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L’éternelle problématique de la femme musulmane (partie2 et fin)

Le plus sympathique, quant au débat concernant la femme en islam, c’est que même au sein des communautés musulmanes on est conscient du problème : « Eh oui, la question de la femme musulmane c’est un vrai problème ! » diront, nos frères dans la croyance, ceux qui sont concernés par l’image de l’islam. Consternés, ils le seront. Et c’est à gorge déployée qu’ils vont nous réciter tous les droits de la femme en islam. Ils les connaissent même par cœur. Mais, dans la réalité, le quotidien de tous les jours, leur comportement envers ces mêmes femmes musulmanes est loin d’être exemplaire. Il est même sidérant. Pour la théâtralisation de l’Islam il n’y a pas plus champion que les musulmans. Nos frères dans l’islam interprètent la religion selon une géométrie variable quand il s’agit des femmes. Ce sont leurs égales en théorie, mais dans la pratique elles restent inférieures. Elles ne sont pas incluses dans les grandes décisions que prennent ces messieurs. Elles restent dans l’ombre, marginalisées par un consensus masculin tacite. On répond à leur place, on décide à leur insu, on les défend, on les protège, on les étouffe. Elles demeurent sous l’éternelle tutelle des hommes musulmans. À la limite on leur organise des journées, on les encourage à créer des associations féminines. Elles y feront de la couture et de la broderie, un peu de culture, en attendant que les frères débattent des vrais problèmes de la communauté. Lors des conférences on édifie des barrières, les « sœurs » d’un coté les « frères » de l’autre. La mixité : C’est à éviter dans les rencontres « islamiques » pour respecter les normes. Ailleurs, il faut s’adapter aux normes de notre temps, on devient soi-même, normaux, humains. Dans une ambiance « islamique » on est des acteurs, des inhumains, des anormaux, pour faire semblant. Et gare à celui qui ne fait pas semblant : il n’est pas très « islamique ». D’ailleurs il est extraordinaire de voir comment le comportement du frère diffère dés qu’il s’agit de sœurs musulmanes engagées. C’est certes le respect, mais enrobé d’une dose de méfiance ou plutôt de gêne qui rend l’atmosphère un tant soit peu électrique. Le respect se transforme en gaucherie, embarras et confusion dés que les frères et sœurs sont ensemble comme par magie ! On s’évite, on se salue avec le regard dérobé, de loin. On se dit le minimum.

Autrement, et quand il s’agira des femmes musulmanes non engagées, ou toutes les autres qui n’ont rien à voir avec la communauté musulmane, ces même frères auront à leurs égards un comportement de camaraderie et d’amitié très sympathique. Ils seront très décontractés. Il ne s’agit pas de se perdre dans des détails superflus, mais ce sont là les symptômes d’un malaise qui n’échappe à personne quand il s’agit de nos communautés et qui en disent long sur notre façon erronée d’appréhender le religieux. Uniquement sur le registre de l’interdit (el haram) et de la culpabilité.

Sincèrement, je ne comprends pas d’ou nous viennent ces normes de rigidité, de tension, de malaise interne. Alors que c’est justement bien le contraire de tout cela qui a édifié la gestion de la cité musulmane lors de la révélation. Les femmes et les hommes étaient ensemble, unis, liés par cette lumière qui est la foi et qui faisaient d’eux des êtres humains avant tout. Des être humains soumis au Créateur de ce monde. Les femmes étaient même au devant de la scène, discutaient, devisaient, dialoguaient, se plaignaient quand un compagnon les offensaient, parce qu’elles avaient compris que le message de l’islam était libérateur. Leurs droits, ce n’est pas les hommes qui devaient en convenir, ce n’est pas les hommes qui les sommaient de faire ou de ne pas faire, d’être ou de ne pas être. C’est Dieu, lui seul, qui leur ordonnait et c’est à Lui seul qu’elles obéissaient et qu’elles se soumettaient. Par quel travers d’esprit, somme nous devenues aujourd’hui nous femmes musulmanes soumises aux hommes et non à Celui qui les a créer ?!

