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Les commentaires du mois de Ramadan : l’état des musulmans contemporains expliqué par le Prophète (ç)

Si nous n’avons pas vécu à l’époque du Prophète (ç), sachons nous souvenir que Mohammed (ç), lui, a connu la nôtre ; il l’a même expliquée. Nous sommes nombreux parmi les musulmans, en France surtout, puisque la pratique religieuse musulmane est attaquée par les pouvoirs en place depuis 30 ans, à chercher ardemment du sens, nous voulons comprendre.

Parfois, il y a des choses qui dépassent notre entendement et qui ne peuvent être saisies entièrement. Rappelons-nous l’épisode décrit par la sourate « La caverne » du compagnonnage demandé par Moïse à cet homme mystérieux ayant reçu de la part de Dieu une connaissance particulière et privilégiée. Cet homme enseigna à Moïse qu’il existe un savoir dépassant la raison apparente. 

Par ailleurs, le Prophète (ç) nous a prévenu qu’un « croyant ne met pas deux fois sa main dans un même trou après avoir été piqué (par un animal) ». Si le musulman apprend de ses erreurs, cela ne veut pas dire qu’il n’en fera pas de nouvelles, mais bien plutôt qu’il cherchera à ne pas les répéter. Et n’est-ce pas que « le plus sagace est celui qui retient son ego » (Al Kayïsse mane dana nafsahou). 

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Nous avons dit ailleurs (« voir l’article un ramadan 2022 pas comme les autres ») que le fait de voir la dernière partie du hadith Jibril, qu’on appelle aussi hadith « oumme al sunna » (la matrice de la tradition), consacrer une information spéciale à des événements historiques prophétisant le surgissement d’un certain type de société humaine, démontre bien qu’il faut, au-delà de l’acquisition de notre nature d’être spirituel, décrypter notre temps.

Beaucoup d’imams dans les mosquées donnent un enseignement naïf, que le grand Omar aurait détesté car il le reprochait déjà en son temps. Cet enseignement naïf n’insiste malheureusement que sur le triptyque, déprise de soi/foi/bel-agir (Islam-Imane-Ihsane) sans l’articuler avec le dernier enseignement du même hadith. Or, tout est lié, car ce que nous dit ce hadith c’est que l’enseignement de ce triptyque (Islam-Imane-Ihsane) connaîtra une dégénérescence par une génération rompant avec un certain héritage spirituel et religieux.

Je me souviens que lorsque j’arrivais dans une mosquée, la jeunesse me regardait avec de grands yeux, étonnée, et me disait : « on ne nous a jamais parlé d’Islam comme ça ». Ce que je compris de cette réaction d’étonnement, c’est que les imams leur demandaient de répéter des formules sans qu’il soit nécessaire de les comprendre. Et il était inconcevable pour cette jeunesse d’assimiler le fait que l’on pouvait « penser religieusement », alors qu’en réalité c’était même un devoir en Islam. La découverte pour cette jeunesse que le musulman se devait de penser à partir des éléments de la religion a été pour elle une révélation. L’Islam a suscité des penseurs qui ont nourri l’histoire de la pensée universelle, ce que beaucoup de jeunes ne savent pas. 

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Le responsable de cette amnésie historique est le discours religieux français. Les prêches du vendredi, et désolé de le dire ainsi, est un discours de très mauvaises qualités, de l’endormissement généralisé et de la sortie des musulmans de l’histoire de la pensée humaine. Comprenons ! De quoi sont faits ces prêches ?

Essentiellement d’éducation domestiques et civiques : « bien se garer devant la mosquée relève du comportement du musulman », « j’ai fait un rêve… », « les vacances d’été préservent les liens de parenté », « j’ai quelque chose à vous dire… », « pourquoi mon couple va mal », « les séries du ramadan sont-elles licites », etc, etc. Par ailleurs, des séances de leçons sont données les week-ends par nos imams, et force est de constater que nous ne sommes jamais sortis de la salle d’ablution puisqu’on nous répète depuis 40 ans les modalités de ce lavage rituel. Mais le pire est de réduire le tout de la religion à cela.

