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Le voile fait peur aux parents

Aujourd'hui, j'ai été mise à la porte comme une malpropre à cause de mon voile. L'histoire commence la semaine dernière quand ma copine de classe me parle d'un job de baby-sitter. J'ai moi aussi été baby-sitter à plusieurs reprises, mais cette année je ne songe pas vraiment à travailler car c'est ma première année de fac. J'ai donc l'intention de tout mettre en oeuvre pour bien la commencer et la réussir. Sarah, ma copine de classe compte postuler dans une entreprise de recrutement pour baby-sitters.

Elle me dit que l'on peut travailler en fonction de notre emploi du temps, un minimum de 4h par semaine et que nous serons rémunérés 8€/h. Je me dis que c'est pas mal quand même et que 4h par semaine, ce n'est rien du tout. Je les appelle, me présente, explique la situation. On me dit que je peux venir avec ma copine, et que nous verrons sur place ou sinon on me rappellera. Aujourd'hui même nous y allons.

Sarah est bien reçue, normal, me dis-je, elle avait rendez-vous. On lui passe un formulaire à remplir etc. Une dame vient vers moi, et me demande de venir à l'écart. Mi-souriante, mi-horrifiée, elle me demande mon CV. Elle lit que je suis en licence 1 sciences de l'éducation et que j'ai déjà fait beaucoup de baby sitting, tout devrait a priori coller. Jusqu'à ce qu'elle me chuchote : "Le problème en fait, c'est votre voile… Pouvez-vous l'enlevez pour l'entretien ?" "Ah non ce ne sera pas possible" je réplique calmement. "Et lors de la garde des enfants ?", moi : "non plus" dis-je en souriant. "Donc je vous rends ça, merci et désolée". Sur le coup, je ne sais que répondre. Je la regarde perplexe, et elle me conduit dans le couloir d'attente où je peux m'asseoir en attendant que Sarah passe son entretien. Sarah me regarde avec étonnement, pour moi il n'y a rien d'étonnant, d'ailleurs j'avais d'une certaine manière déjà envisagé la scène.

Enfin, je m'assois avec ce sentiment d'injustice et à la fois d'incompréhension et je promène mes yeux sur les murs du couloirs où est affiché le règlement de l'entreprise. Mes yeux tombes sur l'article 225-1 "constitue une discrimination le fait d'établir une distinction entre les personnes […] appartenant à une religion, vraie ou supposé." J'attends que la dame sorte, puis la questionne calmement : "Excusez-moi, je lisais votre règlement et il est écrit ici que…" et je répète mot à mot le paragraphe inscrit. Dessus, elle bafouille : "oui non mais comprenez ce n'est pas que vous ayez de grosses oreilles par exemple et que vous ne pouviez pas les changer. Là il s'agit d'un choix personnel et visible de surcroît. Si vous voulez, mes dires peuvent être confirmés par ma responsable".

J'ai à peine le temps de dire ouf, que la responsable arrive, grand sourire (hypocrite) aux lèvres et me demande avec une aisance qui me frappe : "bonjour mademoiselle, quel est le problème ?", je lui ré-explique calmement le tout. Au fond de moi, je suis apaisée car ce n'est pas un enjeu qui me tient à coeur, mais c'est le principe. Les arguments encore une fois me dépassent, elle ajoute "vous comprenez les parents auraient peur que vous ayez une influence sur lui, vous devez rester neutre car les enfants pourraient se poser des questions", je dis : "j'ai déjà gardé des enfants et le problème ne s'est jamais posé", "oui mais nos parents à nous ne veulent pas".

Je sens que c'est une excuse bidon alors, je réplique en piquant :"Ah donc TOUS les parents vous le spécifient lorsqu'ils font appel à vous". "Oui c'est ça" me confirme-t-elle. "Première nouvelle, et bien heureusement qu'il y a d'autres parents un peu plus tolérants". Sur quoi, elle me parle de la société, et conclut. Elle me demande ce que je fais là ? Je lui dis : "j'attends une copine, Sarah, qui elle a été reçu car elle ne porte pas le voile". "Et bien veuillez l'attendre dehors mademoiselle, ici c'est réservé aux entretiens, et au travail." Je suis vexée mais je tente de garder de la contenance : "Votre collègue m'a indiqué ce couloir d'attente, car j'accompagne quelqu'un". Et là "quelle collègue vous avez un nom ?". Non, évidemment que je n'ai pas de nom, comme si je connaissais le personnel ! Je garde cette pensée pour moi et lui répond "j'en ai aucune idée, je ne la connais pas et n'y ai pas fait plus attention". "Très bien, donc la sortie se trouve par là". Je garde la tête haute et je dis au revoir en précisant à Sarah que je l'attends à l'extérieur.

En sortant, je raconte l'histoire à Sarah, qui est chrétienne pratiquante au passage. Elle s'en étonne car à côté d'elle, il y avait l'entretien d'une libanaise, qui est arrivée en France au mois de juillet, qui s'exprime dans un français plus qu'approximatif et qui refuse de toucher la viande, de la donner aux enfants, de la cuisiner et d'entrer en contact avec elle, sous prétexte qu'elle est végétarienne. Avec un mouvement de recul, on se dit que si j'avais arboré une tenue noire avec des clous, dans un style gothique, j'aurais été prise.

Ceci n'est que le témoignage de la discrimination quotidienne à laquelle je dois faire face. J'ai 18 ans et suis étudiante à la fac. Cela fera bientôt 4 ans que je porte le voile. J'en ai eu des méchancetés, des refus de sorties scolaires à l'étranger, des remarques, des exclusions, des réflexions, des obstacles et j'en passe… Avec le temps, cela devient presque normal, je me suis habituée au rejet. On me reproche de m'auto-exclure, mais dès que l'on fait un pas en dehors de la communauté, tout nous rappelle qu'on ferait mieux de s'y replier.

Témoignage recueilli par le CCIF

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