 

Où sont les femmes musulmanes ?

Comment peut-on parler de réformisme et de renouveau islamique quand justement la femme musulmane brille par son absence dans ce débat ? Pendant tous ces derniers siècles, l’Islam a frappé et frappe encore l’interlocuteur par sa « masculinité », non du fait de la révélation mais par la spécificité des cultures réceptrices. Pourquoi tous les « Ulémas » sont-ils forcément « masculins ».

Pourquoi n’y aurait-il pas de savante musulmane ?

Seraient-elles incapables de l’être, à l’heure ou elles sont médecins, chercheurs, professeurs d’université ? Alors que lors des premiers temps de l’islam, elles étaient dépositaires de la tradition du prophète et des sciences religieuses. Le prophète lui-même (salawat Allah alawhi), n’a t-il pas conseillé à ses compagnons de s’en remettre à Aicha afin d’approfondir leurs connaissances en religion ? Combien sont-elles de femmes savantes musulmanes des premiers temps, à être mises sous silence par nombreux de nos prestigieux ulémas ? Pourquoi cette amnésie sélective concernant la femme dès qu’il s’agit d’islam ? Il est extraordinaire de voir comment l’islam a pu révolutionner les conditions de vie des hommes, depuis le temps de la révélation jusqu’à nos jours et ce, sur tous les plans : spirituel, économique, politique. Sauf sur ce point fatidique des relations hommes – femmes. Le machisme a été et reste jusqu’à nos jours, la seule structure humaine qui a résisté aux valeurs de l’islam ! Les quelques femmes de culture musulmane que l’on voit aujourd’hui par-ci et par là, soit à travers leurs écrits ou leur apparition médiatique, sont celles qui parlent au nom d’une émancipation féminine exclusivement occidentale. Elles représentent une élite complètement déconnectée de la réalité musulmane. La majorité des femmes musulmanes, quoique séduite par ce type de langage, ne se retrouve pas dans ce que les médias leur représentent comme étant leur porte parole.

Mais alors, ou sont-elles donc ces femmes qui vont défendre leurs droits selon les références musulmanes ? Pourquoi la majorité des femmes musulmanes qui s’engagent justement dans le chemin de la foi, le font-elles dans le silence le plus notoire ? Un silence lourd et pesant comme celui de leur histoire. Elles restent comme leurs ancêtres « otages » d’une mémoire musulmane misogyne. Cela ne fait que conforter et confirmer tous les dires de nos observateurs occidentaux. Le tort dont on nous inculque est – quoique souvent exagéré et mis en exergue pour des raisons conflictuelles – bien réel et malheureusement visible à l’œil nu.

Le grand défi de nos sociétés musulmanes aujourd’hui est bien cela : une nouvelle lecture de l’islam faites par les femmes. Des femmes profondément engagées au nom de leur spiritualité, de leur foi, de leurs principes. Elles doivent se réapproprier ce travail de mémoire musulmane féminine et investirent cette citadelle islamique si longtemps accaparé par les hommes. Le renouveau de l’islam passe forcement par cette nouvelle subversion féminine porteuse de tous les espoirs.

Il ne s’agit pas ici de révolte féministe à l’image du féminisme occidental. La confrontation n’est pas et ne devrait pas être avec nos frères dans la religion. Elle serait contraire à nos principes coraniques, étant égaux devant Dieu, hommes et femmes, les meilleurs d’entre nous seront justement les plus fidèles à l’esprit de la révélation coranique. Et être fidèles à l’esprit du Coran c’est redonner aux femmes ce champ de liberté d’expression qu’elles avaient au temps du prophète et qu’on leur a usurpé avec le temps . C’est aux femmes de faire ce travail. Au nom de leur foi. Personne ne le fera à leur place. Le chemin peut s’avérer dur et long mais il est incontestablement le seul capable de leur donner une véritable émancipation. InchaAllah..

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