Ce qui a fait dire aux orientalistes que l’Islam n’était qu’un « juridisme sec ». Ce genre de discours religieux nous en faisons chaque jour l’amère expérience, et il paraît évident au regard de la situation sur le terrain qu’il fragilise les consciences individuelles. Qu’on se souvienne de quoi était faits les premiers sermons du vendredi par les premières communautés musulmanes. Le Prophète (ç) avait pourtant alerté : « le faussaire ne surgira que lorsque la religion sera traitée avec légèreté et que la science se trouvera en très petite quantité » (fi khifatine mina dine wa qilatine mina l’ilme). 

C’est à la congrégation de contester ces niaiseries du vendredi dans les mosquées françaises et de demander qu’elle mérite mieux que cela ; sinon le réveil soudain à la réalité-vraie sera très difficile. C’est ici que nous éclairera le propos du Prophète (ç) que nous tenterons de saisir. Un bédouin est venu pour écouter un sermon du Messager (ç).

Pendant que le Prophète (ç) donnait un enseignement aux musulmans dans sa mosquée à Médine, le bédouin demanda soudainement : « A quand l’heure ô messager de Dieu ? » (Mata sa’a ya rassoulou llah) ?

Le Prophète (ç) ne répondit pas tout de suite, au point que les musulmans présents à la mosquée pensaient qu’il n’avait pas aimé la question posée par ce bédouin, qu’il répéta pourtant trois fois, mais sans avoir eu un retour du Prophète (ç). Le bédouin avait cru qu’il avait indisposé le Prophète (ç) avec ses questions et à cause de son insistance, mais c’était mal le connaître.

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Nous verrons dans une seconde partie toute la richesse de la réponse du prophète (ç) et de son bref échange avec ce « génial » bédouin, qui a fait sortir ce savoir de la poitrine de Mohamed (ç).

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5 commentaires

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  1. Salam Hakim Fedaoui, merci pour cet article, attendons le suivant sur le même thème, j’ai aprécié déjà le précédent.

    Sauf erreur de ma part, vous reprochez aux imans de France des khotbas de piètre qualité, des discours très répétitifs. C’est généralement vrai, pratiquement sans exception aujourd’hui.

    A quoi cela tient-il? Sans doute pour partie à leur ignorance et leur pauvre culture, leur temps étant très occupé quand ils sont ouvriers, cas assez récurrent. Il faut s’occuper de beaucoup de choses en même temps, les journées ne sont pas élastiques, l’énergie et la patience non plus, or, il faut de l’énergie concentrée pour élever une khotba de qualité.

    Mais ce n’est pas tout loin de là. Si je comprends le frère Mouhib, il vous objecte que le contexte Français, légal délibéré, ou de lois non écrites, réduit les desservants à la faiblesse, à l’insignifiance, voulues par les gouvernements. Si les imans ne décrochent pas, j’en suis pratiquement certain pour un bon nombre, c’est qu’en raison de ces contraintes, quelle que soit la médiocrité de la khotba, la prière collective n’en est pas moins accomplie. Chose que les fidèles comprennent fort bien, sans qu’il soit besoin de s’étendre. Donc la tenue des prières collectives impose le besoin de desservants, quand bien même leurs khotbas serait médiocres, la salat est faite en groupe aux heures et aux jours où elle est obligatoire ou surrérogatoire. Mais tout le monde sait que le dine aujourd’hui voire la salat n’est pas totalement accomplie dans les mosquées de l’Islam de France, on complète en dehors, on ne s’y rend pas en s’attendant à des merveilles.

    Bon, je vous dirais que jusqu’à un certain point, ce n’est pas spécifique à la France. Il y a aussi l’usage plus ou moins parfait d’une langue nouvelle souvent pour l’orateur, non pas d’une mais de deux ce qui accroît la tâche.

    Soyez indulgents en espérant dans l’indulgence d’Allah, à l’imperfection ordinaire des gens, les contraintes des gouvernements rendent la pratique des prières collectives limites.

