroît, la sacro-sainte liberté d’expression, tout comme l'indignation sélective, s’auto-bâillonnant dès lors qu’il s’agit de dénoncer l’occupation illégale des territoires palestiniens, la plus longue occupation de toute l’histoire contemporaine.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Marche républicaine : la place de la République déborde (vidéo)

Contre la violence, pour un idéal de société fraternelle