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La Taqwa, cette vertu du jeûne éclipsée par un discours ritualiste (Partie 2 et fin)

Lutter contre son « nafs » pour être libre de servir Dieu

Le Coran nous amène à comprendre que plus nos envies liées au ventre, au bas-ventre, à la langue, à la vue, à l’ouïe, sont satisfaites sans retenue et plus le « nafs » se comporte en instigateur du mal, au sens de nous pousser à la transgression. Et si par amour de Dieu et volonté de se rapprocher de Lui, à travers l’observation de Ses commandements, le musulman pratique un jeûne sincère et de qualité, cela lui donne la force spirituelle de faire prédominer la propension à la Taqwa du « nafs ».

En d’autres termes, le jeûne apprend au musulman à ne pas subir passivement le monde, à réguler son rapport à lui de sorte que, dans la satisfaction de ses besoins, il privilégie la passion pour l’amour et l’agrément de Dieu (ridwân minallah). Et pour « rien au monde », il n’acceptera d’en être détourné :

        « Dieu a promis aux croyants et aux croyantes des jardins sous lesquels coulent des rivières, où ils séjourneront pour l’éternité, et des habitations où il fait bon vivre dans les jardins d’Eden. Mais la satisfaction qu’ils auront d’Allah sera plus grande encore. Voilà le succès suprême » (Coran 9 : 72)

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Il ne maîtrise pas ses passions juste pour les maîtriser, il sait que c’est la condition pour préserver son libre arbitre et mettre en œuvre sa vocation d’agir pour ce que Dieu aime : le bien, le vrai, le beau et le juste.

Rien de surprenant alors, répétons-le, que le jeûne du Ramadan soit une école de savoir-vivre où l’humain apprend dans sa chair, par l’abstinence, et son esprit notamment à travers la prière et la lecture méditée du Coran, à ne pas être trompé par le clinquant du monde. L’esprit du jeûne laisse comprendre que c’est une méthode toujours pertinente, tant qu’il y aura la nature humaine et les désirs qui lui sont associés, et tant qu’il y aura ce désir insatiable en l’humain de conquérir la nature, de changer sa nature et d’être immortel.

A cette fin, il n’est pas insensé de se fier à la parole de Dieu en obéissant résolument au commandement du jeûne pour réussir cette lutte la plus grande qui soit pour une civilisation vraiment digne de l’humanité, à savoir la maîtrise de soi aux fins de rester dans les limites de l’humain, de collaborer avec l’autre et la nature en toute harmonie.

En effet, lors de la pratique du jeûne, le fidèle s’abstient de satisfaire des besoins basiques pendant le jour et tout ce qui peut exciter les plaisirs sensoriels de façon répétée pendant 29 ou 30 jours. La nuit constitue un temps de prière et de satisfaction des besoins du corps, le plus important étant que c’est la volonté de respecter le commandement de Dieu qui prime et dicte au « nafs » ce qui lui est permis et non le contraire.

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Les « canaux » qui alimentent le « nafs » sont contrôlés, alors que le cœur et l’esprit du jeûneur sont alimentés par la lecture méditée du Coran et, si possible, il donne aux démunis montrant qu’il veut aider et non dominer. S’il est provoqué, il ne répond pas, car ne voulant pas consacrer son énergie à la revanche ou des comportements y assimilables. Avec le jeûne, le musulman apprend à contrôler sa colère, car il ne veut rien d’autre que dominer les passions de son « nafs » qui veulent l’empêcher d’avoir les attitudes, les comportements et les actes que Dieu aime et agrée.

Si Abraham et Ismaël (paix sur eux) n’étaient pas imbus de Taqwa, ils auraient obéi à la raison instrumentée par le « nafs » instigateur de désobéissance. Le père n’aurait pas accepté le sacrifice du désir naturel de regarder son enfant grandir et le fils pas l’envie d’avenir. Ce n’est donc pas par hasard que la Taqwa soit ce que Dieu attend du musulman qui commémore l’épreuve du sacrifice :

            « Leur chair, pas plus que leur sang, ne parviendront à Dieu. Mais c’est la crainte qui vient de vous qui lui parviendra » (Coran 22 : 37) 

C’est ainsi que le Coran fait des imbus de Taqwa les meilleurs de l’humanité, les proches et alliés de Dieu, Ses bien-aimés, ceux qu’Il guide, à qui il accorde la vraie connaissance, et le discernement, pardonne leurs fautes, facilite leurs entreprises, trouve des issues heureuses à leurs difficultés par des voies insoupçonnées. Ce n’est pas pour rien que le conseil invariable aux croyants de tout temps et de partout a été la Taqwa :

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        « Nous avons déjà recommandé à ceux qui ont reçu le Livre et avant vous, ainsi qu’à vous-mêmes : ‘Craignez Dieu !’ » (Coran 4 : 131)

Nous affirmons donc que le jeûne du mois de Ramadan est une école d’éducation au savoir-vivre et à la vraie civilisation qui met en avant la maîtrise de soi, un humanisme authentique et une invitation à un rapport harmonieux avec le prochain, ainsi qu’avec la nature sous le mode de la frugalité.

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