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La diplomatie du brouillard

Faut-il y voir une réitération de la politique extérieure moyen-orientale du premier septennat de François Mitterand  ? Beaucoup de diplomates du quai d'Orsay, beaucoup d'observateurs de la politique étrangère de la France demeurent perplexes eu égard à des orientations plus fondées sur le principe de la virevolte permanente que sur la rationalité intrinsèque devant guider les relations internationales de La France.

Il est vrai et ce, pour être complet, que ce principe de la virevolte commença lors du quinquennat précédent lorsque le colonel Muammar Al-Khaddafi et le président Bachar Al-Assad, furent tous les deux conviés au défilé du 14 juillet à Paris. Quelques années plus tard, ces mêmes chefs d'Etat passèrent du statut du dictateur respecté à celui du dictateur à abattre au sens propre et figuré. Tout le monde sait aujourd'hui que le convoi du dirigeant libyen fut bombardé par des avions de chasse français.

Quant au dirigeant syrien, le ministre français des affaires étrangères en juillet 2012 : Laurent Fabius tint ses propos à la tribune de l'assemblée nationale : « Bachar Al-Assad ne mérite pas d'être sur la Terre. » Comment le chef de la diplomatie française peut-il s'exprimer de la sorte ? Ou alors, il convient d'élargir ce même jugement envers tous les dictateurs de la planète. A titre d'information, les présidents soudanais au Darfour et le président congolais ont commis chacun des centaines de milliers de morts ou de déplacés et puis on pourrait également en citer d'autres, par exemple le dictateur Nord-Coréen, etc…Malheureusement, la liste s'avère fort longue.

Dès son arrivée à l'Elysée en 2012, le président Hollande décida d'expulser l'ambassadrice de la Syrie en France, s'inscrivant ainsi dans la stricte continuité de la présidence Sarkosy et toujours dans ce tte même lignée, apporta un soutien sans faille au conseil national syrien de transition. Le rapport de forces évoluant sur le terrain, les membres de l'opposition dite « modérée » conclurent des alliances contre-nature, par exemple, des membres de l'armée syrienne libre s'engagent aux côtés du front Al-Noosrah, plus connu comme la version d'Al-Qaedea en Syrie, d'autres rejoignent des groupes rebelles islamistes, d'autres encore l'Etat islamique. Ce fut la période, dès la fin 2012 au cours de laquelle le ministre français : Laurent Fabius reconnaît que « les gars de jabhat Al-Noosrah font du bon boulot . » Les Etats-Unis avaient déjà, à cette même date, répertorié cette organisation comme terroriste.

Pendant l'année 2013, après que le conseil de sécurité adopta une résolution condamnant l'usage de barils chimiques contre les civils syriens, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, s'empressèrent, non seulement de condamner mais de désigner, sans preuves formelles, l'armée du président Bachar-Al-Assad comme la responsable de ce type de bombardements. Les Présidents français et américain s'évertuant à répéter que le gouvernement de Bachar Al-Assad avait franchi la ligne rouge.

Malgré le veto russe et chinois au conseil de sécurité de l'ONU, les américains, français et britanniques décidèrent de « frapper Damas ». Au moment où ces frappes devenaient imminentes, le ministre russe des affaires étrangères retourna la situation au dernier moment et réussit à convaincre son homologue américain que l'action militaire engendrerait une situation bien plus catastrophique et surtout insista sur le fait que les auteurs des barils de poudre chimique sur la population n'avaient pas été formellement identifiés et qu'ils pourraient même s'agir de membres de l'opposition syrienne. Cette réaction conduit le président Obama à suspendre son intervention militaire, suivi de près par le premier ministre David CAMERON qui ne reçoit pas l'approbation du parlement britannique.

En dépit de tous ces rebondissements, le président Hollande et son ministre Fabius ne cessent d'agiter l'épouvantail de guerre en proclamant haut et fort la nécessité d'une coalition militaire pour en finir avec Bachar Al-Assad. Lâché par ses alliés, le président Hollande ne pourra intervenir seul. Le nouveau credo du gouvernement français sera désormais de considérer que l'Etat islamique et Bachar Al-Assad représentent les deux versants d'une même réalité et que par conséquent, l'un est aussi dangereux que l'autre.

Ce discours conduira la France à ne pas « frapper » l'Etat islamique en Syrie pour ne pas « aider » Bachar Al-Assad. Les avions militaires français ne bombardant l'Etat islamique qu'en Irak. Ce qui constitue une aberration stratégique puisque cet Etat regroupe des pans entiers de la Syrie et de l'Irak. Quelques semaines avant les attentats du 13 novembre, Paris décide, contraint et forcé, d'envoyer quatre rafales français bombarder de temps à autre l'armée terroriste en Syrie. Cette volonté perdurera jusqu'à aujourd'hui, et ce, malgré l'attentat contre Charlie Hebdo. Les événements tragiques du 13 novembre 2015 semblent renforcer et prioriser l'Etat de guerre contre l'Etat islamique. Nonobstant, lors de la réunion du G20 en Turquie les 15 et 16 novembre 2015, le ministre Fabius continua à plaider le « nécessaire préalable du départ de Bachar Al-Assad à toute ouverture de discussions sur la Syrie » ; ce à quoi le Président Poutine répondit que « ce n'était pas le sujet… »
Les chercheurs les plus patentés en matière de relations internationales reconnaissent que les dirigeants de l'armée syrienne libre sont plus présents dans les hôtels de Londres, Paris et New-York que sur le terrain syrien.

La réponse du président Hollande à l'appel du président Poutine dans l'émergence d'une large coalition internationale pour combattre la barbarie de l'Etat islamique préfigure-t-elle une inflexion de la politique étrangère de la France ? Il est sans doute, trop tôt pour l'affirmer. Pour l'heure, seuls quelques indices, notamment médiatiques, montrent que « l'ennemi  absolu » ne serait plus Bachar Al-Assad mais l'Etat islamique. Aussi horrible que puisse être le carnage de Paris, il semble difficile de ne pas inscrire cet acte odieux dans un contexte international dont les prémisses sont aussi à rechercher dans la politique étrangère de la France au Moyen-Orient.

En paraphrasant Kafka, je dirai que la diplomatie française depuis 2012 se réduit à une « hésitation permanente . » Il y a un but mais sans chemin…
 

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