    Qu’Allah nous protège et nous guide en un temps où le croyant a plus de peine à rester ferme dans la foi.

    Croissant de lune.

  2. Je suis surpris par votre commentaire. Je vous parle d’idées, de réflexions, de pensée…et vous me parlez de zones géographiques. Il n’y a qu’un “musulman de France” pour écrire un tel commentaire. Dans ce cas, allez au bout de votre logique, laissez tomber le Coran et la Sunna (diffusés à partir de l’Orient vers le reste du monde) et n’embrassez que ce qui se dit chez vous, en France. Savez-vous que le discours musulman en France est structuré et orienté à 100% par des pensées non françaises, qu’elles soient soufies ou réformistes, etc. Qu’on le veuille ou pas, c’est la réalité.
    Bref, je laisse Mostapha Sadiq Arrâfi’î répondre à votre commentaire de “musulman de France”. A propos de l’article intitulé “Le sens politique de l’Aïd” (soyez attentif au mot oumma au sens large, la oumma n’est ni le proche orient, ni l’occident) : “L’Aïd n’est que la conscience que la Oumma peut changer les jours, au lieu d’avoir le simple sentiment que les jours changent. L’Aïd est l’occasion pour la Oumma de montrer la beauté de son organisation sociale. C’est le jour de l’unité de la conscience, l’unité du mot, la conscience de la capacité de changer les jours, non la capacité de porter de nouveaux habits (…). L’Aïd enseigne à la Oumma comment élargir l’esprit de proximité”. Vous voyez, il s’agit d’esprit de proximité, de rapprochement entre les musulmans de la terre entière, sans distinction de lieu. Même idée dans l’autre article, “Un mois pour la révolution”: “Le jeûne éduque, nous exerce et rend les gens égaux, de sorte qu’ils constituent une seule conscience, une seule sensibilité, une seule nature (…). Et il met l’humanité dans un seul état psychologique, en Orient comme en Occident”. Même idée chez lui pour le sermon du vendredi et le Hajj. Autant d’occasions qui permettent aux fidèles de les prolonger le reste de leurs jours et de les prendre pour modèle pour organiser leur vie en société…toute entière, sans distinction de lieu géographique.

  3. Salam Mouhib,

    Merci pour la référence … mais lorsque vous parlez de contexte vous vous inscrivez dans une ère occidentale (pour nous la France) ou Proche-Orientale ? Mustapha Sadiq Arrafi’i est un poète de l’époque de la Nahda fin 19ieme début 20ieme, pour notre problème des imams de France comment voyez-vous un apport pertinent ? Dans son analyse de la taqwa qu’avez vous trouvé d’extraordinaire ?

    Cordial salam
    Hakim FEDAOUI

  4. Je ne suis pas certain que les imams soient prêts à aller jusqu’au bout de cette logique, c’est à dire traiter des sujets sur l’islam comme projet de vie en collectivité, cela suggère que l’on remette l’islam à sa vraie place, dévolue par le Législateur…et par là entrer en contradiction avec la conception laïque de l’islam, cette à dire cette conception mystique et individualiste qui réduit l’islam à la sphère privée et intime.
    J’ai pensé à un excellent article de Mostapha Sadiq Arrâfi’î intitulé “Le sens politique de l’Aïd”, dans son livre “Wahy al-qalam” (plus de 1100 pages). Après avoir montré le sens politique de l’aid, il dit ” Si seulement les minbar islamiques étaient occupés par des hommes animés par l’esprit de canon! Et non par des hommes qui ont dans leurs mains des épées en bois”.
    Et je vous épargne son excellent article dans le même livre intitulé “Le mois de la révolution, la philosophie du jeûne” où il traite de l’aspect social et collectif ou politique du jeûne, et donne à la Taqwa un sens novateur.

    Une excellente philosophie du temps en rapport avec l’emprise sur l’Histoire dans ces deux articles!

    Bref, le malheur du discours musulman en France c’est qu’il est centré sur l’individu, son intimité et son salut dans l’au-delà, sans jamais le situer dans son contexte et encore moins le remettre en cause…laïcité oblige.

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